SUR LES TRAVAILLEURS OU VOLONTAIRF^ ET SUR LES SERVITEURS-DONNES
Dans Mm ondomumoe du 4 novembre 1662^ M. de Maisonneuye n'accorda aucune faveur aux volontaires. C'ell que la plupart de ces individus étaient plus ù. charge qu'utiles à la colonie. Outre que pluneurs pouvaient être nuiftibies par une vie indépendante & désoeuvrée, & tiiaient néanmoins leur subsiRance de la sueur des colons, ceux des volontaires qui travaillaient à la journée ou au mois exigeaient quelquefois un salaire exorbitant, que les particuliers se voyaient^ malgré eux, dans la nécessité de leur donner, ne pouvant tiouverd'auCfca aerviteun dans k pays. Cet abus se fit particulicrement sentir auxTrois-Rivi(ir<js,où l'on s'efforça de le retrancher, par divers reniements, Si même de diminuer le nombre de ces volontaires, en hxant le juUc ^uilaire qu'ils pouvaient exiger. M. Pierre Boucher avait déjà obligé, le 14 janvier i65i, tous tes vtriontaires de se faire habitants ou serviteurs des autres habitants, sous peine de punition corporelle, conformément aux ordonnances rendues l'année précédente par le Gouverneur général (i). Le 2 mars 1668 il tit une (i) Greffe de VillenooveUe ordonnance conçue en ces tnrroes : • Sur l^vis qui nous a P^ï""'"?* s été donné, qu'il y avait encore des travaillants qui ne sont ni ha- jgo'^r ,553^ " ■ bitîint^, ni serviteurs, & qui vivent sous le nom de volontaires: « nous leur détendons de prendre plus de vingt sous par jour, & de « quinae livres par mois avec leur nourriture, sous peine de la prison c éc du fouet par la main du bouneau, & défense à eux de traiter « aucune pelleterie avec les sauvages (2). » A Villemarie, où le choix (2) Ibid^ s ^.«it des hommes pour la colonie était fait avec assez de précautions, on ne i^^^*
NOTES
voit pas que jusqu'alors on ait eu â se plaindre des volontaires. Nous apprenons^ au contrairej par ki reg^fttes de la paroisse, que ces volontaires ou travaillants se dévouaient aa bien de la colonie, avec
autant de courage & d'intrépidité que le faisaient les habitants euxmêmes. Ainsi, des trois hommes qui, le 6 février de cette année i6(ii, furent tues par les Iroquois avec le brave major Closse, deux apparte- (1 ) RaglltK mor^ nalent à la classe des travaillants ou volontaires (i). '"éI'* iWi'*'*''*''"** ^'"us devons encore ajouter, jwur faire connaître ici les mœurs '• ■ du temps, qu'outre les engagés ordinaires, quelques-uns, par motif
de religion^ se donnaient pour toute leur vie au service du prochain dans les commanautés des Sœurs de Saint-Joseph & de la Congrégation de Notre-Dame. Le premier exemple de ce genre que nous trou^ vons eft celui de MaThurin Jouaneaux , dont on a déjà parle ; & quoique d'ordinaire on ne mentionne dans les hiltoires que les actions d*éclat, nous ne pensons pas manquer aux devoirs d'un hlftorien jultc <S: impartial en donnant à cet engagé les âogesdusâ la générosité de sa reconnaissance & i la délicatesse de ses sentiments. En exécution du contrat par lequel M. de Maisonneuvc lui avait donné quinze arpents de terre, & aussi pour mettre ses grains en sûreté, Jouaneaux conflniisit pràs de son réduit une petite grange de bois qu'il couvrit de planches. .*ivant qu'elle fût fermée tout autour, ^t vraisemblablement lorsqu'il en achevait la toiture, il tomba du haut de sa grange & se blessa à la tête très-grièvement. On le porta aussitôt à l'Hôtel-Dieu, quoique sans espoir de guérison, car on tenait sa blessure pour mortelle : cependant, les Filles de Saint-.Toseph, par l'intelligence & l'assiduité de leurs soins, par l'cfTicacité de leurs remèdes, parvinrent à lui rendre la santé. Se voyant guéri contre son attente, Jouaneaux songea à ce qu'il pourrait fiiira pour leur témoigner la reconnaissance dont il se