‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 78 sur 182 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ZÈLE DE LOUIS XIV POUR AUGMENTER LA l'OPULATlON DK LA COLO><IK ET FROCUKtR LE Dtl- RICHEMENT

DBS TERRES.

livm KFPtCACK OE

Loi is \i\ l'ai H Al ME.NTER LA POPULA-

Tum os LA GOunriB.

L^abandon où était refté lé Canada fut te motif qui porta le Roi à se mettre lui-même à ta téte de la colonie , la Compagnie des Cent Associés, après trente-six ans, aussi bien que les Compagnies précédentes, n'ayant point peuplé le pays, ou plutôt l'ayant entièrement abandonné, malgré leurs promesses tnntcs les faveurs que la muni- (i) Édits & ordon- ficcncc fovalc iciir avait accordées f i). Inllruit par une si b^'^fss^^p'' 'o"^*^ ^ trilte expérience, Louis XiV prit pour lui- 40. ' même le soin de faire peupler le povs; car. s'il établit une

Société nouvelle sous le nom de Compagnie des JnJes occidentales, ce fut uniquement pour faire fleurir le commerce^ qu il jugeait absolument nécessaire pour la prospérité du Canada. Chaque année il y envoya à ses frais de nouveaux colons, &, par le zèle intelligent & généreux qu'il déploya pour en accroître la population; il mérite à jufle titre d'être regardé comme le vrai fondateur de cette colonie Française. C ell une de ses gloires les plus légitimes 8c les plus pures; Tii^norance du passé peut bien l'avoir obscurcie dans I cllime de plusieurs, mais elle n'en brillera pas avec moins d éclat aux yeux de tous ceux qui connaîtront Toricine les progrès de la colonie Cana- (i) Dcscriplion giio- dieniie. C elait ce qui faisait d.re, huit ans après, à Taugniphiquc & l'irtori- teur dc la Description de l'Amérique septentrionaie: « Le

que des eûtes , ^ j«i

rAmérique septen- « Canadan a commencéà respirer que depuislcs soiiis que Paris ''' lô'^" ^ " prend de donner une nouvelle face à cette colonie

t.X'îpîtw/p.'».'" ' ' * cliancelante (2). » En effet, dès qu'il fut queflion d'en-

POPULATION AUGMENTÉE. l659 ET SUiv. 2o3

voyer en Canada des troupes réglées, ce prince, qui avait résolu de reprendre la propriété du pays, commença,

pour préparer les voies à cette reprise, à y faire passer dès lors chaque année des colons, bien qu i! ne dût y envoyer les troupes que plus tard. Ainsi on a vu que. Pannée 16G2, lorsque la grande Compagnie exiftait encore, il y envoya de trois à quatre cents personnes, & en même tennps M. de Mons, qu'il chargea de parcourir & d'examiner le pays. Toutefois ce n^étût pdnt le premier envoi de colons faits par Louis XIV; d*autres envois avaient précédé celui-ci, êt, de fiait, ce prince s'était déjà mis à la tête de la colonisation du Canada, dont la Compagnie des Cent Associés ne prenait aucun soin, ce qui faisait croire qu'il en eût repris la propriété, quoique cette Compagnie ne s'en fût point encore démise selon les formes. Dans sa . Relation du mois d'odobre itVu , qu'il en\oya à Kome, M. de Laval parlait en effet de cette reprise comme si déjà elle eût étc ellccKiée. » Précédemment, dit-il, tout ce pays « était en la possession d une certaine Société; niais, depuis « deux ans, le Roi se Teft rendue propre, en en supportant « lui-même les dépenses, avec promesse d'en faire de plus « considérables encore à Taveoir. C'eft ce dont nous « avons aujourd'hui la preuve, puisque, dans l'espace de « deux ans, il a employé deux cent mille livres au bien « de la colonie. Ce trés-muniûque prince a promis d'y « envoyer, pendant dix ans, trois cents hommes chaque « année, & nous attcftons que, les trois années qui viennent « de s'écouler, il a tenu fidèlement sa promesse f On d) Archive» ue k voit, par ces paroles de M. de Laval, qu'avant l envoi Propagande, v. ^we.

