‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 52 sur 182 · VOCATION DE M. DE MAISONNEUVE · texte numérisé non relu

VOCATION DE M. DE MAISONNEUVE

pour repousser les îroquois, & qu'après la dissolution delà Compagnie de Montréal il continuât ainsi ses services à la colonie jusqu'en l'année i665, où , les troupes étant arrivées enfin, sa mission devait se troux er par là entièrement achevée, (^c lut, en cfict, après Tarrivée des troupes du Roi que, conformément aux desseins cachés de la divine Providence, cet habile Gouverneur, qui avait conservé le Canada à la France par sa valeur & sa sagesse durant une guerre opiniâtre & presque incessante de vingt-quatre ans, quitta Villemarie & le Canada pour toujours.

Son départ serait inexplicable, si on le considérait d'après les règles de la sagesse humaine. Louis XIV étant résolu d humilier les Iroquois 8c de porter la guerre daiis leur pays, il semble que personne n'eût été plus capable de marcher à la tète des troupes que M. de Maisonncuve, redouté de tous ces barbares, auxquels il avait donné, pendant tant d'années, des preuves inconteflables de son habileté, de sa prudence & de sa valeur. On a vu que le Roi avait d'abord envoyé sur les lieux M. de Mons, puis M. Gaudais, pour concerter cette expédition avec plus de sagesse. 8c l'entreprendre ensuite avec plus de succès. Mais personne, assurément, n'était plus en état de l'exécuter, selon les vues de ce Prince, que M. de Maisonneuve , à qui une expérience de près de \ ingt-quatrc années de guerre avec les Iroquois avait appris tout ce qu'il était utile de savoir sur la situation du pays de ces barbares, sur leur tactique militaire, sur les exigences du climat. On envoie cependant, pour commander les troupes Se aller attaquer les Iroquois, M. de Tracy, qui n'avait aucune expérience de cc> choses, non plus que tous les autres chefs de l'armée ; c'efl que la mission de M. de Maisonneuvé était remplie. Enfin, pour lui en donner à lui-même une preuve sensible, en le récompensant à la manière dont il en use envers ses plus fidèles serviteurs. Dieu permit qu il fût renvoyé en France par M. de 1 racy

PCS, U. DK MAISON- NBVVB IST MMX'OVÉ Dtt CANADA.

IlO II' PARTIE. LOUIS XFV", CHEF DE LA COLONiE. l665.

lui-même, à qui il eût pu être si utile dans la guerre qu'il allait commencer.

XXX ni. *

M. OE )i.ti80NNEuvE Eo partant pour le Canada, celui-ci avait eu ordre de MtcriTué Bï «EN- prendre connaissance, conjointement avec M. de Cour-

VOn KM ntAHGK» ' ,

ceUes, que le Roi envoyait pour Gouverneur général, ët M. Jean Talon, intendant, des suiets de brouillenes sur- • Arch. ac la ma- venucs les années précédentes à Québec (i). Ayant été l"'Â;îS™:L"^r favorablement prévenu en faveur des uns, avant même M. Talon, fol. 7» & SOU départ de France (3), M. de Tncy, dès son arrivée »id Lettre à ^0*^3, agit contre les aubvs, &. avant même que M. de M^di Tn^, a Do\^ Courccllcs M. Talon eussent débarqué {*). Entrant •♦'''''4- tout d nhord dans les sentiments des anciens membres du

,3)A«h. do »6mi- Coiii,cii souverain contre les seigneurs de Montréal (3), il nairc d« Pwla. Me- j^-j^itu-^ },[ j^' Maison neuve avant qu il se tïit écoulé

moire particulier com- ... , .

pose sous .M. de la quatre mois depuis son arrivée, & lui ordonna, dit la Sœur Morin, de repasser en France, • comme étant inca- « pabte de la place du rang de Gouverneur qu*il tenait « ici (**) ; ce que j'aurais peine à croire, ajoufe^t^elle, si un « autre que la Sœur EÛ>urgeoys me Tavait assuré. Il ' prit ce commandement comme un ordre de la volonté « de Dieu, & repassa en France, non pour s*y plaindre du