sentait pénétré. « Elles m'ont rendu « à la vie, se dit-il à lui-même, ' ans elles je ne serais plus. Le don de « tout ce qui m'appartient eft trop peu de chose pour reconnaître un « blenliiitde cette importance; il faut donc que je consacre le reflede « ma vie à les servir, & que je me donne moi*méme à elles avec le « peu de biens que je possède. « En effet, le 12 mars ifiho, par contrat passé en présence de M. de Maisonneuve, il (it don de sa personne, de ses quinze arpents de terre & de tous ses petits biens mobiliers aux Filles de Saint-Joseph, en promettant de travailler pour leur service, tant que Dieu lui donnerait dos forces, en tout ce qui lui serait commande. Outre «^n 'er-e, il leurdonna encore sa vachère son porc. « Et quoique tout ce bien lut peu de chose, dit la Sœur Morin, « c'était beaucoup pour nos Sœurs, dans la nécessité oti elles étaient « de tout. La vache leur donna du lait, & le porc du lard après sa « mort, ce qui leur fut d'une grande douceur. » Mais surtout le bonhomme Jouaneaux leur rendit de très-grands services, par les soins
NOTES
qu'il donna â leurs travaux donu-f'i luc;. Il s'employait avec grande atfeclion à défricher leurs terres, 6l batu a Saint-Joseph une cubane pour Y loger plusieurs hommes qui tnvaiUaieiit avec lui, ménageant toutes choses avec plus de soin & de sollicitude que si c'eût éxé pour son inte'rct particulier (i). Touchées de son dévouement & de son (i)AQntks<krM^ zèk infatigable, les Hospitalières, pour le lier plus étroitement encore tc^W«»Siiint-Jo8€ph, à leur maison, lui donnèrent, le 31 mai 1661, une déclaration par ^ wairMoiïa. écrit, en présence de M. Souart & de M. de Maisonneuve, par laquelle elles s'obligèrent à le regarder comme un membre de leur communauté, &, en cette qualité, à. le rendre participant de toutes leurs prières & bonnes œuvres, comme wuêû à ftiie pour son entretien pendant sa vie, & pour le repos de son âme après sa mort, ce qu'elles feraient pour une de leurs propres sœurs (2). (i) Archives cîc>
L'exemple de Jouaneaux toucha un autre pieux colon, Thomas Hospitalière» de l'Hô- Mosnier, qui, le 10 décembre de cette année 1662, s'enj^agea au ser- teUDicu. Contiat du vice de la Sœur fiourgeoys & de la Congrégation jusqu** sa mort, donnant aussi avec sa personne & ses services tout ce qu'il possédait. Les Sœurs s'obligèrent, de leur part^ à l'entretenir, en lui laissant l:i liberté de rompre son engagement, dans le courant de la prenucre année^ s'il Pavait pour agréable (3). (S) CrtSt de Vllto*
Si Pon passaitavec ces Frères-donnés des contrats d'engagement, rvanc. Contrat du to c'était pour qu'ils eussent toute assurance d'être traités en santé & en maladie jusqu'à la hn de leurs jours, &. non pour les retenir, malgré eux, dans cette condition, s*ils changeaient d*avis par la suite. Ainsi, Thomas Mosnier, deux ans après son engagement envers la Congrégation, se voyant sollicite par divers particuliers^ demanda lui-mcmc ' qu'il lui fût permis de le rompre; & les Sœurs consentirent, par un second contrat, à supprimer la clause stipulée dans le premier (4). (4) GrtlTe de Ville*
A partir de ce temps, il y eut toujours à PHôtd^Dieu & à la «"«rie. Contrat du Congrégation de ces sortes de serviteurs-donnés, Si, parmi eux, d'an- *^^4« cicns militaires qui, voulant consacrer à Dieu le relie de leurs jours & se mettre à l'abri des dissipations du monde, contractèrent de semblables engagements. Us servirent ces maisons avec tm éÛ» & un dévouement qu'ils ne pouvaient puiser que dans leur foi, se contentant du vêtement & de la nourriture, c**«: exposant généreusement leur vie aux dangers fréquents qu'ils avaient a courir, tant à la ville qu'à la campagne, dans Peiécution des oïdies qui leur étaient donnés.