, , . ... ^ rica, 3, Canada, 2 5 6,

des trois ou quatre cents personnes, qui eut lieu en io()2, a g oa. 1661, foi. 2g. le Roi avait déjà fait passer en Canada prèi, de mille colons* C'eil ce qui explique pourquoi, malgré rinsoudanoe de la grande Compagnie, la population augmentait à vue d'ceil, & le pays, comme nous Tavons fait remarquer^ n'était plus reconnaissable. Dans sa Relation de 1660, M. de Laval disait : « Le nombre des familles augmente « partout ici d'année en année & de jour en |our, tant à

c« cause des familles qu*on y transporte annuellement de

• France, que parce que les femmes venues d'Europe « mettent au monde un plus grand nombre d'enfants^ « desquels les morts prématurées sont plus rares , & « qu'enfin les maladies ne sont pas si fréquentes ici ni si

(i) Archives de la t> variccs qu'elles le sont ailleurs (i). » ï/annce suivante lecT^ut* «fc*?-}! faisait remarquer qu à Montréal, où le Séminaire

fol. 8. envoyait alors chaque année de nouveaux colons, la po-

pulation augmentait de jour en jour d'une manière sur- (i)/MA,At>bnMffo prenante (2). Aussi Tauteurde la Relation de 1668 écrt- ^mlXill,"^^ vait-il : « L'envoi de tous ces. nouveaux colons cause fl un changement notable dans ce pays, par les accrois- « sements qui s^y sont faits plus grands, depuis qu'il a plu B au Roi d'y envoyer des troupes, qu'il n'en avait reçu ^(:0Rciationdci668, „ dans tout le tenips passô (3), »

ri.

SAbEs&£ DE LOUIS xiT Nous avotts VU qu'oH 1664 il y iit passer à la fois trois DANS u CHOIX rat ^çjj^^ hommes, conformément à la résolution qu'il avait

KOU\ EAVX COLONS. ' 1

(4) Lcttretde Marie prisc, d'cn cnvoycr autant chaque année, pendant dix dei'iiKn-nadoo,]^ ^ns (4), et comme son dessein était de former, en Canada, pf^oz! ' ' uiic colonie catholique, il parait que ces hommes furent assez bien choisis. Golbert en parlait ainsi dans sa lettre à M. de Laval, du i8 mars de la même année : « Pendant le « séjour que vous fîtes ici, vous me témoignâtes que les « gens des environs de laRochelle & des îles circonvoisines, « qui passaient à la Nouvelle-France, étaient peu laborieux, « que même, n'étant pas fort zélés pour la Religion, ils

* donnaient de mau^ ais exemples aux anciens habitants « du pays. Le Roi a pris résolution, suivant notre avis, (i de faire lever trois cents hommes, cette année, en Nor- « niandic (S. dans les provinces circonvoisines, qui seront f conduits sur des vaisseaux marchands, dont les capi- « taines sont obligés, par leurs traités, de rapporter des « certificats du Conseil de Québec, touchant le nombre « d'hommes qu'ils auront débarqués. J'espère que ce « secours tournera à l'avantage du pays, ainsi que les c autres que Sa Majefté a résolu d'y envoyer tous les ans

POPULATION AUGMENTÉE. t65g ET SUÎV. 905

« en cas que celui-ci réussisse, ainsi qu'on se le pro- H met (i). ' L'année suivante, M. Talon, arrivant en Canada, asîïura que le Roi avait de grands desseins pour le pays (2), &. le nombre des colons qu'il amenait était une preuve irrécusable de cette assurance ; car, sans compter Tarmée, ni les liUes & les femmes venues pour peupler le pays, il conduisait avec lui cinq cents hommes, dont cent trente dellinés à Tagriculture (3). Enfin, le 38 juillet de cette année i665, la xMère Marie de Tlncamation écrivait : « 11 doit arriver deux mille personnes, tant en ce qui efl « venu que ce qui refte à venir (4). » Et, au mois d'odobre suivant, elle ajoutait : « C'eft une chose prodigieuse de « voir combien le pays se peuple & se multiplie; aussi dit- « on que le Roi ne veut rien épargner (5) »

En envoyant en Canada des hommes de guerre, le Roi ne s'était pas proposé seulement de donner la paix à ce pays : son intention était dès lors de les y fixer, is: de faire de chacun des officiers & des soldats autant de colons. Dans cette vue, après la paix conclue avec les I roquais, il fit des lai^sses.à tous ceux des soldats qui consentirent à relier & à s'établir dans la colonie, offrant à chacun, avec des concessions de terres, cent livres de gratification, ou cinquante Tn-res & des vivres pour un an. Aux sergents il donna, outre des concessions de terres, une année de vivres, 8^ cent ou même cent cinquante livres de gratification. I^e cette sorte, plus de quatre cents soldats du régiment de Carignan s établirent dans le pays,

(0 Archives de l'arcbevéché de Qju^bec,

lettre âc Cnibert \ .M. de Lavai, t6 mars 1 664.

