RETOUR DE M. DB QOEYLUS EN CANADA
de son retour, qu'elle attribue à la liberté, donnée à chacun par la paix, d aller s'établir en Canada. « Cette paix des c Iroquois & des autres nations, dit-elle, a fait tant de « brait en France & a tellement excité^ dans plusieurs périt sonnes^ te zèle de la gloire de Dieu, que M. Vabbé de « Queyhis eft venu cette année & a amené avec lui, pour « Montréal, plusieurs Ecclésiafliques qui portent la piété « dépeinte sur le visage (i). » De leur côté, dans la rela- (i) Lettres Jc i.» tbn de cette année 1 668, les Jésuites en parlent de la même Mère derincamation, sorte, ^ Mais, parce que la moiFîson devient plus ample p. eja. « que jamai?; dans une si valtc étendue de pavs 8c parmi « tant de nations différentes, où il nous elt permis d aller <i maintenant . la Providence divine v a pour\'u d'une « façon particulière... & nous a fourni un puissant renfort « par la venue de M. Fabbé de Queylus , avec plusieurs k ecclésiafliques tirés du Séminaire de Saint-Sulpice, les- 0 quels vont joindre à Montréal ceux qui y sont. On ne « peut espérer de tant de braves Missionnaires que de « très-heureux succès, dont ce pays sera redevable au « Roi de France, qui pousse avec bien plus d ardeur en- <> core Tnarandisscment du royaume de Jésus-Christ que « l'étendue de ses États (2). • {a)Rd.tM«dei66s»
XXIfT.
M. de La\ al, informé des intentions du monarque, acd kil tiHK m. de lane se contenta pas d'accueillir avec honneur M. de Quey- * «. i«
lus ; pour effacer sans doute dans les esprits les impressions que ses procédés antérieurs avaient pu y laisser, il donna cette fois à M. de Queylus des lettres de grand-vicaire, dont celui-ci exerça les pouvoirs tout le temps qu'il demeura à Villemarie (3). Il fit plus : il écrivit à M. Poite- I Rcgidrcs de lu vin, curé de Saint-Josse à Paris, son ami & son chargé JJ^^'^fy^ç^^ï d'affaires dans cette ville une lettre dans laquelle il lui aSdcc. 16*70,21 janv., témoigna sa satisfaction sur 1 heureux retour de M. de '9 ''^'"j^l- (^eylus. Si fît msérer cette lettre à la Relation de cette an- lJmb**A6jiiiiMdi, née, quoique jusqu'alors il n'eût jamais rien fait paraître Hjjuin. dans ce recueil, & qu'il n'y insérât plus rien par la suUe. C'était apparemment pour donner à la réception qu'il fit
itô ni* PARTIE. LOUIS XfV.
à M. de Queylus la plus grande publicité possible. « Le « secours des ecclésiaftîques que vous nous avez envoyés, « dit-îl, nous eH venu fort à propos pour nous donner le « moyen d'assifter divers lieux de cette colonie, qui en ont « un notable besoin, & sans lesquels ils auraient été des- « titués de toute assiftance. La venue de M. l'abbé de « Queylus, avec plusieurs bons ouvriers tirés du Séminaire <t de Saiiit-Sulpicc, ne nous a pas moins apporté de con- * solalion. Nous les avons tous embrassés dans les en- « trailles de Jésus-Chrift. Ce qui nous donne une joie plus « sensible efl de voir notre clergé dans la disposition de « travailler tout d'un cœur & d'un même esprit à procurer « la gloire de Dieu de le salut des âmes, tant des Français « que des sauvages. Les tendresses de père que le Roi lait « paraître pour sa Nouvelle-France» & les dépenses no- « tables qu'il fait pour la rendre nombreuse 8c florissante, « tournissent à tous une fort ample moisson, pour em- " ployer diiînement leur zèle 8c consumer leur vie pour « Tamour de Jésus-Chrilt , qui leur a donné les pre- « mièrcs inspirations de venir la lui consacrer dans cette
(01tel«tiondei66% « Kglise (l) ("j. »
