FAIRE ENTENDRE
GEURS COLBENT A •ODHOMTOOAII. II.
DOUIU TOMK HA-
Frémin^ alors Missionnaire de ce Ueu , qui eût pu sernr dinterprète, se trouvait absent, étant allé à Onnontagué depuis quelques jours. Heureusement il avait laissé i Sonnontouan son serviteur, qui, dans ce pourparler, fit fort à propos les fondions dinterprète.
DANGKB yiEttdvoïA- Cependant, après que les voynjîeurs eurent fait leur harangue 8: leurs présents, comme c'était la coutume dans ces circonHances, ils se virent obli{;és de séjourner un mois dauî» ce village, pour attendre raccomplissemcnt de la promesse qu on leur avait taite d'un esclave, & furent dans de continuelles craintes de leur vie pendant tout ce temps. D'abord les sauvages de cette nation étaient alors en, guerre ouverte avec d*autres, qui depuis peu avaient tué dix Iroquois de ce même bourg. De plus, le capitaine sauvage massacré prés de Villemarie était de ce bourg même; & ses parents, pour le venger, voulaient à tout prix assommer quelques Français. 8c s'en vantaient hautement. Ces menaces ouvertes obligèrent M. Dollier, 8i de leur cMé M. de Gahnée & M. La Salle , à recommander à leurs hommes de tenir toujours leurs armes en bon état, 8c même d'en poller quelques-uns en sentinelle toutes les nuits. Enfin, malgré leurs présents & la promesse qu'on leur avait £aite d'un esclave, M. de Galinée & M. La Salle jugèrent qu'il était de la prudence de s'éloigner, quoiqu'ils n'eussent encore rien obtenu. C'eft que ces sauvages, à qui on avait apporté de Teau-de-vie de chez les Hollandais, se livraient dans leur ivresse à des excès .si inouïs 8< occasionnaient tant de tumulte dans ce village, que nos \ oyageurs y étaient en péril continuel et imminent d être la victime de leur fureur. Pour surcroît d'épreuves, M. Dollier, peu accoutumé ii la vie dure & aux privations qu il s était ainsi imposées^ im atteint, dans ces circonitances mêmes, d'une fièvre continue qui faillit l'emporter. Se voyant deflitué du miniftère d'un prêtre, il disait à M. de Galinée, dans l'extrémité où sa fièvre l'avait réduit : 1 Je suis content & j'ai même de la joie d'être
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« ainsi privé de tout secours pour te corps & pour Tâme. « Oùij j'aimeruB tnieux mourir au miÛeu de ces boisi « dans Tordre de la vobnté-de Dieu, comme j*ai la con* « fiance d*y être, qu'au milieu de tous les miens, dans le ft Séminaire de Villemarie (i). •
Enfin, M. Dollier s Otaiit heureusement rctubli, ils quittèrent le pays des Sonnontouans, 8c arrivèrent ù une rivière qui clt la décharge du lac Éri6 dans le lac Ontario. « C'eft une des plus belles cataraâes ou chutes d eau qui « soient au monde, rapporte M. de Galinée. Aussi Ten- « tendtmes-nous de Tendroit où nous étions, quoique • nous en fussions à dix ou douze Ueues; & M. Trouvé « m*a dit Tavoir entendue aussi de Tautre côté du lac On< n tario, vis-à-vis de cette embouchure. » Au bout de cinq jours de marche, ils arrivèrent à Textrémité de ce lac, & M. La Salle, étant allé à la chasse, en revint, atteint à son tour d'une grosse fièvre qui, en peu de jours, mil sa vie en péril. Là, un î^uidc que les Missionnaires avaient pris leuh fit espérer qu après un mois demi de bonne marche ils arriveraient aux premières nations, qui étaient sur les bords du Mississipl, & pourraient y passer Thiver. M. Dollier, se voyant en si beau chemin d'arriver bientôt chez ces peuples, auxquels il voulait sacrifier sa vie, ne pouvait contenir sa joie» & était même résolu de ne jamais retourner à Villemarie, s'il en trouvait quelqu'un qui voulût le recevoir. Ils partirent de là le 92 septembre 1669, & le 24 arrivèrent à un village nommé Tcnaoutoua. Si les pouvoirs donnés à M. Dollier n'eussent pas eu pour objet les peuples du Mis'^issipi, à l'exclusion des Iroquois, il se fût arrêté dans ce village, h cause des inftances que lui en firent les sauvages, en lui protellant qu'ils s'appliqueraient à la prière tout de bon. Mais il crut devoir passer outre, & leur promit que les robes noires de Kenté iraient les inlfa-uire l'hiver suivant, comme en eflFet l'un d'eux, sur une lettre de M. Dollier, alla les visiter au mois de novembre 1670.