(2) Relatiimdei665,

(3) Lettres de Mark de nncunatîoa, lettre 72», 29 oQ. if^'o, p. 606, 607. — Journal des Jéniitei» soft.

(4) Lettres de Mtric

lie 1 Incnrnntion, lettre yc», p. 600.

(5) /Mi., lettre tid', p. 6»i, iS oA. 166;.

t.ARCESH!tDS LOUIS XIV

point BiTEMinwii

t.rS SOt.OATS ET LES OFPiaCRS DES TROL-

ns A »*àr*ÊUM en

(•) L'année 1667, cette Religieuse ajoutait : « Il eft venu, cette « année, un grand nombre d'hommes aux dépens du Roi, qui veut c que le fMiys se peuple (6); &, parmi ceux-ci, étaient pins de cent hommes de travail (7). L'année suivante, les navires amenèrent des Portugais, des Allemands qui avaient été au service du Roi, & qu'il licencia pour les envcvynrdai» la Noiivelk-Fniiice Ç8); & l'année 1669 on vit arriver encore à Québec un vaisieau Rodielloîscbai^d'horomct & de familles formées.

\0) Journal des Jésuites, iS sept. 1667.

{7; LeUres de Marie de l'Incarnation, lettre 8i', p. 634.

{H; !:-«trc 83»

p. Ô41. Jàid., lettre 8s*, t9 oAob. t^i, p. 607*

206 m* PARTIE. LOUIS XIV.

& la colonie compta par ce moyen autant de soldats prêts à défendre leurs propres foyers, sans aucune charge pour

(OReiaUonde iC08, ellc ni mèn.e pour le souverain (i;. Mais comme ce nombre était insullisant, le Roi, en 1669, résolut d'envoyer en Canada six autres compagnies d'infanterie , composées « chacune de cinquante-trois hommes, pour les y établir.

Les capitaines de ces compagnies prirent, en effet, cet engagement le 25 mars de cette année, tant pour eux-mêmes

(%) AKhivcs de ta que pour leurs officiers subalternes & leurs soldats (2);

^ afin de les encourager à remplir leurs promesses, le

«dm du Roi, fol. . , , . ?. . .

io7, 108, à chacun des six capitaines une gratification de

(3) /*j</.,regiiirc<i(» mille livres 3 ); enfin, comme il éta t relie quatre compa-

cxfHiUiUon» conccr- gnies de troupes en Canada, il donna en outre six mille

nant les Compagnies ,. ' . ,. .

des Fnde«, 1Û70, liNres au\ cap. tau-SCS, aux lieutenants & aux enseignes de

ces compai^nics. en leur nui^osant la même condition (4,.

(4) /»»!. Colbert écrivait à ce sujet a M. l alon : « 11 s'ell présenté

c ici quelques ofticiers des troupes refiées en Canada. « Comme il importe au service de Sa Majefté qu'ils s'éta- « blissent dans ce pays & servent d'exemple à leurs sol- « dats, il efl bien nécessaire que vous empêchiez à Tavenir « CCS ofiiçiers de repasser en France. Faites-leur con- « naître que le véritable moyen de mériter les grâces du « Roi eft de s'établir au pays, & d'exciter fortement tous • leurs soldats à travailler au détrichement & à la culture

(dj Archives de la « des tCTres '5 i. « mariM, regifl» des . ■ j^. (^^^^tp^-e^-yr s était établi en

ilcpcches de Monsci- ' ^ ' .

uncur, 1671, (oi. Canada, Louis XiV lui donna en témoignai^e de sa satisfaclion uiie gratification de six cents livres, 6c au sieur de Lamotte Saint-Faul, premier capitaine des troupes refiées en Canada, quinze cents livres qui devaient lui être comp- (ô) Kegiftrc des de- técs dès quHl scfait établi (6). Enfin, il avait tellement à £^nt ics^hld^r ^^^^ l'établissement de gentilshommes dans la colonie, t6jt, M, 19. ' qu'il faisait dépendre de cette condition les faveurs que plusieurs sollicitaient de son autorité royale. Le sieur .lean- Vinccnt-Philippc de Hautmcsnil, étant repassé en France pour s'y marier, demanda la confirmation de la noblesse, déjà accordée en 1634 à son père, Pierre-Philippe de Ma-

