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CHAPITRE XII

PERTES NOTABLES l'OUR LE CANADA : RAPPEL DE M. DE COURCELLES ET DE M. TALON EN FRANCE.

On a VU qu'entre autres projets formés par M. de m. »■ <iunLi» temn Queylus pour le bien de la colonie, il se proposait d'éta- i^«=canad\ bavs t-rsblir, en faveur des sauvages invalides ou avancés en agc, hom m k. oAum*

un hospice à ses propres frais. Comme il fournissait, d'ailleurs, à une partie considérable de la dépense pour le soutien de Villcmiirie, 8; que ses revenus n arrivaient pas assez t6t à son gré, peut-être par suite des difficultés que SCS proches ou d aulrei» intéressés opposaient à la générosité de son zèle, il fit des démarches, en 1670, pour en accélérer le recouvrement, & résolut enfin de passer en France. M. Talon écrivait, sur ce sujet, à Colbert, le 10 novembre de la même année : « M. Tabbé de Queylus, « qui donne une forte application à augmenter la colonie, « aura peut-être besoin de votre autorité pour retirer ses « revenus de France, & il espère que vous lui accorderez « votre protection partout où la Juftice sera pour lui (i). (i)Arch.dc J« ma. « Je ne trouve pas un homme plus reconnaissant des îi|,n*'à*co^^ 40*^0 « f^ràces que nous lui laites que M. de Queylus, Il va trai- nov. 1670, «1 ter de i>es atlaircs en l-Yance, faire ses parla^cb a\ ce ses « frères, rassembler son bien pour l'employer en Canada. . . « S'il a besoin de votre proteâion, il fait effort pour s'en « rendre digne, & je le connais un sujet fort zélé pour le « bien de cette colonie. Je crois qu*un peu de démonltra- ' H tion de votre bienveillance redoublerait encore ce zèle, • dont j'ai de très-bonnes marques en ce que vous sou- K haitez le plus, l'éducation des enfants sauvages qu'il , , « procure de toutes ses forces (2). » M. de Queylus par- ,67t.

tit en effet pour la France dans l'automne de Tannée 1671 (•), & conduisit avec lui M. d Allct 8i de Galinée. Le Séminaire de Villemarie avait perdu, depuis peu, l'un de ses plus ancicn^i membres, M. Dominique Gallinier, (1) Regift.de lapa- décédé le Kj oclobre 1671 (i), en odeur de f;rande vertu, g**! Pendant quatorze ou quinze années, 11 s'était exposé mille

1671. fois à la mort, en secourant les colons, dans les attaques

journalières que leur livraient les Iroquois, bravant les périls avec d*autant plus de résolution, qu'il ambitionnait J:^ "'fl\^" avec plus d*ardeur le bonheur de verser son sang pour

r«Sai, par M. Dollier. dit ,,^,f. ««««^i

1C70 4 1671. rétablissement de la colonie (3).

H. n QUKvui» TOHBB Ccpcndant le voyage de. M. de Que} lus fut moins PAuT^ " * heureux pour Villemarie qu'on ne Pavait espéré d'abord, à cause du dérangement qui surN int dans sa santé, peutêtre par suite des fati^^ues de ce dernier voyage. Se trouvant hors d'état de repasser dans la Nouvelle-France, il se retira, le 3 juin 1672, chez les Ermites du mont Valérien, près Paris, dont la Communauté était conduite par des prêtres du Séminaire. Elle avait alors pour supérieur un ancien vicaire de la paroisse de Saint-Sulpicej que M. de Queyhis avait beaucoup connu autrefois, M. Pierre Couderc, qui probablement l'attira dans cette solitude par l'espérance que l'air de la campagne contribuerait à le rétablir. La santé de M. de Queylus \ fut néanmoins toujours languissante^ ce qui n empccha pas qu'on ne l'élût supérieur du mont ^'alérien l'année suivante, & même qu on ne le réélût encore après son premier triennat. Par un effet de sa générosité ordinaire, il aui^nionta les tc\c-

Jlwu'ta^^'*' Communauté (3), fit conftruire, à ses propres

, ,«0.1009. fi^is^ (0 grand bâtiment qu'on voyait autrefois sur cette montagne, ainsi que les dations du Calvaire qui y atti-

O Grandet, assez mal inftruit de ce qui concerne M. de Queylus, Jiupposc duns sa Notice qu*il partit en i(>74, & fut rappelé par M. de Bretonvilliers.

