PRISE DE POSSESSION DU PAYS DE» OUTAOUAS. 167I
■ sa religion, eftimant que si ces précautions ne ftont pas « préBentement utiles, elles peuvent le devenir dans une K autre saison. On assure que la pratique des Iroquois eil
> d'arracher les armes & les placards des écrits qu'on
« attache aux arhrus tics lieux dont on prend possession,
« ëc les portent aux Anglais. Ainsi cette nation peut con-
« naître par là qu'on prétend en demeurer les maîtres ( i). s Archives Je la
Comme l'assurait M. Talon, ces pièces eurent dans la suite îl?^** ******
, • , A- j 1 Talon, to novembre
leur utilité pour la 1 rance. Car nous voyons que, dans les tOjo.
discussions survenues plus tard avec l'Angleterre, le gouvernement français envoya à Londres, le i3 mai 1687, le certificat de MM. Dollier & de Galinée sur cette prise de jxjssession, & la carte de leur voyage pour appuyer les ^ droits que la France prétendait avoir sur les lacs Éri6 & Ontario & sur les pays environnants (a).
Ce vovape de MM. Dollier 8i de Galinée, quoique sans résultat pour la cnnversio!! des saii\ages, qu'ils avaient eu dessein d'uiki evau^ehseï, eut cependant d'utiles conséquences. 11 »dta le zèle pour découvrir de nouveaux pays, & en prendre possession, au nom du Roi, comme venaient de le faire ces deux Missionnaires; & immédiatement après leur retour, M. Talon envoya lui« même à ce dessein des hommes au pays des Outaouas, & d'autres à la découverte de la mer du Sud & à la baie d'Hudson. Pour la première de ces expéditions, il choisit un i;entilhomme nommé M. de Saint-Lusson , à qui il adjoignit un certain nombre d hommes, avec ordre d'aller prendre possession des terres situées entre l'Eft et l'Ouell, depuis Montréal jusqu'à la mer du Sud, autant ëc si avant qu'il se pourrait M. de Saint-Lusson, après avoir hiverné près du lac des Hurons, se rendit à Sainte-Marie«du«Saut, au commencement de mai de Tannée 1671, & fit convoquer les peuples de plus de cent lieues à la ronde, en leur donnant avis que les Français voulaient faire alliance avec eux. Ils s'y trouvèrent, par leurs ambassadeurs, au nombre de quatorze nations, & le P. Claude Allouez,
n^Tàux sur le Canadai i3 mai sC-:?*
xxin.
M. TAUMt rAtr MB*-
m* PARTIE. LOUIS XIV.
qui servait d'interprète , s'étendît sur les grandeurs du
Roi de France, en ajoutant que ce puissant monarque voulait les prendre sous sa protcdion, pourvu qu'ils voulussent être ses fidèles sujets. Tous y consentirent avec acclamation & applaudissements, 8»: les esprits étant ainsi disposés, M. de Saint-Lusson assembla un grand conseil public Je 4 juin 1671. Là, sur une éminence qui dominait la bourgade des Sauteurs^ il fit planter une cf oix & ensuite arborer les armes du Roi avec toute la pompe & Tappareil qu'il lui fiit possible. Au moment où la croix fut levée de terre pour être plantée, tous les Français qui se trouvaient présents entonnèrent Thymne : Vexilla Régis, & lorsqu'on attacha à un poteau de cèdre, élevé au-dessus de la croix, Tccusson de France, on chanta le psaume Exaudiai, qui lut suivi des cris redoublés de Vive le Roi! & de décharges de mousquets. Le Père Allouez adressa un discours aux sauvages pour leur expliquer ce que signifiait la croix, qu'il leur représenta comme I*étendard du Maître de la vie, du Seigneur du Gel, de la terre & des enfers. Leur montrant ensuite tes armes 4e France, il leur parla de la puissance du Roi des Français, du grand nombre de soldats qui obéissaient à ses ordres, de la grandeur de ses navires, de la multitude de ses sujets, de la quantité, de l'étendue & de l'opulence de ses villes, & ajouta d'autres détails de même nature qui furent reçus de ces peuples avec admiration : tous étant étrangement surpris qu il y eût sur la terre un homme si grand, si puissant & si riche. Après cette harangue, M. de Sainte Lusson prit la parole & leur déclara qu'il était envoyé pour prendre "possession de ce pays êc les recevoir tous X sous la protection de ce grand Roi, dont ils venaient d'en* tendre exalter la puissance. Enfin on termina la cérémonie par un feu de joie, qui fut allumé le soir, & par le chant (ORciMion de .G71, du Te Deum en action de grâces (i) (*).
p.î'î, 27, îS.— Lettres (le Marie Je rinciir'
nation, lettre 89", p. {*) M. Je Saint-Lusson s'cmbarviua pour la France cette année 671. même sur le Saint-Jean-iiaptiste, & arriva à Dieppe le 10 Janvier
PKCNDU OE NOUVEAU MMOimit M LA
»àm »*BuoMm.