JF.tKRSI CANAItA POU* iM V

POPULATION AUGMENTÉE. IÔSq ET SUiv. 2ÛJ

rigny (i). Il lui fut répondu que le Roi coiifirmciait sa (ij Rci;i.^acticsdénobicssc lorsqu'il serait repassé en Canada avec sa fa- p«dw»d<:Coibertcon-

, - ^ * - . cernant IcAlnde*. «671

mille (2; ; & en effet, par ses lettres patentes» ce pnnce foi. 47. exigea sa présence dans ce pays, comme condition rigou^ (*) '^•» ■ reuse de la continuation de cette grâce. « Voulons» dit-il» fl qu*il jouisse de la noblesse que nous avons accordée à « son père, & que ses enfants soient nobles à perpétuité» « à condition qu'il reliera en Canada. •

Outre CCS en \ ois de colons, le Roi avait soin d y louis XIV BNTOIE SES'

faire passer aussi, chaque année, un nombre proportionné de jeunes ^ honnêtes filles deltinées à devenir mères de familles ca s'ctablLssant dans ce pays. L'année i665, il en envoya cent, & il en annonçait le double pour Tannée suivante. En 1667, on en reçut un nombre plus considérable encore, un grand nombre en 1668, cent cinquante en 1669» & autant Tannée suivante (3). Pour (SjL^ti c .icMdric faciliter rétablissement de ces jeunes personnés, le Roi 6%'î|^7'^î^g°«!Rj* leur faisait des dons à chacune : c'était ordinairement une iitiôn de' 1670, p. ?. maison conflruitc, fk des vivres pour huit mois (^4). Mais , i tn c^ dcMaric comme il était de Tordre public & des bonnes mœurs 1 mcamat.an, pagqu'elles ne difTérasscnt pas de s'établir en arrivant dans le pays, ce prince recommandait au (iouverneur & à Tlntendant d'accélérer leurs mariages, aussi bien que ceux des hommes qu il envoyait pour le même dessein. Dans cette vue, M. Talon défendit à tous les volontaires & autres non mariés l'exercice de la chasse, celui de la pêche, la traite avec les sauvages, & même Tentrée des bois, jpoar quelque cause ou prétexte que ce pût être (5) ; & le Roi (>) crcflc de \ iiicrendit lui-même sur ce sujet une ordonnance qui fut pu- A^^^^niTîe'goôbliée à Villemarie au mois de novembre 1 670 (6). Pour en vcrncur et Fnnfois presser Texécution, on enjoignit à tous les compagnons, '^^g'j^.^ ^ poioiitaircs K autres non établis , de se marier dans les ,^0^ ' '* * quinze premiers jours qui suivraient l'arrivée des vaisseaux qu'on attendait alors de France, 8: qui devaient amener des jeunes personnes deltinees pour le pays. C'eft ce qui explique ce que rapporte la Mère Marie de Tlncar-

nation ; sous Tannée 1669 : « Les vaisseaux ne sont pas « plus tôt arrives que les jeunes hommes y vont chercher (O Lettres de la « J^s femmes; à cause du grand nombre des uns & lètwtU^^Sjt''"' « des autres, on les marie par trentaine (i). »

m-Aurtf» Dm jnmn Nous ne pouvons nous dispenser de répondre ici à PERSONNE* EKvoviEs l'étHUigc asscrtion d'un écrivain licencieux, qui n*a pas «TAvuK. craint d"'outrager tout à la fois la vérité, le pays & le Roî,

en avançant que les soldats du régiment de Carignan s'établirent avec des filles de joie, & que ce fut là l'origine de (2) Nouveau voyage la populatton Canadienne (2); calomnie aussi grossière du baron de L^hon- malignement inventée, & démentie par tous les monu-

tan dans 1 Amérique ^ " ^

septentrioiMie, i7o3, ments contemporams. a J ai appris sur les lieux , dit Le M, p. II. „ Beau, écrivain non suspe(ft dans cette matière, j ai ap-