'*) Après ces marques d'atfe.lion puur M. Je Queylus, rri-s-sincùrcs de la part de M. de Laval, tjui était incapable de dissimuler en rien ses sentiments, on a lïeu d*étrc surpris qu'il n'ait pas imité la conduite de M. de Tracy, qui, pour effacer le souvenir des démêlés fâcheux de M. de Mézy avec M. de Laval lui-même, avait ordonné de rayer tout ce qui en avait été écrit dans les regiftres du Conseil souverain. Nonobftant ces témoignages si publics & si éclatants d'elVime & d'amitié pour M. de Queylus, M. de Laval ordonna, plusieurs années après, lorsqu'il lut devenu Évéque titulaire de Québec, de transcrire^ au contraire, sur les rcgiflresdu nouvel évéché, sestn^s lettres contre lui, comme nous l'avons déjidît» sottS Pannée i66t; & même, pour en cerîiticr l'authencitc, il apposa sa propre sifînature à CCS transcriptions. On peut cependant expliquer cette conduite dans un homme dont les vues étaient si pures, en se rappelant ce que dit (u} l.curcs s| iri- la Mèie Marie de l'Incarnation $ur le caractère de ce Prélat : « S'il eft
tucllesj lettre (jo*, « une lois persuadé qu'il y va de la gloire de ûieu^ il n'en reviendra
1 3 sept. i66i»p.3i6. « jamais (a). »
lyui
O'WÈ PASSBKT EN
RETOUR DE M. DE QUEYLUS EN CANADA. l668, 189
xxtv.
M. de Queyius avait amené avec lui trois Ecctésias- «• ot caumée et tiques du Séminaire de Saint-Sulpice , M. Antoine d'Allet, dont on a parlé précédemment, M. René de Bréhant de Galinée, & M. François-Saturnin Lascarisd'Urfé. Ces deux derniers, ayant lait preuve d'un grand dc\oucment pour le bien de la colonie, il efl à propos de les faire connaître ici en peu de mots, afin de préparer c e^'tcur à ce que nous aurons à dire de 1 un de i aulre dans la builc. Kenc de Bréhant de Galinée, du diocèse de Rennes, auteur d'un voyage curieux dans le Canada & de la carte d'une partie de ce pays, la plus ancienne que nous connaissions & la plus remarquable pour cette époque, était diacre, prieur de Saint-Maur de Nazar, au diocèse de Saint-Brieuc (i), (ij Catiinpuc d\n- & licencié de Sorbonne. Il avait su allier avec Tétude de 2ï«disdîîiJMÏi" la théologie celle des mathématiques & de l'afironomie, & à Pari», p. 73. Tun de ses contemporains, qui Pavait connu particulièrement, ajoute ' qu i! était très-eftimable, non-seulement « pour son esprit, ses mœurs 8; ses grandes connaissances *< ecclcsialliques, mais aussi pour son adresse singulière « dans les arts mécaniques (2); jj ce qui devait le rendre (2) Atdiîvcs du très-utile dans un pays nouveau. L'autre Missionnaire a "^J^"!"^ donné son nom à cette partie du haut de Itle de Montréal, 5o, $7. appelée encore aujourd'hui de son nom, la Ifaie ttUrfé, où il réunit des sauvages qu'il desservit en qualité de Missionnaire. Il était fils de Charles -Emmanuel Lascaris, marquis d'Urfé & de Baugé, & de Marguerite d'Alègre, de l une des premières familles d'Auvergne ; & cette circonftance, qui le rendit assez proche parent de Colbert, ne sera pas sans quelque intérêt dans la suite de cette histoire (*).
(*) La Mère de l'Incarnation, parlant de M. de Galinée & de M. d'Urfé, dit qu'ils étaient de qualité & de naissance; & quoique en général cette remarque ne doive pas tirer à conséquence pour la plupart Je ceux dont nous avons à parler, il ne sera pas hors de propos de donner ici quelques éclaircissements sur l'extraittion de Vun & de Tautre & sur l'origine de leurs noms.
La famille de' Bréhant, qualifiée par la Ghesnaye des Bois» vraie
190 lit* PARTIE. LOUIS XIV.