PRISE DE POSSESSION DE LA BAiE d'hUDSON. 1672. 30Q
En envoyant ainsi M. deSaint-Lusson, pour prendre »< tai on va r i ube possession du pays des Outaouas, M. Talon chargea d autres Français d'aller découvrir, tant la mer du Nord, par où Ton espérait de parvenir à la Chine, que la fameuse baie d'Hudson, reconnue en 1612 par ce navigateur ( i ), (1) Relation Je iC;o, & depuis longtemps oubliée des Anglais. Déjà, en î66i, sur le rapport d'un capitaine Nipissingue, les PP. Druillettes & Dablon avaient résolu d*aller à la recherche de cette mer. > Nous savons depuis longtemps, écrivait le • P. Lejeune, que cette mer du Nord eft contigue à celle I de la Chine, 8c qu^il n*y a plus que la porte à trouver; « que c'eft là que se voit cette fameuse' baie, large de c septante lieues & profonde de deux cent soixante, dé- « couverte pour la première fois par Hudson, qui lui a « donné son nom, sans qu'il en ait reçu d'autre gloire <i que d'avoir, le premier, frayé un chemin qui se ter- « mine à des empires inconnus. C'ell dans cette baie que « se trouvent, en certains temps de Tannée, quantité de « nations circonvoisines, comprises sous le nom général « des KililHnous (2) . » Ceux-ci^ ayant appris que des Fran* (») Reia^ tUi . çais étaient établis en Canada, avaient, en 1661, envoyé ' par les terres, des députés à Québec, & demandé à M. d'Argenson, alors Gouverneur général, d'établir un commerce avec eux & de leur donner un Missionnaire. M. d'.Argenson, dans l'espérance de trouver, par la mer du Nord, un pa.ssage au Japon, <n: aussi de découvrir des nations sauvages encore inconnues, leur en\ova les PP. Druillettes & Dablon, qui puriirci^i de (Québec, au iiiui^i de mai lôôi, avec M. de la'Vallière, gentilhomme de Normandie, Denis Guyon, Desprez, Couture & François Pelletier. Ils s'étaient
167a. Il conduinîtivec lui un orignal vivant, 4géd*environ six mois, un renard & douze grandes outardes, qu'il s'empressa d'aller présenter J'^;^'"*?"'!^*^»'
au Roi. Ce navire, qui était de trois cents tonneaux, portait dix mille ^c'oi "c ar \î«e'
livres de caftor, valant alors quatre irancs & demi la livre, quatre y^. 'Mamlscî'
cents peaux d'orignaux, diverses pierres,du bois, delà poiXjÂt beau- BiWioih. de Dieppe,
coup d autres produdions du pays (3). années i(i7i>i$7>4
p. is.
3fO ' Ift" PARTIE. LOUIS XIV.
(0 Relation ik- iGOi, embarqués sur le Sagucné(i); conduits par des sauvages ;
p. I s, I i. 2nais ils furent obi igés de revenir sur leurs pas, soit, comme
le raconte M. de la Potherie, que ces sauvages eussent refusé de continuer leur route, par la crainte que Tentreprise des
(i) Hin. de r\m<i- Français ne leur fût préjudiciable (2) ; soit, comme le raprique^scpt^non^ic, partent les pp. Jésuites, que, les'Iroquois exerçant alors de p. 141, 142. ' cruelles hnflilités sur les Français 8c sur diverses nnttons sauva.u'cs, les Missionnaires eussent jugé qu'il était de la l^riiJciicc de renoncer à leur tentative, qui. en clkt, n'eut alors aucun résultat (3). Cependant des sauv ages de la buie (3)Rei«tionde iGOc, «f^Hudson envoyèrent de nouveau des députés à Québec, ^' ' en i663, & prièrent M. d^Avangour, alors Gouverneur,
de leur donner des Français . Il y envoya cinq hommes, à la téte desquels il mit le sieur Couture, qui s'y transporta par les terres; étant arrivé à la baie, Couture y planta une croix, 8c prit possession du pays, en mettant en terre, au pied d'un gros arbre, les armes du Roi, gravées (4)HiU. de VAmé- sur du cuivre, eiiveloppécs entre deux plaques de plomb
tique septenlrtona!e, a j*x^ j ^ \
1 1 p. i4i. « d écorce par-dessus (4).
ors cRosni i KBs AVAIT DeleurcAté, les Anglais prirent aussi possession de
r^'lA^ÎHrs;/.^ " "^"^^ parle moyen d'un Français, Médard
MON M L'ANcu. Cliouart des Groseillers, qui s'était donné à eux. Voici ce que rapporte à ce sujet la Mère Marie de Tlncarnation,
dans sa lettre du 26 août 1 670 : « 11 y a quelque temps « qu'un Français de notre Touraine, nommé des Groseil- « 1ers, se maria à Québec. Il était tout jeune quand il « vint ici, k il fit grande connaissance avec moi, tant à « cause de la patrie, qu'en considération d une de nos « Mères de Tours, chez le père de laquelle il o\ait de- « meure. Ne faisant pas une grande lortune en Canada, <t il lui prit fantaisie d'aller à la Nouvelle-Angleterre, pour tf tâcher d'y en faire une meilleure. Il y faisait Thomme (t d*esprit| comme en effet il en a beaucoup; & il fit « espérer aux Anglais qu'il trouverait le passage de la a mer du Nord. Dans cette attente, on Téquipa pour « renvoyer en Angleterre, où on lui donna un vaisseau
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