« pris par des personnes de probité & dignes de loi, comme « du K. P. Joseph, Canadien, 8c d'autres vieillards qui « ont presque touché à ces premiers temps, que les • hommes du régiment de Carignan-Salières s'établirent « avec des filles venues de France, qui étaient à charge à « de pauvres communautés, d'où on les tira pour les con- (?) Aventures du « duîre en Canada de leur plein gré (3). » Déjà, longtemps au" Pwim«iu ^up^'*^"^'^"^ ^- Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, i738| t. I,p. 91. ' avait réfuté cette calomnie dans l écrit qu'il donna au public, 8c il ne sera pas hors de proj>os de rapporter aussi ses paroles : « On dit qu il passe en Canada quantité de « filles mal vivantes. Il n'eft pas vrai qu il y ait ici de ces f sortes de personnes; & ceux qui en parlent de cette « façon se sont gravement mépris ; ils ont pris les îles de « Saint-Chriftophe & de la Martinique pour la Nouvelle- K France. S'il y en vient, ici on ne les connaît point pour « telles, car, avant de les embarquer, il faut qu'il y ^it « quelqu'un de leurs parents ou amis qui assure qu'elles « onttoujours été sages. Si, par hasard, il s'en trouve quel- (4)Hifloircvcritabic " q^cs-uncs quî soieut décriécs , ou que pendant la tra- & naturelle delà Nou- « verséc elles aient fait soupçonner de se conduire mal, leéV^n*!»^* ^^jSs' * '''^ renvoie en France (4). » Nous trouvons, en ctiét, iSôl* ' dans les acles du Conseil souverain de Québec, un arrêt

POPULATION AUGMENTÉE. l65g ET SUIV. 20y

du 30 août 1664, qui ordonne de renvoyer en France, aux

frais du Roi, toutes les personnes qui seraient à chaiige

au pays (i). Au rcfte, cette calomnie n'était pas non plus ( o Arr^t ttu Con-

nouvelle au temps de M. Boucher, puisque, plus de vingt 2» «<><^4-

ans auparavant, le Père Vimont, dans sa Relation de 1641 ,

en avait déjà montré la fausseté & i injultice : « On nous a

« dit, rapporte-t-il, que le bruit courait dans Paris qu'on

H avait mené en (>anada un vaisseau tout chargé de lilles

« dont la vertu n'avait l approbation d aucun dodeur.

« C'ell un faux bruit : j'ai vu moi-même tous les vais>

« seaux» & pas un n*était chargé de ces sortes de per-

« sonnes (a) (•). » (0ReUHMideÉ64i,

Mais il eù. nécessaire de répondre à l'assertion de nicAvrioiis mm u

Lahontan & d'en démontrer la fausseté, en y opposant les '^'^^

^ 1 . 1 ^ •! t rx' 1 1 l>KllSOX.NES TIRÉE» OF.

monuments de 1 époque même dont il parle. D abord on »iM«oTin

vient de voir, d'après le témoignage de M. Boucher, ■ qu'aucune jeune personne n était envoyée en Canada, que sur l'atteÛation de quelqu un de ses parents ou amis, aflirmant que sa conduite a\ ail toujours été irréprochable. Nous trouvons de plus, dans les dépèches de Colbcrt, un ordre formel en vertu duquel on ne pouvût foire passer des filles en Canada, pour y être établies» sans envoyer sur chacune d'elles un certificat particulier, qui faisait foi qu'elle était en état de se marier, & qu'il n'y avait aucune difficulté à son mariage (3). Pour plusieurs d'entre elles, (3) Aithivcs de 1.1 cet examen n'était pas difficile, c'eft-à-dire pour les orphe- marine, voi. Canada^

,. , • r • ' ,1 1 1 / j t. II, de iG-oiV 1G76.

Imes que le Roi faisait élever dans les étabussements de utiro >ic c.iKit

charité de Paris, 8c dont le choix, pour passer en (Canada, m. Talon, 11 fcviwr était fait par les Religieuses elles-mêmes ou les personnes pieuses qui les avaient élevées dès l'enfance. Le 2 oc-

(*) Nous pourrions ajouter que jamais calomnie n*auraitéré plus

nKihiLlroitcmcnt ourdie, en supposant iiti yaisscuu charge, ainsi ^]u'on ledisait, puisqu'en 1641, comme on l'a montré déjà, la Compagnie des Cent Associes n'envoyait presque personne dans la Nouvelle' France.