;4, Journal des Je- (*j Leur arrivée n'eut lieu que le 12 septembre iû65 ^4}, & dcji, suites, sept, i&ii, le 3o août de celte année, la Mère de l'Incarnation écrivait : « On ne « saurait croire combien il s'cfl trouve Je calomniateurs? contre pkt- « sieurs personnes, pour la plupart à cause du temporel; & l'on a *t écrit au Roi des lettres diffamatoires. M. de Tracy, étant arrivé, a a VU si clair dans ces affaires, qu'il en a donné un second avis au Roij Cl ensuite de quoi, ceux qu'on avait voulu abaisser, par pure cnvie^ « sont dlîmés plus que jamais, & leurs ennemis hontiliés par la pri- 5, l.tttrc io3', 3o « tation de leurs charges (5). >» août i065, p. aJg. (") La Sa.'ur Morin, n'avant écrit ses Annales que bien des

anmicsaprcs cet cvcnemenl, s'cll trorapcc sur le nom du Gouverneur, qu'elle suppose avoir été M. du Bois d'Avaugour. Nous avions con« jefluré not»s-mémes que ce devait être M. de Mézv, ainsi qtje nous l'avons dit dans la Vie de la Smir Bourgeoys, n'ayant pas alors connaissance de la commission donnée par M. de Tracy à M. Du Puis, qu'il suMIitua h ^î. de NTaisonneuvc. Nous la reproduisons id pour ' corriger ce que nous avions avancé U-dessus d^inexact.

1 < .iciVc sic Vil te -

M. DB MAMOMIfEUVE RENVOYÉ WH FIUHCB. l665, III

« mauvais traitement qui! recevait, mais pour y vivre « petit & humble, comme un homme du comnmn. « CepeaJant, comme M. de Tracy n'ignorait pas que les seigneurs de Montréal prétendaient avoir des lettres patentes dû Roi, qui leur attribuaient le droit de nommer le Gouverneur de leur île, il eut la précaution de sopposcTj dans les lettres de commissioa pour le succcssetir de M» de Maisonneuve^ que ce dernier allait faire un voyage en Etirope. « Ayant permis à M. de Maiaonneuve, Gou- « vemeur de Montréal , dit-il , de foire un voyage en « France pour ses affaires particulières, nous avons juj^é « de ne pouvoir faire un plus dipjic choix, pour comman- marie. .\rchivc$ judi- « der en son absence, que de la personne du sieur Du l*uis, ayn^^^^,'*,rc**R^ « & ce, autant de temps que nous i eiUmerbns à pro- giftrc des audience»

Mais on n'ignonût pas à Vilieroarie que M. de Maisooneuve avût été deftitué sans raison. & nous voyons par ce que la Mère Juchereau a écrit là-dessus qu'à Québec on porta le même jugement de son départ de la Nouvelle-France. « Ce Adèle serviteur de Marie, à laquelle il « s'était engagé par vœu, dit-elle, vécut à Montréal " comme le père Si. le protetfleur du peuple qu'il gouvcr- " naît , recevant chez lui tous ceux qui n'avaient point <' d'asiie, ^ les aidant au delà de ce qu'ils osaient attendre « de lui. Son désintéressement était si parfait qu'il ne s'eit « jamais approprié la moindre chose des présents consi- « dérables que les sauvages lui faisaient; il diftribuait tout « aux soldats de sa garnison & aux habitants de la ville, a Pendant près de vingt-quatre ans qu'il demeura dans fl le pays, il s'acquit lellime de tout le monde dans les ic temps les plus fôcheux de la guerre des Iroquois^ où il « sii^naîa sa valeur où sa bonne conduite le fit souvent w admirer; &, quoiqu'il remplit parfaitement tous les « devoirs de son emploi, il fut ra^^pelé de son gouveme- « ment ^ retourna en France. Il continua d'y \n\TC chré- « tiennementj comme il avait tait en Canada^ & son bumi-

