CHAPITRE III
LOUIS XIV S^iÇPFORCE DE FAIRE RÉGNER L'ORDRE ET LA
JOSTICi: DANS LA COLONIE, KT Y AUGMENTE LE NOMBRE DES MISSIONNAIRES
Pour donner à rétablissement de la colonie une base
NAtnt^s nr m. i>k
COURCKI.I.I.S KT l>l M. TALON.
solide, Louis XIV s'était proposé d'abord de faire cesser tous les abus de pouvoir, qui avaient pu gêner la liberté des colons par un exercice trop arbitraire de l autorité royale. C éiail la fin qu'il avait eue en \*ue en faisant la guerre aux sam ac^cs, comme l'écrivait son miniflre Colhert à M. de La\ al : « Sa Majesté se propose ensuite, lui disait-il, d'établir un bon ordre pour le gouvernement ■ et Tadmiin flration des atVaires ci\ iles et militaires du « Canada, aliii de pouvoir augmenter considérablement (0 Arciii»«dei'ar- « ccttc colonie (i). » Lcs démêlés du clergé avec M. d'Arcoiu-n ju o^nson, M. Davaugour & M. de Mézy avaient fait craindre 18 m»n lAfi^. au Roi que les colons n^eussent eu à souffrir d'un régime trop absolu de la part de ses officiers, & que les Français ne fussent détournés par là d'aller s'établir dans la colonie. Aussi, en nommant M. de Courcelles Gouverneur général.
RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE PUBLIC. 1667. l39
& M. Talon intendant du Canada, les avut-il chargés, ainsi que M. de Tracy, d'examiner à fond la ccMiduite de M. de Mézy, avec pouvoir dinformer contre lui, s^il était coupable, de i*arrèter & de renvoyer en France.
Après tous les éclats fâcheux que nous avons racontés au sujet de ce Gouverneur, Louis Xi V jugea qu'il devait cette
satisfat^rion à la jufVice 8^ au repos de ses peuples (i); & ^1} ArchUts de la
pour donocr à M. de CourceUcs & à M. Talon, qu'il était l"*»™^'»"* \ . 1 • ru 1 • -1 PO"*" T«Jon. Re-
résoiu qc laisser dans le pays, une plenie liberté d a^îir, il pfirc Jcs ordre» du
invertit l'un & l'autre des pouvoirs les plus él'.ndus 8è même ^o'» 7*^sans aucune Jimitalion de temps. Par ses lettres de commission à M. de Courcellesdu 23 mars i665, il lui donnait autorité sur tous les Gouverneurs établis dans la Nouvelle'France & sur tous les officiers du Conseil souverain, avec pouvoir de terminer les différends qui pourraient être nés ou qui naîtraient entre les seigneurs ou les habitants de ce pays, conm c aussi de commander à tous ses sujets ecclésiaftiqucs, nobles, gens de guerre & autres, de quelque qualité 8c condition qu'ils fussent, le tout néanmoins sous l'autorité de M. de Tracy tant qu'il serait présent en (1) jm. Reg. des Canada 2 '. Quant à M. Talon, le premier intendant de ^rdTadnRmpmir ia
^ ... , . t. onipaf^nif lies Indes,
jullice eavoyc dans ce pays (3;, il lui attribua l'autorité la foi. osi Complément plus illimitée en matière civile & judiciaire, autorité qu*il onionii«n«« & pouvait même exercer sans aucune dépendance de M. de '"if3o^p"*3',, ^Qujbec, Tracy. Le Roi disait expressément dans ses lettres qu'il (i) Regiarc des jarétablissait Intendant, avec pouvoir de juger souveraine- lu-* ment, seul, en matière civile, & d'ordonner de tout : péneur. iiaoati6C>7, « Validant dès à présent, ajoutait-il, les jugements qui 7^*
I (4' Marine. Reeîlire
* seront ainsi par vous rendus comme S ils étaient émanes des ouw^i du Roi, ' de nos Cours souveraines, nonobftant toutes récusa- foi. 71. Complément « lions, cdits, ordonnances et amres contraires (4). » ^•*33^"*"***'''
Nous avons vu qu avant que le Roi eût pris en niaui mm. de colrcklues kt les rênes du Gouvernement, on avait jugé utile au bien «a*»»*» «
oe la coiome ae donner une grande part de l autonte temporelle à rÉvêque de Pétrée, ainsi qu'aux Ecclésias- ...^ ^ ^
^* j n M% ' * * . (5; Rcgiftre des or-
tiques de Québec, qui, sous le nom de cet Eveque (5), dm du Roi, foi. m).
l6o m* PARTIE. LOUIS XiV.
l'exercèrent jusqu'à l arrivée des troupes en Canada. Les officiers du Roi qui vinrent avec elles, peu accoutumés qu'ils étaient à une telle forme de gouvernement, prétendirent que ces Ecclésialliqucs empiétaient sur les choses (i) Archives de 1« temporelles i^i 6il la Cour elle-niënic, quoique préccdcni-
marinc. Nk-nioirc de , , , 1 , i • 1 ^ I
M. I alon sur Tctat du ^^^^ ^"^ '©"^ cut donné ics pouvoiFs oont nous parlons, Cantd*. 1667. sembla entrer de son côté dans ces sentiments (2). Les p.^ m.tI11'„. 11. 75! vifs démêlés de FÉvêque avec les Gouverneurs précédents, démêlés qui, disait-on, avaient contribué à dégoûter les co*
(<; Mcmoire de M. lons eu gênant les consciences (3); la double expulsion de Talon, 1667. • Queylus du Canada sans motif canonique ; l'oppo-
sition toujours persévérante contre son retour ; la création d une julHce prétendue royale pour l'île de Montréal, 8: d'autres faits de même genre, pouv aient bien donner quelque apparence de vérité à ces appréciations de la Cour dclavorablc:» au clergé, 6». porter le Roi, au nom de qui avaient été faits tous ces aifles, à prendre des mesures efficaces pour les faire cesser en rappelant Tautorîté temporelle à sa source primitive. C'était ce qu'il recommandait à M. deCourcelles & à M. Talon dans ses inftruétions secrètes, en leur enjoignant néanmoins d'agir avec beaucoup de prudence 6c de circonspedion; ajoutant que, lorsque la colonie se serait accrue, l'autorité royale repren- (4)R<f(iftfc de» or- drait d elle-même sa place ■'4 . 11 paraît que Colbert, à qui dre» du Roi. Lettre â |g j^^j donnait toute sa conliance, le détermina par ses
M. de Courccllcs, i ? . . . '
mai lotH^, lui. 14:^. conseils à tenir cette ligne de conduite nouvelle, dans laquelle ce prince persévéra depuis conflamment. L'un des amis dévoués de 1 L\ cquc de Pétrée fait, sur ce sujet, la remarque suivante : « Les impressions fâcheuses que le « Roi prit contre M. de Laval sur les représentations de (f>) ArMvùi du si- « SOU Ministre, esprit difficile, raide &- inflexible, il les
nrni : de Q • conscrva touîours (5). » On doit ajouter que, s'il put y
lettres de M. Trcm- . , , i i . • j T. • m *
1^, commencé» en avoir quelque excès dans la conduite de ce Prince, il eut mariii'k>6. pour motif nou quelque opposition à l'Église, qu'il prf)té
gca toujours, comme la suite le montrera, mais -on i^rand amour pour la Nouvelle-France, & le désir qu'il avait d'y procurer le bonheur de ses sujets.