TOMB m. 14

2IO m" PARTIE. LOUIS XIV.

tnhrc i665, on en reçut à Québec quarante de cette dernière classe; .8: le .h^urnal des Jésuites leur rend ce témoignage, aussi honorable à ces jeunes personnes qu'à la piété du Hoi. qui les avait ainsi adoptées: 11 elt arrivé « quatre-vingt-deux leninics ou filles, dont quarante d'une « maison de charité de Paris , où elles ont cic u ès-bien ( I) Journiii de» J<> « instruites ( i ).» La Mère André Duplessis de Sainte-H6euiie»,» oa. i60S. j^^^^ yenue en Canada en 1702, réfute la même calomnie, et ajoute : « Un certain nombre de ces filles étaient des <( demoiselles de qualité, sans bien ; d'autres appartenaient « à de bonnes familles qui, étant chargées d'entants, les (,)Témoisn»Be de " «"Voyaient en ce pays, dans Tespérance qu elles y sela Mire nufiessis «le " raient mieux pourvues; 8^ enlîn on en tira beaucoup de Sainie-Héiinc, rap- , rhôpltal dc la Pitié à i^iris, où elles avaient été bien

porté par M. JacQues . , , 11 ■ a

Viger, « élevées des leur bas âge (2). »

vn.

pRÉcuiTioN» rotn i.R Mais conime cc> dernières n'a\ aient pas été exercées mÉEs utiTuM. ^ ^ laborieuse étaient trop délicates, tant pour rc- TAont, sifter au climat très-rude du Canada, que pour se plier au

travail des champs, nécessaire dans un pays nouveau, on résolut de demander qu'à l'avenir elles fussent tirées principalement de ta campagne. « L'on ne veut plus demander • que des filles de villages , propres au travail comme les K hommes, écrivait en i(i68 la Mère Marie de IMncarna- « tion, l'expérience faisant voir que celles qui n'y ont pas fva.cttrcbvk Maiic <' été élevécs, ne sont pas propres pour le Canada ''\). » de rinc.Trnaiion,icitrc Ce fut !e parti qu'on prit en elict pour un certain ntimbrc;

8: atin que le choix ue ^es filles tut hors de tout soupçon, Colbcrt désira qu'il fût fait par les curés mêmes des paroisses d'où on les tirerait. Voici ce qu'il écrivait à M. de Harlay, archevêque de Rouen, le 27 février 1670; « Par « les dernières lettres que j'ai reçues du Canada, Ton m*a « donné avis que les filles qui y ont été transportées Tan- « née passée, ayant été tirées de Thôpital général , ne se « sont pas trouvées a>se/. robufies pour résilier ni au cli- « mat ni à la culture de la terre, & qu'il serait plus avan- « tageux d'y envoyer dc jeunes villageoises^ qui fussent

A; ^lii \ !.'■< Je 1.1 mirinc, rcgUtrc des conccTnant les colonies des

POl'ULATION AUGMENTÉE. l65g ET SUIV. 211

t en état de supporter la fatigue qu'il faut essuyer dans

« ce pays. Comme il s'en pourrnit rencontrer dans les

« paroisses, aux environs de Rouen, le nombre de cin-

« quante ou soixante qui seraient bien aises d\v passer

« pour être mariées 8: s'y établir, 8v que d'ailleurs vous

« avez toujours eu beaucoup de zèle pour l'augmentation

«i de cette colonie, j'ai cm que vous trouveriez bon que je

« vous suppliasse, comme je le fais par cette lettre, d'em<

« ployer Tautorité & le crédit que vous avez sur les curés

f de trente ou quarante de ces paroisses, pour voir s'ils

I pourraient trouver en chacune une ou deux filles, dis- ^^il'tont

« posées h passer volontairement en Canada, pour y être

. «tabUes(i). . . ïi^',\>r

Rien plus , après le choix fait de la manière qu'on la cour confiait ma* vient de dire, ëc les informations prises sur chacime d'elles

' .* . SONNES A UNE 1-EMMK

en particulier , le Roi les mettait sous la conduite d'une ue \e«tu, »a.iR femme de vertu, qui les accompaj^uaii dan.-> la tra\crscc •«'"«eot*, & veillait sur elles jusqu'après leur mariage. Nous avons raconté que, lorsque la Sœur Bourgeoys revint de France, elle fut chargée de conduire trente-deux filles à Viltemarie; &, dans ses autres voyages, elle en amena d'autres en Canada pour former des ménages. Mais il ert à remarquer qu'avant de se charger de les conduire elle voulait les connaître toutes, & qu'elle n'acceptait que des personnes de vraie vertu, comme elle-même nous l'apprend (2). M. Dollicr, parlant des trente-deux filles qu'elle '2; Kaiis autogr*. amena Tannée iG3o, dit à ce sujet t « Cette bonne Stuur pi'cs de u Saur Bout- « leur a servi de mère dans ce ^ oyage pendant toute la « roule ^ même jusqu'à cc qu elles aient été pourvues, « ce qui nous fait dire qu'elles ont été bien heureuses H d'être tombées dans d'aussi bonnes mains que les I siennes (3). » S'il parle ici de la sorte, ce n'eft pas que (SjKifiuiKjuMonu d'ordinaire elles fussent confiées à toute espèce de per- '<»38* 1659. sonnes indiHiniflement, mais h cause de la vertu singulière de la Soeur Bourgeoys, du don qu'elle avait de s'insinuer dans les coeurs pour les porter à Dieu, & des soins