M. DE QUBVLUS QUITTE LE CANADA; SA MORT* 167I. 4l5

raient les pèlerins (i). Enfin le délabrement de sa santé (o Nie manuacriie lui ôtant tout espoir de retourner jamais en Canada, il c.litt^"'^''^'' profita delà présence de M, de Laval à Paris pour mettre la dernière main à une fondation qu'il avait faîte autrefois

en faveur des Hospitalières de Qucbec. Vf>iiK avon*; vu qu'il leur avait remis six mille livres pour former une dot de Religieuse en l'honneur du Verbe incarné (2). Par ai}e (2) Hiftoiw de i'Hodu I'" mars 1675 . il rôda, de concert avec M. de Laval k Qu^t», le P. Ragucncau, que luiUc livres de cette somme seraient données aux pauvres^ & que le reflc formerait la dot qu'il voulait fonder. Lui-<méme nomma^ pour en jouir ta pre-* mière, Gabrielle Denis, sa filleule, à qui, en effet, cette fondation fut affcéléc (3), & il voulut qu^à l'avenir la Corn- (3) /*iv., f. munauté des Hospitalières y nommât, avec cette clause expresse que, si après six mois expirés depuis la vacance de la place, la Communauté n"y avait pa^ pourvu, le Supérieur des Jésuites de Québec y nommerait lui-même de

plein droit (4) . (4) Rcgiftm de rar-

ctMvidié de Qniébec

La santé de M, de Queylus dépérissant toujours davantage, surtout depuis le mois de septembre 1676, il quitta le mont Valérien, se retira d'abord à la Communauté de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, & de lé au

Séminaire, oû il mourut le samedi 20 mars 1677, vers deux ou trois heures après midi. Les prêtres du mont Valérien, par reconnaissance pour un si fîénércux bienfaiteur, s'empressèrent de taire peindre .son purtrait, 8c assinèrent à ses funcrailks. qui eurent lieu le lendemain au Séminaire; & I on iit encore pour lui un Service le iq mai suivant (5;. (3) Jourmi de M. Sa perte fut vivement sentie à Villemarie, privcc par là Jp^Tg^y^**""*^ d'un de ses plus fermes soutiens; & comme sear confrères cherchaient quelque occasion pour renvoyer sa vaisselle en France, on leur écrivit qu'il avait donné à leur maison C^) ^-'^^'^^ tout ce qui pouvait lui appartenir en Canada (6). Tro«o«,5.vrii .677.

tu.

Le départ de M. de Queylus pour la France, vers cwrccllmbt la fin de l'année 1(171, fut suivi du rappel de M. de Cour* «o'^iutlL**''™'

4l6 ni* PARTIE. LOLÏS Xl\^

celles, & de celui de M. Talon Tannée suivante . (*). La sagesse que celui-ci faisait paraître dans la conduite des affaires, son alfabilitc envers les colons dont il procurait les avantages avec tant de sollicitude, ses autres qualités personnelles, Si. surtout la grande autorité que le Roi lui UN ait douiicc, lui conciliaient rellime la considération universelle dans la colonie, de manière à le mettre, dans rojpinion des peuples, à Tégal & même au-dessus du Gouverneur. M. de Courcelles était doué lui-même de trèsbelles qualités, 8c le P. de Charlevoix le regarde comme Tun des Gouverneurs les plus accomplis qu^ait eus la (I) Hirt.de la Nnu- Nouvelle-France (i). Mais il n'eut pas toujonr-^ assez de

veik.Fianctt, t. i , y^^^^u pouT étoutlcT les ressentîmcnts de la faiblesse hup< 406*

maine que lui faisait éprouver le grand crédit de M. Talon, ce qui causa entre eux quelques germes de froideur ; &, comme les suites d'un désaccord auraient pu tourner uu désavantage de la colonie, ils demandèrent très-sagement Tun & Tautre leur rappel, en alléguant encore Taltératton de leur santé, causée par le climat sévère du pays. M. de Courcelles, en particulier, avait beaucoup souffert de son voyage au lac Ontario; dans sa lettre au minière où il demandait son retour en France, il ajoutait que s'il avait le bonheur de recouvrer ses forces, il irait se faire tuer pour le service du Roi comme tous ses frères l avaient >,2) Jbij., .^0-. déjà fait (2). Le 6 avril i(y~2, ce prince nomma M. de (.î)Aith. tic la ma- Frontenac pour lui succéder (3;, & le lendemain écrivit à SS;eri67i'w.35l ^- ^-ourcelles : « J'ai appris, par votre lettre du « 10 novembre dernier, le voyage que vous avez fait u Tannée passée au iac Ontario, tant pour reconnaître le

