OFFICIERS MILITAIRES FUNESTES A LA COLONIE
Mais ce n'étaient pas là les seuls excès dont La Frcdiëre se fût rendu coupable à Villemarie. Jusqu'alors M. de Maisonneuve & les autres olBciers des seigneurs de l'île avaient empêché de vendre de Teau-de-vie aux
sauvages, conformcment aux défenses de TEvêque aux arrêts du Roi. Dominé par Tappàt d'un lucre sordide, La Frcdière se mit à 'leur en vendre publiquement dans sa maison, quoique le (Innseil souverain ne se fût pas encore r elâché sur 1 article des boissons, comme il lit en 1668; ^ durant le peu de temps qu'il passa à Villemarie, il leur en traita de dou/e à quinze barils, spécialement à des Sonnontouans. 11 fit plus encore : pour tromper ces sauvages, il mêlait à Teau-de-vie de Teau naturelle, & en telle quantité qu'ils reconnurent eux-mêmes cette supercherie, & s'en plaignirent à Jean Baudoin, en^çagé du Séminaire, qui entendait la langue Iroquoise K demeurait alors i\ la maison fortifiée de Sainte-Marie. Enfin il se servait d'un de ses soldats comme d'un commis pour aller vendre de l'eaude-vie aux sauvages ; /s: celui-ci en ayant traité pour la troisième fois, M. de Salières, qui en fut informé, le fit saisir 8c le conduisit en prison, en disant au geôlier : Prenez bien ^ardf d ccl homme , vous m'en répond à mon retour. Mats le jour même où M. de Salières quitta Villemarie, I.a Frédicre Vclargit de sa propre autorité ( i"*.
vin.
TRAFIC ILLII ITI^ ET ntAIHUI.r.l X DE LA FKiDièllS A l'McARD DES lAU'/AGCft.
I) C,«U< ilc \ illcmarie. (ntormiilinn«1it 17 «pl. iWvj,
Hicn II était a.ssurénicnl plus op|M)sc auv intentions iMvttNAii<iiijtQiiiH.rt>:
du Roi ..ju'inic ^iHiJiiiic si in)ullc si révoltante, uiiiijucment propre à dégoûter les colons à éloigner du (Canada les Français, que ce Prince ax ait si fort à cœur d"v attirer en grand nombre. I . année Min ante 1667, M. Talon, étant venu à Villemarie, parcourut, cuinme on l a raconté, toutes les maisons de la ville des côtes, pour savoir si quelqu'un des habitants avait à se plaindre d injulUces qu'on lui eût faites; & à cette occasion les colons opprimés par Frédiérc lui firent chacun leurs plaintes contre lui. Indigné dune conduite si atroce, Se voulant délivrer la colonie d'un homme si dangereux, M. Talon exposa ses
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^90 "I* frAilTIE. LOt'lS XIV.
griefs à M. de 'l'racy, qui, en qualitc de chcl de 1 armée, ordonna au sicuf de La Frédière de repasser eu 1 rance. C'éMlt Id peltie la plus douce qu'on pût lui infliger; & ttmtetoië M. do Salières, â qui peut-être on n*osa pas faire le détail dei excès dû soA ileveu, s'en plaignit à M. Talon comme d'une mcsut-e excessive. Pour en montrer Téquité, M. Tdlort ôrdonnd, le i*"^ septembre 1667, au Juge des seigneurs de Montréal, d'informer sur les faits qui lui seraient exposés par le procureur fiscal nu par les habitants de Villcmarie, qui se portaient pour partie contre le sieur (I) Aijiiv.s de la de La FK'dière (i), de lui en envoyer des informations «Iiiir« du clnS en bonne forme. Celt ce que fit M. d Ailleboull les iG, «ouveraîii, i" sept- 17, i8 & Si septembre de cette année, où Jean Baudoin, .<;67. Ordre Je M Tu- Mathuriil Mâftrâ, deoicurant l'un «t l'autre à la rtiàison de
Io.i au lieutenant civil » ««^ n* i* . ,
A criminel des sd* Stilnte-Mdfie, André Deniers, Claude Jaudoin, Ahne ThogneurtdcMootrM. m^sse sA fettime. & Mafie-Anne Hardje, fettime de PleiTe
Malet, se présentèrent successivement dans la salle de julUce & firent leur déclaration. Toutes ces pièces furent <*xpédiéc.s à M. Talon, 8;, en outre, on en déposa au [greffe de Villemarie des co'pies authentiques, qui nous ont fourni le^ détails scandaleux que nous venons de rapporter. La P'rédière repassa en France; nous ignorons quelles furent les suites de cette procédure ; mais nous ne craignons pas d assurer qile, si le Roi eût été informé d'une condilite si contraire à Tordre, à la juftice & à la vertu, il aurait dégradé des armes cet indigne commandant, & lui aurait fait faire son procès en toute rigueur de jufUce.