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Ht* PARTIE. LOUIS XtV.

atE A quAmec du ■om us en jcuhr

PERSONNES LEUX MARUCE.

maternds que sa cbarité tendre Se généreuse lui faisait prendre de ces filles, tant avant qu'après leur mariage, comme nous te dirons bientôt.

MADAME DouRDOK CHAR. L^dHaée 1 668, iTiadame Bourdon, qm venait de perdre son mari, ayant fait un voyage en France, fut chaigéepar j l'sQu^ la Cour, l'année suivante, de conduire les cent cinquante filles dont on a parlé. Il eft vrai que plusieurs ne répondirent pas toujours à ses soins , parce que peut-être cette dame ne possédait pas au même degré le don naturel de la Soeur liuur^eoys pour traiter avec les esprits difficiles. On conçoit d'ailleurs que , dans un si grand nombre de filles, il devait se trouver des caraâères rudes & peu aisés à manier, surtout au milieu des incommodités alors inséparables d'une navigation qui durait trois mois & quelquefois plus longtemps encore. La Mère de l'Incarnation parle ainsi de cette circonftance : « Madame Bourdon a « été chargée en France de cent cinquante filles, que le « Roi a envoyées en ce pays par le vaisseau Normand. « Elles ne lui ont pas peu donné d'exercice dans un si « long trajet, car^ comme il y en a de toutes conditions, « il s'en ell trouvé de très-grossières & de très-dilliciles à « conduire. Il y en a d autres de naissance qui sont trcs- « honnêtes & lui ont donné plus de satisfadion. » Le choix d'une personne pour les conduire, aussi vertueuse que Tétait madame Bourdon, montre bien avec quel soin le Roi veillait sur ces jeunes filles; & il ne sera pas hors de propos de la faire connaître ici, pour l'édification de (i)Lctircs de Marie nos kÂeurs. u Madame Bourdon 'Anne Gasnier) (i) eft 8i» tïîïpl'S;^'^^ " exemple de piété & de charité dans tout le pays, « écrivait la même Religieuse; elle efl la mère des misé- « rables 8< occupée à toutes sortes de bonnes œuvres. « Avant de passer en Canada, où elle n eft venue que par « un principe de piété & de dévotion, elle était veuve de « M. de Monceaux, gentilhomme de qualité. Quelque • temps après qu elle fut arrivée, M. Bourdon demeura « veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable

POPULATION AUGMENTÉE. lÔSç ET SUiv. 2l3

« d^avoir soin de soi-même. Elle eut un puissant mouve- « ment d'assiller cette famille, & pour cet effet se résolut <t d'épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez

« connue, à condition qu'ils vivraient ensemble comme

« un frère avec sa s(L'ur. Cela s'ell fait, 8c la condition a

« été observée exactement. Elle se ravala de condition '

tf pour faire ce coup de charité, qui, en France, où elle

« était tort connue, tant à Pans qu en province, fut jugé

a comme une a^ion de légèreté, eu égard à la vie qu'on

« ' lui avait vu mener, fort éloignée de celle du mariage.

« Mais Ton a bien changé de pensée, quand on a appris

« tout le bien qu'a produit cette généreuse aétion. Car

ic elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une

« débonnaîreté non pareille , & les a mis dans l'état où

fl ils sont à présent (i). » En considérant donc les rares (i)i.ciirc>jdcMiric

vertus de madame Bourdon, on peut dire aussi de toutes ^«^ ""^'*"»'»«'"^-.

les filles dont elle avait le soin à Québec, qu'elles étaient

heureuses de tomber en d aussi bomies mains que les

siennes.

