‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 138 sur 182 · VI · texte numérisé non relu

VI

Vers le milie u m à la fin de juillet de la m^mc année coudou» inm ^tk r.x 1 666, lun des colons dont nous avons parlé plusieurs fois, ^iÎ**h!w 'mI André Demcrs, alors âgé de trçnte-cinq ans, piochait sur sa terre, proche de la ville, lorsqu il aperçut un chasseur qui passait fort brusquement au travers de son blé. Ne pouvant voir patiemment fouler son champ de la sorte, ^ voulant engager ce chasseur à prendre plus de précaution : Tout beau, lui crie-t-il, tout peau; c'est-à-dire, doucement, arrêtei» Et comme Tautre, qui allait ramasser 9lors quelque gibier tué par lui, marchait toujours du même pas, Demers ajouta : Faut-U donc perdre ainsi le blé d'un pquvre homme? Si je amnaissais celui qm vient de^fasser, te m'en irais à la plainte. Le chasseur, continuant son chemin, lui dit d abord : Et on irie^-yous à la plainte? Puis, revenant au milieu du ble, il appelle Demers, qui s'approche de lui avec sa pioche à la main, sans le coniiaiire encore : l u es un coquin, lui dit le chasseur d un ton de colère; je te donnerai cent coups de bâton. Demers, voyant qu'au dommage que Tautre lui faisait il ajoutait encore les insultes & les menaces, lui repartit : Les coquim sont au coin de poire feut ^ les coups dç pdtoit sont pour pos chiens. Irrité de cettç réplique, le ç)iasspgr s^approchc pour tomber sur Demers, qui, de son côté, se retire vers le lieu de son travail. Y étant arrivé, il prend en main son fusil, qu il avait laissé là, & se retourne vers son agresseur, qui change alors de ton. La crainte d a\()ir all'aire avec 1 un de ces tireurs de Villemarie en réputation d'habileté & d'adresse singulière dans le manicmpni du mogç-

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quct, fut sans doute le motif qui lui fît prendre un langage amical en apparence : Vami, Vami, lui dtt-tl, pkm ici. A ces mots, Demers reconnut que ce chasseur était le commandant La Frédière; & comme il le voyait accompagné de deux ou trois hommes armés, que ces hommes cou raient sur lui pour le saisir, il s'enfuit avec son fusil, de peur d'être battu s'ils venaient à l'atteindre.

cnuAOTÈ TvRAxmQiTR ^[m'^ \\ iVcchappa point pour ccki à la colère brutale VEM DEMERS. ucCc tyi un. Ce jour-la même, La reuiere l en\ oya prendre par un sergent accompagné de deux soldats, le mit en prison dans le corps-de-garde avec les fers aux pieds, & le lendemain le lit monter sur le cheval de bois, où Demers demeura trois quarts d'heure, ayant à ses pieds deux bottes de fer pesant les deux environ cent vingt livres. Ce genre de tourment arbitraire 8c cruel peut donner une jufte idée de rhumenr brutale farouche lIc l a Frédière, plus propre à châtier des forçats dans les bat;nes qu'à commander à des Français. Car il n cH pas hors de propos de faire remarquer ici que, le 14 février suivant, !c Conseil souverain, en condauinant un voleur à être applique au cheval de bois à Québec, détermina à six livres seulement le poids qu'on attacherait à chacun des pieds du cou- (i}Regi(hciiuCoiv pable (1). Mais comme si sa cruelle torture n'eût pas été

•eiUouvmin, 14 Kv. suffisante, La Frédière la fit renouveler encore deuv jours après. Enfin, Demers étant sorti de prison , il alla le voir, le surlendemain, non pour réparer une si atroce injuflice, mais pour l'aggraver encore par des insultes c'v de nouveaux dégâts. Lorsque jetais dans ton b!c, lui dit-il insolemment, si J'avais pu t'atlrapcr, je f aurais roue de coups de bâton, voyant que tu fuyais, quoique je t'ordonnasse de venir à moi. 11 prit occa:>ion de cette prétendue insulte pour aller chasser tous les jours dans les blés de Demers avec plusieurs soldats, y faisant même de si afireux dommages que, de trois quarts d'arpent ensemencés en blé, (OC/rcfrc vie Ville- Oemers ne recuullit que huit gerbes, sans parler encore 18 sept. i<^'>7. de semblables d<^ats faits dans ses autres grains (2).

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