‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 49 sur 182 · II* PARTIE. LOUIS XIV, CHEF DE LA COLONIB · texte numérisé non relu

II* PARTIE. LOUIS XIV, CHEF DE LA COLONIB

« Mais celui-ci, adroit & rusé, comme s'il n*eût fait que « rire des coups qu'on lui donnait, repartit qu'il avait » voulu seulement faire peur à la Sœur de Brésoles; que » son intention nY-tait pas assurément & ne pouvait pas « être de rendre le mal pour le bien à celle qui lui donnait » des médecines, qui pansait ses plaies pour les guérir, « qui faisait son lit afin qu'il dormît à son aise, qui lui don- ' « nait tous les jours de la bonne sagamitc, de qui enfin « il recevait tant de bons ofiices. » C'était le propre de ces barbares d avoir recours à de pareils moyens de défense quand ils étaient surpri.s dans leurs mauvais des- (f) Annaiesdei'Hâ- scins, & OU fit semblant de le croire pour ne pas irriter son

tel -Dieu Saint- Joseph,

par la Sœur Morin. * • ' '

vn.

iiio«iois RAFTi«i» A Lorsque ces Iroquois étaient près de mourir, on CnniHiTi m la s'efforçait, comme il a été dit, de les disposer au baptême, & on le conféra à plusieurs avant leur dernier soupir, dans Tespérance que la miséricorde de Dieu suppléerait aux dispositions qu'on den^ande ordinairement dans les adultes, dont on n'était pas toujours assuré dans les cas -de mort dont nous parlons. Il cit vrai que quelquesuns de ces barbares donnaient des signes assez manifeftes de piété pour faire espérer légitimement de leur salut. Entre autres, nous pouvons citer l'exemple d'un Sonnon* touan, pris en guerre au printemps de 1664. Étant tombé dangereusement malade, il exerça beaucoup la charité des Sœurs hospitalières , qui lui prodiguèrent les plus charitables soins. C'était un homme d'une humeur altière, très irrité de l'affront qu'il pensait avoir reçu, de ce qu'on l'avait fait prisonnier lorsqu'il venait en ambassade; en un mot, un Iroquois qui ne pavait que par des dédains toutes les bontés qu'on a\ait pour lui. Sfin chagrin augmentait avec .son mal, la douleur, jointe à la crainte de mourir, le rendait presque insupportable. Lorsque le Missionnaire qui était alors à ViUemarie, le P. Claude Allouer, lui parlait, il se mettait en colère, le sifflait & quelquefois se cachait sous la couverture pour ne pas l'entendre; il en

vint même jusqu^à lui donner un coup de poing à la téte pour le repousser. Cependant, par les prières ferventes que ce Père &; les Religieuses firent pour lui, il s*adoucit

& consentit à entendre parler de la religion, à l'occasion d'un autre Iroquois Onnontagué, arrivé peu de jours auparavant à Villemarie. Celui-ci , voyant les dispositions du malade, l'assura que la prière ne faisait pas mourir, que quelquefois elle servait même pour rendre la santé, & le persuada si parfaitement, que Tautre, de son propre mouvement, demanda le baptême, qui lui fut administré le ^^^.^

5 du mois d'août 1664 (1). Il vécut encore quelques jours tud» d^vatemuie'

6 remplit de consolation toutes les personnes qui fUrent 9 août 1664. présentes à sa mort (2). ^ ^ ^

viu.

Mais il n'en ôtaitpasdc même de tous. l,a Sœur Bour- rtncoNSTAs-rr efgeoys raconte un événement elVrayant, qui fit douter du ^^^^^ salut de trois de ces barbares, ainsi baptisés en danger de im»inmi. mort, à la suite des blessures qu'ils avaient reçues. Comme par ce sacrenienl û>> étaient devenus enfants de l'Égli.se, on les inhuma en terre sainte^ au cimetière commun, & M. Souart les recommanda aux prières des habitants. Il arriva cependant, au grand étonnement de tous, que, pendant la nuit, des chiens, étant entrés dans le cimetière, se mirent à gratter ta terre, jusqu'à découvrir leurs cadavres, & commencèrent à les dévorer. Dès qu'on fut informé de cet événement, on recouvrit aussitôt la fosse & on la chargea de bois pour empêcher les chiens d'y revenir, ils y arrivèrent néanmoins, écartèrent tout ce bois, creusèrent de nouveau la terre pour achever de manger les cadavres. Enfin on h recouvrit de grosses pierres; mais les chiens revinrent pour la troisième fois & découvrirent de nouveau les corps. Cela, ajoute la Sœur Bourgeoys, donna de la terreur à tout le monde & faisait penser que c'était un châtiment de Dieu. Nous ajouterons que ce jugement semble avoir été bien fondé, car quoique ces chiens discernassent à l'odorat les sauvages, & peut-être en parti- ,culier les Iroquois, on ne voit pas qu'ils se soient jamais