Cl) VojMcc JcMM- Dollier et de Gaitaéc;
XD.
CNVIB ù*tJM BU MU' CCL'BS ARRIVEKT A
296 111* PARTIE. XiV.
XIU
«ovAGiinBaBNcoit' Au Village Tciiaoutoua, les voyageurs trouvèrent le •nicNT joLuvr. sieur JoUiet, dont on a parlé, qui y était arrive la veilte.
Parti précédemment de Villemarie pour les Outaouas, avec une flotte de quatre canots & des marchandises, il avait eu ordre de M. de CourccUes de monter jusque dans le lac Supérieur, pour s assurer de l'endroit où ctait une mine de cuivre, dont les extraits n'avaient presque pas besoin d'être raliinés, tant le cuivre en était beau <^ pur; mais, pressé pour son retour a Villemarie, à cause de la saison avancée^ il ne put aller à cette mine. Il apprit aux Missionnaires quUl avait envoyé de ses hommes pour chercher une nation fort nombreuse^ chez laquelle aucun ouvrier évangélique n^avait jamais pénétré; & comme, depuis le pays des Outaouas, JoUiet a\ ait marqué les lieux qu'il parcourait, il leur olîrit la description qu'il en avait faite. Ils l'acceptèrent, & iM. de Galinée la réduisit en carte marine, ce qui leur servit beaucoup pour se conduire dans le chemm.
m, LA %MXK MAI. «DE M. La Salle, voyant alors que les deux Missionnaires allaient partir dans deux ou trois jours pour s'acheminer vers le lac Érié, leur déclara que Têtat de sa santé ne lui permettait pas de continuer le voyage, & qu'il était
résolu de retourner à Villemarie, ne pouvant se résoudre à hiverner dans les bois, où le peu d'adresse de ses gens 8c leur inexpérience pouvaient les exposer tous à mourir de taim. Jusqu'alors M. Dollier avait cclebré trois fois par semaine le Saint Sacrifice, sur un petit autel soutenu avec des a\ irons, au moyen Je fourches, <^ entourC^ des \'oilcs de leurs canots. Les voyageurs se dérobaient ainsi, autant qu'ils le pouvaient, aux regards des sauvages, qui, dans rignorance où ils étaient de nos my(tères, auraient pu s'en railler; « & de cette sorte, ajoute M. de Galinée, nous « avons eu le bonheur & le bien de célébrer le Saint Sa- « crifice dans plus de deux cents endroits où il n'a- « vaît jamais été ollcrt. « I.e dernier jour de septembre 1669, M. Dollier dit la Sainte Messe avant leur sépara-
BEHROItSSe CHEMIN.
ri^OUVOTAOEUM.
PROJET DE VOYAGE AU MISSISSIPl. 1669. 297
tien, êt !a plupart y communièrent, tant du côté de M. La Salle que de celui des hommes que les Missionnaires avaient conduits avec eux. Ces derniers se montrèrent tout déterminés à les suivre, quoique ceux de M. l a Salle, qui allaient retourner à Viliemarie, taxassent leur résolution de parti téméraire, qui devait les exposer à la mort. Ils témoignèrent même ces craintes dès leur arrivée dans Tîle de Montréal : ce qui lit concevoir pour les autres les plus vives inquié- oiiL^cîTclKÎlci tudes(i). iM.
M. La Salle avait fait envisager son expédition comme pouvant donner lieu à la découverte d'un passage ^'^ à la Chine; mais si M. de Courcelles & M. Dollier sem- paît Muam a ca
hlèrent prendre confiance en ses discours , d'autres en lb nom m la
Canada doutaient du succès de cette tentative. M. Patou-
let, secrétaire de M. l alon, en écrivait en ces termes, le
II n()\ cmhre de cette année 1669 : « M. l a Salle 8c
« M. Dollier, accompagnés d un certain nombre d hommes,
« sont partis de ce pays, à dessein d'aller reconnaître un
« passage qui nous donnerait communication avec le
« Japon & la Chine, 8e qu*ils eftiment trouver. L*entre-
« prise efi aussi difficile que douteuse, Dieu veuille qu'ils
« y réussissent ; mais ce qu*il y a de bon, c'eft que le Roi
« ne fait point de dépenses pour cette découverte préten-
« due (2 . " Dans l'attente de révénemcnt, dont le succès ' (») Arcbivei de la
.... , marine. Letiiede M.