C) M. Talon avait été nommé sans limitation de temps, aussi

bien que M. de Courcelles. Mais, au bout de trois ans, des affaires (4) Hift. de la Nou- dc famille qui demandaient sa présence à Paris (4), & quelques sujets velk-Francc, par le de mécontentement qu'il avait eus en Canada, lui firent souhaiter J'. de Ctiarlevoix. de s'en éloigner momentanément. Le Hoi, pour lui donner cette sitisfadion, nomma û sa place, le 5 avril \hû}i, M. de Bouteroue, qu'il rappela peu après en renvoyant M. Talon en Canada.

MM. DE COURCKLLES ET TALON QUITTENT LE CAN. lb'J2, 417

« pays que pour imprimer toujours dans Tesprit de

a toutes les nations sauvages la crainte de mes armes,

« alîn de maintenir la paix & le repos parmi mes sujets

a de la Nouvelle-France. Mais comme le mauvais état de

« votre santé ne vous permet pas de demeurer davantage

« dans ce pays, je vous fais cette lettre pour vous dire

« qu'étant satisfait de 1 application que vous avez eue

« pour vous bien acquitter de Templpi que je vous ai

* confié, je vous rappelle dans mon royaume (i\ ■ Le (O An*, dehmt-

1 7 mai suivant, le Roi écrivit à M. Talon une lettre sem- ^^'f'' V'''

' . .- . . pccbcs, 17 mai 1073,

blable : « Les infirmités qui vous sont survenues depms m. 34.

a votre retour en Canada ne vous permettant pas d^y

« demeurer plus longtemps, je trouve bon que vous repas-

> siez dans mon royaume pour que vous travailliez au

t rétablissement de votre santé, & je serai bien aise de

« vous donner, en toute occasion, des marques de la satis-

« fadion que j'ai de votre application & des services que

« vous ni avc/ rendus dans l'emploi que je vous ai con-

« fié (2). » Enlin le mois suivant, Colbert écrivait de son {2)itid., toi. 58.

côté à M. Talon : « Comme vous revenez l'un & l'autre en'

« France, les. petites difficultés qui sont arrivées entre

« M. de Courcelles & vous n'auront point de suites (3). • (?) foi. u.

T^KCHOirillCB AVAHTA- CEinC RBKDU AITX CO-

Loxs DE vii.i.rt: «ntE rAK M. DE coua>

Avant son départ, M. de Courcelles écrivit à M. Dollier de Casson, Supérieur du Séminaire de Villemarie, en remplacement de M. de Queylus, une lettre d adieu {*), &

(') « Si j'ai qucîquc peine en quittant le Can.KÎ.i, disait le Gntivcr- « ncur, c'eft de m'<. loipncr de vous autres, Messieurs, de Montréal, « Ob pespérais toujours de vous rendre quelque service, me trouvant « dans votre voisin8t;e ; & si je ne l'ai pas i^ait, ce n'eft pas manque « de bonne volonté; elle continuera toujours en quelque lieu que je < puisse être. Si Poocasîon s'en présentait, je l'embrasserais avec bien « de la joie, & c'efl ce dont je vous prie, Monsieur, d'être bien per- ^'/«"«de VU1«- « suadé. Nous espérons partir dimanche au matin, sans faute; voih\ T"^" n la dernière que vous recevres de moi en ce pa^s; je la termine co tw 767»^ Note» de « vous embrassant d'aussi bon cœur que |e me du votre trât-humble Mtngua, it ma» « & trcs-obéissant (4). » t68i.

TOMB ni. 3^

4*8 lll'^ PARTIE. LOUIS XIV.