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portés au dmetière pour déterrer ks corps de ces derniers baptisés^ quoique plusieurs j eussent déjà reçu leur sépulture.

xot vru.Lî iH.stiint:$ L'année 1664, on fut dans des alarmes continuelles, A viu.Eji%aiE, M. LE aussi bien que les années suivantes, « A Villemarie, dit « M. Dollier, il fallait être toujours sur ses gardes, à cause « des embuscades que les Iroquois nous tendaient de H tous côtés. Si on voulait faire savoir à Québec ou aux « Trois-Rivières des nouvelles importantes, ou donner « des avis touchant la guerre, il fallait chercher les meil- « leurs canoteurs & les faire partir de nuit pour qu'ils ne « fussent pas aperçus par les Iroquois; & ces intrépides « colons, tâchant par leur vitesse d éviter la rencontre des <• ennemis, se rendaient au lieu déterminé avec une diligence qui, aujourd hui , pourrait paraître inerdvabîe. «' M. Jacques Te Bcr, l un des plus riches des plus «1 honnêtes niai ciiands de Villemarie, même de tout le « Canada, a rendu en cela de grands serv ices à la Colo- « nie, s'êtant souvent exposé, soit en canot, soit sur les « glaces, ou à travers les bois, pour aller donner ces sortes (O Hiiinirc jcMont- « d'avis (t). » Lc 18 aoûl de cette année 1664, la Mère

r.«ai. i063à ieô4. l'Incamation écrivait : « Quoique les Iroquois soient a fort humiliés par les maladies 8. les mortalités que Dieu « leur envoie, ils ont néanmoins fait des courses dans ces « quartiers lorsqu'on ne les y attendait pas. Ils ont enlevé « deux grandes filles françaises, avec quelques sauvages (2j Marie de rincar- « 6i quelques FrançaK ; puis, en avant t^ié quelques-uns,

"siS' " ''^ P*^^^ iuitQ, selon leur coutume (2). »

Dans Fautomne précédent, deux soldats de la gami- "!!'l?"?-'rLr*" ^ Trois-Rivières, qui étaient allés chasser aux lies de Richelieu, furent attaqués par des Iroquois, cachés en embuscade, qui les prirent & les lièrent pour les conduire dans leur pays, L^un des deux fut blessé par eux d'une balle qui, l'ayant percé au travers du corps, s'était arrêtée à la surface, du côté opposé à celui par où elle était entrée.

PA» ttt.i ntMjKois.

Comme ils désiraient de le conduire vivant dans leur pays,

ils parvinrent, au moyen d'une incision» à retirer la balle, & enfin à le guérir. A l'entrée du village, tous les Iroquois, rangés en haie des deux côtés du chemin, armés de verges & de bâtons, les accablèrent de si rudes coups, que Vwn & Tautrc tombèrent évanouis. Le lendemain, on se disposait à les l'aire périr par le plus cruel supplice, lorsqu'un ambassadeur, nouvellement venu d'Oonontagué, demanda aux anciens que les deux captifs lui fussent remis pour servir à un accommodement qu'on projetait de faire avec les Français. On les lui remit, en effet, & il les conduisit en sûreté à Onnontagué pour les réunir aux autres captifs, afin qu'ils fussent tous prêts à s'embarquer quand on , . . ^ voudrait les ramener a ViUemarie (i). p, 3o.

xt.