partageait amsj les esprits nu les tenait en .suspens, on Patouici, n novem-
vit arriver les hommes de La Salle, au lieu même del ile ^rc 1OÔ9. de Montréal, d où ils ctaient partis trois ou quatre mois auparavant; & quelques colons, déjà prévenus contre sa tentative , donnèrent par ironie le nom dé la Chine à ce lieu, comme si ses hommes en fussent revenus. M. Dollier lui-même semble faire allusion à la promptitude de leur retour & à leur déception , lorsque , padant de Timposition de ce nouveau nom, il Tattribuc « à cette transmigra- « tion célèbre qui se fit de la Chine dans ces quartiers, en « donnant son nom, ajoute-t-il, à Tune de nos côtes, &
298 m* PARTIE. LOUIS XIV.
« d'une façon -si authentique qu'il lui eft demeuré (*). •
M. DOU4CK n M. wt De leur côté, les Missionnaires & leur petite troupe, rw** 8.*r*!S partis Tenaoutoua le i" odobre 1669, arrivèrent lo
BOBDS 1>V LAC ÉklÉ.
(♦) M. Dollicr place dans l'hiver de 1667 à 1668 l'attribution <!• ' ce nonij au lieu de la rapporter à Tannée suivante. Mais il nout semble qu'en cela sa mémoire lui a fait défaut, & qu'on peut s'autoriser avec raison, pour le juger ainsi, de ravcrtissemcnt qu'il donne lui-même à ses lueurs touchant quelques erreurs de dates quMlt pourront rencontrer dans son hilloirc, à cause du peu de temps qu'il (i)liirtoircduMont- a eu pour la çamposer (i). Ea edet, si l'on eût déjà donné» dans tM. Au Iccieur. l'hiver de 1667 à i6€8, !e nom de la Chine à la seigneurie de La Salle, celui-ci n'aurait pas manqué de la désigner sous ce nom dans les actes publics qu'il fit depuis cet hiver. Cependant, dans un contrat du 16 décembre jOOS, il l'appeUc, ainsi qu'il a clé dit, du nom de Saint-^ulpicc. Fait en notre maison de la côte de Saint-Sulpice ;
(2) GrcfTc de Ville- fait en notre maison de Saint-Sitlpicc '2). Bien plus, dans l'aite du marie, lô décembre p janvier par lequel, avant sa tentative de voyage, il vendit la
plus grande partie de cette seigneurie au Séminairei il la désigne ainsi : La seigneurie appelée lic Sdint- Sulpice, située en l'île de
(3) JM., 9 janvier Montréal , au-dessus du Saut Saint-Louis {3). Elle était donc encore
appelée de Saint-Sulpice avant le départ de La Salle.
Cependant) après le retour de ses hommes, qui eut lieu dans l'automne de cette même année lôôrj.on appelle ce même lieu non plus 6\j»nf-5M/p/ct', mais la Oj/nc*. Ainsi, dans un aclc du 11 juin 1670, nous lisons ces mots très-significatifs : Le UeU de la Chine ainsi
(4) JM., Il juin appelé {^). Pareillement, M. Talon, dan? une ordonnance du 8 oilot^70' bre 1 670, se sert de ces expressions : L'habitation qu on appelle la
. petite Chine. Cette remarque : La Chine ainsi appelée, & celle-ci : L'habitation qiCon appelle la petite Chine, indiquent ..lonc que ce nom venait d'être donné à ce lieu» puisqu'on n'aurait point fait ni l'une ni l'autre de ces remarques, si ce nom de la Chine lui eût été attribué dès son établissement. Enfin, la raison que, dans sa manière originale, M. Dollicr donne de Tattribution de ce nom, ne permet pas de douter qu'on ne l'ait impose par dérision, à l'occasion même du retour inattendu des hommes de La Salle, & de 1 inutilité de leur première tentative. Car cette supposition enjouée d'une transmigration célèbre, par laquelle des hommes venus de la Chine étaient allés s'établir dans Tune des côtes de Ttle de Montréal, ce qui avait lait donner le nom de la Chine à cette côte, une telle supposition ne peut avoir d'autre fondement que le retour & la déception des hommes de La Salle, qui s'étaient flattés, en partant, de trouver un passage a la Chine. CeO, au rcfle, ce qu'assure expressément M. de Tonty,que nous ferons connaître dans la suite.