or.'iciF.Rs DES moo'p»^ Les exemples scandaleux de La Frédière, fi notam- Qui KOMT LE coM- nieut son trafic illicite îwlc les sauvages, trouNcrent un AaxMi-vMEf. ^'''^^ ,urand nonilMe d miitateurs parmi les otiiciers des troupes, 8.: eurei^t pour toute la colonie les plus trilles résultats, ('es militaires, devenus tra^lqucu^^, st)ngeaut avant tout a leurs intérêts privés, semblèrent, au lieu.de concourir â l'établissement du pays, n y être venus que pour conspirer sa ruine par leur commerce avec les sauvages, à qui ils donnaient des liqueurs fortes en échange
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de leurs pdleteriee* ils occasionnèrent dods la colonie d'horribles désordres de la part de ces barbares, k les
choses allèrent même si loin, que plusieurs habitants des TriMS-IUvières, du cap de la Madeleine, de Champlain, crurent devoir en informer le Conseil de Qucbec. Us se plaignirent de ce que, malgré les défenses tant de fois réitérées, on voyait des gens du guerre traiter des boisson» ciavrantes aux sauvages, (k en si prande quantité, qu'A X'illemaric, aux Trois-Rivières, à Champlain, au cap de la Madeleine, à Batiscan, à Sainte-Anne, on rencontrait de ces derniers perpétuellement ivres, se livrant aux désordres les plus inonib'ueuai que pouvait produire Tivresse dans ces barbares. Ils ajoutèrent que ces gens de guerre, non contents de traiter avec les sauvages dans les habitations, les suivaient à la chasse sous divers prétextes, d'où il arrivait que, par leurs ivrogneries continuelles, les sauvages étaient tellement détournés de cet exercice, qu'ils ne rapportaient pas le demi-quart des pelleteries qu'on eût pu espérer d'eux sans cela. Qu'enfin ceux des colons qui avaient fait de grands prêts aux sauvages en les tournissant, à crédit, de hardes, de vivres, d'armes, de poudre, de plomb 6l d'autres choses pour les mettre en étal d'aller à la chasse, se voyaient ainsi privés des pelleteries auxquelles ils avaient un droit rigoureux (i) : ce qui les rédui- (i) Greffe de viiiesait à une extrême misère. « Il faudrait, dit M. Dollier, Ar iudi- « parlant avec douleur de ces abus» il faudrait que la ,6^8, « subfîance du pays servît pour rétahlisiscmcnt du pays. '< Mais après trois ans une partie des troupes, ayant quitté '< le Canada, retourna en France chargée de pelleteries, « M. de Maisonncuvc ne fit pas cela : il ne chercha jamais « ce lucre sordide. C cft que ces messieurs ont cic moins t touchés de rétablissement du pays que ne Tétait M. de
> Maisonneuve; & si cela continuait, ce serait la ruine du
<r Canada. Il eft impossible qu'il sub«îfle, si les particuliers '
> n'ont pas de quoi acheter des outils, du linge, des « étoffes dans ce pays où le blé n'a aucune > aleur. Si les « colons n'ont rien, ils ne peuvent de rien produire
39'^ H»"^ l'ARTlK. LOUIS XIV.
« quelque chose : ils sont misérables. On a plus besoin
a ici de bourses pleines que de bourses vides, ^s: cette
« cupidité de la part des officiers elt cause que le pays ell
u sans armes; car les colons, n'ayant plus de pelleteries
« comme autrefois, ont vendu leurs armes pour avoir
« de quoi se couvrir ; en sorte que tout peut devenir
(i) Hiif. du Mont- , la proie des Iroquois. s'ils veulent recommencer la
i^al, par M. Dollicr, - . ^ '
de h iof.8, etc. « guerre (i). »