Ces barbares avaient, en ellet, dessein d envoyer une 1 eswwii'o» rsicKeNr ambassade extraordinaire, dans la vue sans doute de »« ^o'^"'»» »"*«• tromper plus sûrement les Français. Ils publièrent qu'ils voulaient réunir toute la terre, & jeter la hache si avant dans le fond des abîmes qu'elle ne parût plus jamais. Que ' pour marque de leur sincérité, ib viendraient, femmes, enfants & vieillards se livrer entre leurs mains, non pas pour otages, mais pour commencer à ne faire plus qu une seule terre 8c qu'un seul peuple (2). Cependant ceux d'On- r,» ReUiti«idei664, nontagué, qui étaient les premiers moteurs de ce dessein, pne voulant pas exposer témérairement les plus notables de leurpavs, résolurent d'envover à Villemarie, dès le mois d août, des avant-coureurs pour sonder les esprits 8«: sas oir si les députés seraient bien reçus. Ils parurent donc audessus de rhabitation avec un pavillon blanc dans leur canot, afin qu'on ne les prît pas pour ennemis. Sous cet auspice, ils débarquent à Villemarie & font quelques présents pour déclarer que toutes li^ nations iroquoises, à l'exception de celle d'Onneiout, demandent la paix, & que les Agniers eux-mêmes sont dans ce dessein. On écoute ces propositions avec joie, mais non pas sans défiance : puisque lors même que ces barbares venaient parler de

xu.

lltO<^t-OtS PARTEÎIT POUB VIIXEMASIE.

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paix, ils ne laissaient pas de continuer leurs hoftilités dans la campagne 8c de tomber sur les laboureurs. Néanmoins, pour ne pas les rebuter, on leur donna de bonnes paroles, & ils partirent de Villemarie avec la résolution daller hâter le dcpurl des amba5i>adcurs.

En effet, peu de temps après, le capitaine Garacontié, proteâeur des captifs français à Onnontagué, qui était comme l'âme de cette entreprise, se joignit à ceux de sa nation avec les Sonnontouans, & ût un prodigieux amas de porcelaine afin d'offrir les plus beaux présents qu on eût jamais vus. Ils s'embarquèrent ainsi, au nombre de trente, chargés de cent colliers, du prix de dix mille livres, dont quelques-uns avaient plus d un pied de largeur; &, pour être mieux reçus encore, ils menèrent avec eux les deux captifs des Trois-Rivières, afin que la liberté qu'ils leur donneraient rehaussât encore le prix de si riches pré^

(1) Reiadoadei664, sents (i). Comme leurs avant^coureurs avaient apporté à

Villemarie une lettre écrite au Gouverneur général par •Pun des notables de la Nouvelle-Hollande, qui rendait

(2) iHd.,p,i4, bon témoignage du dessein des Iroquois (2), M. de Mézy

ainsi que M. de Laval se rendirent à Villemarie pour recevoir les ambassadeurs & entendre leurs propositions.

xm.

I.KS ALoosauixs TOM- Muls Ics Al^onquius, en guerre avec les Iroquois, eurent vent de cette ambassade, allèrent les attendre sur le chemiif, êc leur dressèrent une embuscade au-dessous du Grand'^Saut. Voyant approcher les Iroquois, ils firent sur eux une décharge à Timprovifte. Les ambassadeurs, ainsi tombés dans Tembuscade, se mettent alors à faire de grandes clameurs, proteftant qu'ils venaient traiter de la paix avec eux aussi bien qu'avec les Français. Mais, après avoir expérimenté tant de fois leur perfidie, les Algonquins se moquèrent de ces proteflations, ^ans les écouter, en taillèrent en pièces autant qu'ils pure nt, en lièrent d autres comme prisonniers & enlevèrent tout le butin. Quant aux deux captifs Français, ils essuyèrent la

•AftKUMk

4' GUERRE. HOSTILITÉS. 1664. gS

première décharge & eurent bien de la peine à se faire reconnaître par les Algonquins^ qui, don'; la chaleur du combat, ayant quitté le fusil pour prendre la hache, frappaient à droite & à gauche, sans considérer sur qui les coups tombaient. Ils furent enfin reconnus, & curent la douleur de voir que leur liberté avait cuùic la vic & la captivité à la plupart de leurs libérateurs. Quelques-uns des ambassadeurs prirent cependant la fuite & allèrent se réfugier à Villemarie; & comme on craignait qu'ils ne fussent encore attaqués & poursuivis en retournant dans leur pays, M. de Maisonneuve jugea nécessaire de les faire escorter assez loin, jusqu'à ce qu'ils fussent hors de Tat- (t)Rciatkn.k 1C64, ttuiue des Algonquins (■). V

