CHAPITRE XXI
DÉSORDRES KT DIVISIONS OCCASIONNÉS PAR LA TRAITE DES LIQUEURS FORTFS AUX SAUVAGES. TREMBLEMENT DE TERRE. DE 1662 A l663.
L^année 1662 éclatèrent en Canada de grands démê' «auvaces MtHomtii lés touchant la vente des boissons fortes aux sauvages. Ce ÎS|îî,jî^„"*'™" n'cft pas que ce désordre commençât dès lors à s'introduire dans la colonie : il la désolait depuis longtemps ; mais, cette année, il occasionna une rupture ouverte entre M. d'Avaugour, d'une part, & M. de Laval & le clergé de l'autre; & c'eft ce qui nous a fait dlftércr d'en parler jusqu'ici. Dès que les Européens fréquentèrent le Canada, ils jugèrent que ces liqueurs, Teau-de-vie surtout, leur devenaient plus nécessaires dans ce pays que partout ailleurs, à cause de la rigueur excessive du frotd, qui y règne six mois de Tannée; & les sauvages, à qui ces liqueurs étaient alors inconnues, en eurent d abord du dégoût 8c même de l'horreur (i). Plusieurs en ayant cepen- fo Relation Je 1^1, dant goûté, ^ ayant éprouvé les clfcts ordinaires de ces boissons sur les personnes qui n y sont point accoutumées, les recherchèrent bientôt avec passion, non pour le plaisir qu'ils auraient pu y prendre, mais, ce qui cil assez étrange, pour tomber par là dans l'ivresse (2), désordre (a^Rciaticn Je k^j qu'ils ne connaissaient pas avant TintroduAion de ces liqueurs. Quoique très-vindicatifs de leur naturel, tes sauvages avaient soin de cacher leur rancune; jnsque-ià que, parmi eux, un individu se serait déshonoré dans Teftime de ceux de sa nation, s'il s'était vengé de ses ennemis. Voyant donc que, par les boissons fortes, ils perdaient la raison, ^ que, dans cet état, ils n'étaient plus maîtres d'euxpièmcs, ils se mirent à les rechercher pour se venger sans
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déshonneur : eftimant que, quand ils avaient frappé ou tué quelqu'un dans leur ivresse, c'était la boisson, Si. non pas eux, qui avait fait le coup ; 8: si Jcs Européens le leur reprochaient, ils leur répondaient qu'ils en étaient euxmêmes la cause. Les Anglais, durant leur séjour à Québec, ayant vendu des liqueurs fortes à des sauvages, dont l'un, dans son ivresse, fit cruellement massacrer un Iroquois en 1633, le miniffare lui en fit des reproches, & ce sauvage lui répartit: « Ceft toi & les tiens qui Tavez tué; « car si tu ne nous donnais point d'eau-de-vîe, ni de vin, « nous ne ferions point des adions semblables* » Le P. Paul le Jeune, qui se trouvait alors à Québec, rapporte que les sauvages, après s'être battus & blessés les uns les autres, étaient entre eux aussi grands amis qu'auparavant, dés qu ils avaient cuvé leur vin, se disant l'un & l'autre : « Ce n'eft pas moi qui t ai blessé^ mais la boisson qui (i;Rdationdci6>a, « s'cfl servic dc mon bras (i); » que c était pour se 9' venger qu'ils recherchaient avec passion les liqueurs fortes.
« U eft très-certain, disait pareillement M. Boucher, que « les sauvages ne boivent point par délicatesse, ni par « nécessité, mais toujours pour quelque mauvais des- K sein. Aussi n'avait-on jamais vu, ni entendu parler, • parmi eux, des excès auxquels ils se sont portes depuis (î) Hrttoirc vcrit.i- « qu'on Icuf a douné dc CCS sortcs dc lîqucurs (2) . i> Knlin bie & naturelle dc h ^^ç^^ç passioH dcvînt chcz cux si ctîrénée & si tyrannique,
Nouvelle- France, pai ' , , • , r -n « i j- -.7 o
M. Boucher, p. 93, que plusieurs réduisaient leurs familles a la mendicité, Me
V4. 93. d'autres vendaient jusqu'à leurs propres enfants pour se
p. 7. ' procurer des liqueurs lortcs (3).
PA» AVAit.ct, im EtT. L^avarice ne manqua pas de favoriser cette inclina-
X > . rv5 > » ou ..s, fi^jj offrant de ces sortes de boissons aux sauvages,
LIS ligiElBS KOR. ' . . « . . . V* Il J •
TES AUX «.tVVACES.
pour tirer de leurs mams des pelleteries, ues tioiiandais leur vendirent du rhum de Hère, &les Français de Teaudc^iCr»' S'^'dê de-vie de vin (4); d'où il arriva que tous les sauvages qui mont. demeuraient près des Européens devinrent ivrognes (5 1,
(S^i^Hifioire vcrna- ^ qu'enfin les autres se mirent à porter des liqueurs dans bte & mtnrelle^etc. , , . , , .„ ' , , . .
p uo. les bois OU dans leurs villages, pour s y livrer impunément