113 II* PARTIE. LOUIS XIV, CHEF DE LA COLONIE. l665.

« lité Tempécha de témoigner jamais aucun ressentiment « de ce qu'on lui avait préféré des personnes qui ne le

(1) Hiftoirc dci Hc M valaient pas (i). » SI la Mère Juchercau fait l'éloge de pfi» »t Maisonneuve avec tant de liberté, c'eft qu'elle écrivait après la mort de ceux qui avaient été Tocca ion ou les inftruments de ses épreuves, n'ayant terminé qu'en Tannée 171 6 son Hijhnrc de i Hôtel Dieu de Québec. Et comme la Mère de rincarnation, au contraire, écrivait dans le temps même où M. de Maisonneuve quitta le pays, elle a gardé le plus profond silence sur son départ. Pour cette même raison, les Relations n'en ont pas parlé non plus, ni même le Journal des Jésuites, quoique deftiné à demeurer secret. M. DoUier de Casson, qui composa son Hiftoire du Montréal en 1672, a gardé aussi là -dessus la plus sévère réserve. Il se contente de dire : « Cette année <r i665, le Roi envoya des troupes en Canada : la joie fut « grande; mais Montréal fut dans le deuil par le départ

. ... « de M. de Maisonneuve, qui nous quitta pour tou-

(2) H)aoircduMont- . . ' ^ i r rvaJ.dc i064« i<;65. « pUrS (2). »

t>ÉsiKT*RBssEjiKxT DK Cc digHC Gouvcmeur, qui n a\ait acquis aucun bien en Canada, ne voulut emporter avec lui, en le quittant, que le témoignage de sa conscience & le souvenir des services qu'il avait rendus au pays, il lui était dû par le magasin la somme de six mille livres; il en fit don aux (3| AnnaicsdciHô- pauvTes de TIlôtel-Dieu (3), & partit pour la France, ''^'Jt^'^'v^t' n'ayant PO"»" toute suite que Louis Frin, son unique 8^ fidèle serviteur (*). Retiré à Paris, il se montra touiour»

M. DE M MSO.NNEUVE, SA KARE IRtMILITÉ.

(*) Quoique M. de Maisonneuve n'eût jamais rien voulu ac^ucrir pour lui-même en Canada, la Compagnie de Montréal, en se séparant, lui avait pourtant céilé, comme on l'a dit, l'usage de la maison seigneuriale, c'eft-à-dire du château ou Fort de Villemarie, ainsi que la jouissance de la moitié de la métairie & le revenu des moulins; 6c cela sa vie durant, tant pour reconnaître se? services que pour fournir plus sûrement, par ce mojen, aux besoins d'un homme si oublieux de soi-même. Mais, M. de Maisonneuve étant passé pour touiours en France, le séminaire, qui ne pouvait jouir de k réserve

M. DE MAISONHÇUVE RENVOYÉ EN FRANCE. (665. u3

semblable à lui-même, & content d'avoir consacré ses plus belles années à la fondation de Villemarie & d'avoir exposé nulle fois sa vie pour le service de son Dieu ; ii cacha constamment, sous le voile du silence, tous ses faits d'armes & les autres actes de son gouvernement. 11 eut été trèscapable d'écrire des mémoires sur les vingt-quatre années de son séiour en Canada, la part qu'il avait prise aux atiaires geacrales 1 avait mis plus à même que personne de faire une appréciation des hommes & des événements aussi éclairée qu'elle eût été sage & impartiale.' Mais il ne mit rien par écrit, autant par charité chrétienne pour plusieurs pérsonnes dont il aurait été obligé de faire connaître les sentiments & la conduite, que 'par un entier oubli de lui-même que lui inspirait sa sincère & profonde humilité : bien différent en cela de tant d'autres officiers qui, n'ayant rien fait de remarquable dans les guerres où ils ont eu quelque emploi, composent des mémoires pour se donner à eux-mêmes de Timportance, quelquefois aux dépens de la vérité. C était à Dieu que M. de Maisonneuve avait fait le sacrifice de son repos & de sa vie, & Tapprobation de Dieu seul fut toujours Tunique témoignage d'eftime & toute la gloire quUl ambitionna* *

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