«f Ainsi le grand dessein de cette ambassade s'évanouit i.* cuBRRb fu s allu- « en fumée, dit le P. î.alcmant; êc, au lieu de la paix w'jwpamvawt. « qu'elle nous apportait, nous avons sur les bras une « guerre plus cruelle qu'auparavant, puisque les Iroquois « cesseraient d'être Iroquois s'ils ne faisaient tous leurs « efforts pour venger la mort de leurs ambassadeurs. » La Mère de Tlncamation fait, de son côté, les réflexions sui- \*antes : < Encore que les Français n'aient nullement « trempé dans cette affiaiire, les Iroquois néanmoins croi- « ront que ce sont eux qui ont fait jouer ce ressort pour <t les détruire; & il ne faut point douter qu'ils ne fassent « leur possible pour s en venger sur nos habitations, si ce « n'efl que la crainte qu'ils ont des Français, qu'on leur a dit qui se disposent d'aller leur faire la guerre, ne les « retienne, ou plutôt que la proteé^ion de Dieu sur nous « ne les empêche. Les uns disent qu'ils voulaient la paix « tout de bon; & les autres qu'ils venaioit pour tromper 0 comme par le passé. Dieu seul sût ce qui en eUt, •

La suite montra que les Iroquois étaient toujours aitrfs nnsi i ns a dans les mêmes intentions hortiles. Le 4 mai précédent, ils villemarik. avaient tué Miche! -Théodore, dit Gilles, âgé d'environ trente ans^ à la Longue-Pointe, près de Villemarie, lors*

94 II* PARTIE. LOUIS xnr, chef de la colonie. 1664.

(i) R«giftM mor. qu'il revenait de la chasse (i). Le 9 août 1664, deux autres ta>ii«,5iiMii6«4. prançais de Villemarie furent tués sur-le-champ, sans

( ■)Hinf,ircduMont avoif même vu Tennemi (a). C'étaient Jacques Dufresae, T^.i.dc.663à .604. ^ d'environ trente ans, & Pierre Maignant, âgé de \îngt et un ans environ, que les Iroquois surprirent A (3j Rcg. mortuaire, Ule Sainte-Hélène (3). A peine pouvait on sortir de sa 4)iodri4>54. maison pour chercher des vivres 8; autres choses indis-

pensables. Le sieur Raf^iiidean étant allé à la chasse avec plusieurs autres dont il avait le commandement, ^ M. de Béleftre étant allé pour le même dessein d'un autre côté avec un parti, les deux troupes se joigniroit vers deux îles situées un peu au-dessous de VîUemàrie, qu'on croit avoir été les îles Sainte-Thérèse, &l, leiu* chasse terminée, ils envoyèrent devant eux un canot chargé de la venaison. Comme on ne peut guère remonter le courant du fleuve à la rame sans longer le rivage, afin d'éviter le courant, ce canot vint à passer vis-à-vis d une embuscade d lroquois qui, à l inltant, ht une déchari^e dans laquelle Claude Mar- (4, Rcg. mortuaire, coux, âgé dcnviroo vingt-tFois ans. fut tué ("4^, & deux ou la sept. 1604. ^^^.^ autres furent blessés. Incontinent, un Iroquois accourt pour tirer le canot de 1 eau ; mais Tun des Français, qui était encore en état de se défendre, le couche en joue & le fait tomber raide mort; après quoi, il se met au large. De leur côté, les autres Iroquois se jettent dans leur propre canot, sans doute pour poursuivre ces Français moribonds & blessés; mais, voyant arriver au secours Je ceux-ci M', de Béleftre, Saint-Georges et d autres, iU changent aussitôt de dessein & prennent la fuite.