pour témoigner aux autres Ecclcsiailiques de cette maison ses sentiments d alfcétion, il adressa à l'un d'eux, M. Pcrrot, une autre lettre conçue en ces termes : '■■ M. le « comte du Frontenac, que le Roi a pourvu de ce gouvcr- « nemcnt, étant arrivé H: ayant eu mon congé de la « Cour pour m en retourner, je .suis bien aise, avant de « m'embarquer, de vous écrire celte lettre, tant à cause de ■ rinclination que j'ai pour vous & pour tous vos mes- > « sieurs, que de la fidélité au service du Roi que j'ai tou^ c jours reconnue en vous & dont je veux vous témoigner » ma rea>nnaissance. Je vous prie aussi de faire connaître « à tous vos habitants que je leur rends la jullice qui leur « efl due, reconnaissant qu'ils ont toujours été prêts, & « des premiers, quand il s'eft agi du service du Roi , ^ qu'ils « aient à continuer comme ils ont commencé. Quand « l'occasion s'en présentera, je témoignerai à MM. les u minillres que Sa Majellé a dans vos quartiers de veri- « tables & fidèles sujets; & comme je ne doute pas que les « gens qui obéissent bien à leur prince ne soient des chré* « tiens dont les prières sont très-agréables à Dieu, convier- « les, s*il vous plait, à le prier pour mon heureux retour « en France. Je demande cette même grâce à tous vos « messieurs qui ne me la refuseront pas, & à vous parti- • cuUèrement, de qui j'espère toute assiltance par vos

('j Louis de fittade» comte de Frontenac^ avait fait ses premières

armes dès l'dge de dix-sept ans. Après avoir exercé pendant onze ans la charge de maître de camp au régiment de Normandie, puis celle de maréchal de camp dans les armées du Uoi, & servi en Italie, en Flandre & en Allemagne, il passa en Orient en lOoq pour la défense de la Foi. î.a ville de Candie était bloquée par les Turcs depuis près de dix-huit ans, & assiégée depuis vingt-six mois, lorsque Louis XIV, à la soUtdtation du Pape Clément IX, y envoya un secours de plus de six mille hommes, «ous la conduite du duc de Hcaufort, & M. de Frontenac fut du nombre de ces braves & généreux volontaires, 'i; L'Art de vérifier ^P'"^* vingt- neuf mois, cette place ae^ vit Ain» la

dates, t. I, in-fo- "ccessité de se rendre aux Ottomans par une composition hono« lio, p. 687. rable.

MM. DE COIÎRCELLES ET TALOK QUtTTEMT LE CAN. 1672. 419

u bonnes prières, sur lesquelles je vous assure que je Hift. du M»irt- « fonde mes meilleures espérances en vous disant adîeu, conclusion. Ardi.'du « vous priant de croire que je serû toujours de coeur •émindfe de Viiie*

• & tfaffeaion votre très-humble & très-dévoué (i). » ^//pt;,^

Quoique M. Talon fût, de son côté, très-alfedionné tau» »io au Séminaire de Villemarie» à qui il avait rendu des ser- «• vices importants , nous ne voyons pas qu'à son départ il lui ait écrit quelque semblable lettre. Ce qui devait lui inspirer plus de réserve, c était la conduite de son neveu, M. Pcrrot, alors (jouverneur Je l'île de Montréal, qu'il aurait condamné, en louant le Séminaire, comme nous le dirons en son lieu^ & vraisemblablement ausà la froideur qu'il avait conçue contre Tundes Ecclésiattiques de cette maison^ M. Remy, trop versé peut-être dans la connaissance & la pratique de la jurispnidence pour un homme de son état. Celui-ci était consulté de trente lieues à la ronde, & au défaut de tout légille dans le pays (car M. d AillcbouH M Migeon suivaient en tout point ses avis;, il dressait, par charité, des requêtes, indiquait la marche à suivre dans la poursuite des allaires, & employait une partie considérable de son temps à donner des avis, ik à terminer les dilïérends à 1 amiable. Quoique M. Talon, dans ses voyages à Villemarie, Teût appelé plusieurs fois pour avoir son sentiment sur des affaires quil avait à juger, il parait que la réputation que M. Remy s'était acquise en matière de jurisprudence, ou plutôt que quelques observations peu discrètes qu'il put faire à M. Talon, causèrent à celui-ci quelque déplaisir; en sorte que M. Remy crut devoir s'abîtenir de répondre à ceux qui le consultaient, 8c écrivit même au Séminaire de Saint-Sulpice à Paris, pour qu'on lui traçât, à cet ét^ard. une ligne de conduite. Mais comme, sur ces entrefaites, M. Talon repassa en France, on répondit à M. Remy : « Vous ne devez point

• refuser vos avis à ceux qui ont recours à vous : M. Vin- (s) Arch. du sim\* « tendant ayant quitté le pays, vous n'aurez plus ce sujet ^'^ vinemane. « de cramdre (2). » p,rM. Remy.

M. TALOJT AVAMT

(0 Greffe de Vllkmarie, oâ. 167s.

(jjKclationde 1672, p. t.

M. TALOK NS RSVIBKT l>LUS tH CANADA,

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