M. DEMiUvxoMMEcou- Pcudant qu il Villemarie les colons étaient ain^i expovERNiuk DK «ojtT- j.^-.^ .j j.j cruauté des Iroquois, M. de Mézy se portait à des

«KAL LE «leim DK M '

TOUCHE. aclcs qui mirent le trouble dans Québec, dont la Colonie

de Villemarie ne iiit pas entièrement exempte. Sans égard poiu* les services que M. de Maisonneuve rendait au pays depuis plus de vingt ans, il usait envers lui de procédés qu'on aurait de la peine à comprendre, si ce qui nous refie à raconter de ce Gouverneur général ne répondait

AUTORITÉ TEMPORELLE. 1664. g5

que trop à cette conduite impérieuse & absolue. Au mois de juin 1664, il ordonna à M. de Maisonncuve d'aller le trouver à Québec, 8: norama en sa place, comme Gouverneur de Montréal commandant de la garnison, le sieur de la Touche (i), alors capitaine de la garnison des u/Ardi. du sémi- Trois-Rivières. Etienne Pezard de U Touche, né à lilois, viiicmute^

^ ' , ' xpvcnt. de Pan».

paroisse de Saînt-Honoré (2), parait avoir joui de reffime (2}Regi(ircsdciapaparticnlière de M. de Mézy & de celte de M. de Laval, qui, ' vuienurie. cette même année, hu donnèrent une concession d une lîeue & denif 9 de terre à partir de la rivière Cbemplain, en

remontant le flcuveSaint'Laurent (3). Mais sa nomination O) •« 4- conccsà la place de Gouverneur de Montréal ne paraît pas avoir jj^M^^je^L»*^^

eu de suite, M. de Mézy, par ses acles arbitraires & vio- capitainePéardd«l« lents, ayant mis le trouble à Québec & perdu tout respedl io"*:>»e. dans I cllimc des peuples^ comme nous allons le raconter.

xv.i.

La bonne harmonie entre M. de Mézy & M. de Laval ne fut pas aussi durable qu'on se Tétait promis, & il faut *™*"'*« *" convenir que ce prélat ne trouva pas toujours dans les ^te^ Gouverneurs avec lesquels il eut à vivre tout le concours qu'il eût pu désirer de leur part. Il semblait qu'ayant choisi de lui-même M. de Mézy, qui lui était partioiliér^nent connu depuis longtemps, ils auraient toujours agi de con* cert, comme ils lavaient fait dès leur arrivée à Québec. Mais cette bonne entente ne lut pas de longue durée, ce qui fait dire à la Mère .luchercau ■! que, par une sorte de « fatalité, M. de Laval ne tut pas longtemps à se repentir « de son choix (4). » La grande autorité que la cour avait (4; Hia. ac i Hùidcm devoir donner à l'Évêque dans le gouvernement du Qm«i>cc, p.

pays devait inévitablement amener des conflits entre lui & le Gouverneur général. U eft vrai que les anciens rois de France, en vue de procurer le bien des peuples, avaient attribué à plusieurs évéques Tautorité temporelle sur les fidèles soumis à leur juridiction, & Vexp^ience montra que cette forme d'adminiflration pouvait avoir de grands avantaL'cs pour les peuples. Mais en Canada, où les circonitances étaient diâérentes, i'aulorité temporelle caoliée

96 Il*PARTlt.. LOUIS XIV, CHEF DF LA COLONIE. 1 664.

conjointement au Gouverneur 8c à 1 Kvêque n*eiit pas les mêmes résultats. Ce pays, qu il fallait en quelque sorte conquérir Tépée à la main, à cause des incursions continuelles des barbares, avait besoin d'un Gou^ crncur militaire; & ce Gouverneur, obligé de prendre son parti selon les circonftances, devait avoir une grande autorité nonseulement dans les matières de la guerre , mais en général dans Padminiflration du pays. Toutefois Torganisation du Conseil souverain, créé en vue de favoriser la religion & rÉglise pour procurer le bien général, semblait re(fa-eindre Tautorité du Gouverneur, & pouvait donner lieu à des mécontentements & même à des éclats déplorables.

xviu.

AVANTACE DE L'Kvf I Ou a VU quc le Gouverneur général & Tévêque de SUR LE GouvEBNEtR Pétfée dcvaieut élire de concert le^ cinq conseillers, avec liberté entière d en nommer d autres chaque année ou de conserver les allclcu^ dans leurs places. Mais l autorité morale n'était pas également partagée entre les deux chefs du Conseil, du moins TÉvéque devait se trouver par le fait comme le mobile principal des affaires, a cause de la prérogative essentielle de sa position sur celle du Gouverneur. Celui-ci n*avait de pouvoirs que pour trois ans, & était d'ailleurs toujours révocable dans sa place, tandis qu au contraire l'Évêque était tixe 8c comme inamovible dans la sienne. En sa qualité de vicaire apollolique, il ne pouvait être révoqué que par le pape, &, d'autre part, le Roi ayant * désigné officiellement ce prélat premier ï^'vêquc de Québec, & réitéré plusieurs fois celte nomination, cet a^.tc de Tautorité royale, d'après l'usage commun de nos rois, était un engagement de sa part qui rendait TÉvéque comme irrévocable. Il devait arriver de là que, s*il. survenait quelque mésintelligence entre l'Évêque & le Gouverneur, la cour était dans une sorte de nécessité d'abandonner ce dernier ët de prendre le parti de l'Évêque. Aussi a-t-onvu qu'avant même la création du Conseil souverain, 8c lorsque M. de Laval n'était que l'un des simples conseillers, M. d'Avaugour fut révoqué avant même l expiration des

TROIS DES COSSKIL-

DERMKRS ACTES DE M. DE MÊZY. 1664. 97

pouvoirs qu'il avait reçus du Roi. Il résultait aussi de là querÉvcquc, dans sa position ûxe, avait sur les conseillers une sorte d'autorité morale que le Gouverneur ne pouvait

se promettre dans la sienne. Celui-ci, en arrivant en Canada, était hors d'étal de choisir les conseillers, 8c devait s'en rapporter au choix particulier de l Hvèquc, comme avait fait M. de Mézy; & en cas de conflit entre l'un & l'autre, les conseillers étaient naturellemenl portés à prendre plutôt le parti de l Évèquc, qui , survivant dans sa place au Gouverneur dans la sienne , pouvait facilement & . devait les écarter du Conseil sUlsr se tournaient contre lui.

Une telle organisation fournissait des prétextes de plus ». d*une sorte au Gou\ erneur, pour se défier de ceux des conseillers qu'il croirait être moins portés pour lui que pour l'Évcque; ^Ton en fit une fâcheuse expérience dans les mouvements qui curent lieu à Québec pour l éleclion d'un syndic. M. de Mézy prit en cllct de l'ombra^ïe contre trois conseil- Icr.s,, M. Rouer de Villeray, M. Rouelle d'Auleuil ik M. iiourdon, Sl par un étrange abus de pouvoir voulut mênie^ de sa propre autorité, les exclure du Conseil. Le 3 février 1664, il envoya le sieur d^Angouville, son major, pour avertir M. de Laval que les trois dont nous parlons, ayant voulu se rendre les maîtres dans le Conseil pour appuyer & autoriser des intérêts particuliers, il leur avait ordonné de ne plus y paraître, jusqu'à ce qu'ils se fussent juftifiés auprès du Roi des cabales qu ils avaient fomentées 8c entretenues, contre leur devoir & contre leur serment. En conséquence, il le priait de confirmer l interdiclion de ces trois conseillers, nommés à sa persuasion, & de procéder à la nomination de trois autres. M. de Mézy ne se contenta pas de notifier ainsi par écrit cette interdiâion à rÉvéque, il la fit encore publier au son du tambour à Québec, & afficher, revêtue de sa signature & de celle des trois autres conseillers , MM. Legardeur de Tîlly, Juchereau de la (lyRcpiiicduCon- Ferté, & d'Amours (i). Enfin, le i3 du même mois, il fit " Tom ni. 7

teilj 3 fbv. 164)4.

9& PARTi£. LOUIS XIV, CHEF DE LA COLONIE. IÔ64.

publkr une autre déclaration, par laquelle il défendait plusieurs pratiques qu'il croyait être obligé en conscience d'interdir, pour ne pas trahir, disait- il, les intérêts du Roi,

ni violer le serment de fidélité qu'il avait fait entre ses (i) Arch. de Ja ma- mains (i). Aus&i affligé qu'étonné d'urne rupture si vio- "^G ^"mÎôJ. dcrniCT I-aval répondit, ie 16 février, que, sans avoir

cv. iM)4. égard aux paroles offensantes ni aux accusations inju-

rieuses pour lui, contenues daîis le placard du Gouverneur, il ne pouvait en honneur ni en conscience ratiHcr rinterdi^on des trcûs conseillers, non plus que procéder à la nomination de trcâs autres, jusqu'à ce que, dans un jugement définitif, les premiers eussent été convaincus des crimes dont le Gouverneur les accusait.

Ces éclats firent grand bruit à Québec ; la déclaration

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