Lorsqu'il n'y avait en France aucune dame ni demoi- mademoiselle denes selle du Canada pour les conduire, le Roi envoyait cbawîéb m co»quelque femme de vertu qu il chargeait de les accompa- |.Eiiio:«!(ts » ca> gner dans le voyage, & qui ne devait les quitter que kam. lorsque toutes auraient été établies. Ainsi, dans l'état de sa dépense pour l'année 1671, nous trouvons un article digne de la sage vigilance 8c de la religion de ce prince : il donne « six cents livres à la demoiselle Ètienne, en H considération du soin qu'elle prend des filles que Ton « tire de l hôpital général pour les envoyer en Canada, « du vovapc qu'elle y fait pour les diriger jusqu'à ce « qu elles 50ieiU mariées (2). » Nous devons ajouter que (2) Archives de la néanmoins madame Bourdon les recevait elle-même à

dépêches 4M Monâcj-

Québec, & les gardait chez elle en attendant leur ma- gneur concemiit le» riage. Pour les aider à s'établir, le Roi les gratifiait de dons ^ proportionnés à la condition de chacune. « Les démolit selles de naissance, ajoute la Mère de Sainte-Hélène,

« ont épousé des officiers fort qualifiés, & ont ainsi été « les souches de plusieurs nobles familles. » Parmi les autres colons qui arrivaient dans le pays, les plus prévoyants commençaient par se pourvoir d'une habitation, iv se formaient un petit établissement avant de se marier ; & par ce moyen trouvaient un meilleur parti. Car c était fnLeitrctdeMark la première chose dont les filles s^informaient quand on 8>'p. o^io!*^'**"^ ï«s demander en mariage (i).

A viuoiAME LA cŒva A VUlemarie , la Sœur Bourgeoys remplissait le Ttriu' «s^! miniftèro de charité auquel madame Bourdon se livrait

KtS Kl IFS >ii,iVA avec tant de zèle à Québec. Elle l'avait commencé des LEu» vABucB. jçg premiers envois de jeunes personnes faits par les seigneurs de Montréal, 8c elle le continua de son propre mouvement, en recevant aussi celles que le Roi envoya ensuite de son côté pour accélérer, par ce moyen, laccroissement de la population de cette colonie. « Quelques « années après mon premier voyage en France, écrit- « elle, il arriva à Villcmarie environ dix-huit Jilles du « Moi que j'allai quérir au bord de Feau, croyant quHl « fallait ouvrir la porte de la maison de la Sainte Vierge à « toutes ces iilles. Mais, notre maison étant trop petite « pour loger celles qui arrivaient, nous fîmes accommoder < une maison que nous avions achetée de Saint*Ange, ët « là je demeurai avec elles. J'étais obligée d'y demeurer à • cause que c'était pour former des familles. » Cette réflexion montre avec quel zèle h quelle sainte sollicitude la Sœur Bourgeovs veillait sur toutes ces jeunes personnes. Elle ne se contentait pas de loger ainsi avec elles, elle les nourrissait & avait pour chacune la tendresse d'une mère Si les soins les plus prévenants. Les Sœurs de la Congrégation n avaient alors, comme c'était lordinaire dans les autres Communautés, que de simples couvertures à leurs lits, à cause de la cherté de la toile en Canada ; 8c, par un effet de sa charité généreuse, la Sœur Bourgeoys, pour gagner Taffe^ion de ces jeunes personnes, employait à leur usage les draps qu'on avait à la Congrès

POPULATION AUGMENTÉE. lÔSç ET SUÎV. SI 5

gation. Enfin, s'occupant plus encore de leurs àmcs que de leurs corps, elle leur donnait à toutes les inflruâions qu'elle jugeait leur être les plus utiles. Par \k, elle sinainuait dans leur cœur^ gagnait leur confiance, & Uait avec elles une sainte amitié qu'elle cultivait soigneusement ensuite, & qui la rendait la confidente, la conseillère & la proteâricc de toutes ces nouvelles mariées. Un autre avantage de leur séjour chez la Sœur Bourgeoys, c'eft qu'elle les faisait entrer dans la pieuse Société formée par elle en i658 sous le nom de Congrégation externe, ce qui lui donnait l'occasion de les revoir tous les dimanches, & de développer ainsi les germes de vertu qu elle avait jetés dans leurs CiJuurs. Quoique ces filles ne fissent pas un long séjour dans sa maison, elle en avait ordinairement quelques-unes pour les former êc les inftruire. Ainsi lisonsnous dans le recensement de 1667 fait par M. Talon, qu'il y avait alors à la Congrégation quatre filles à marier (1). La Sœur Bourgeoys les gardait ainsi jusqu'au (i)Artbivet de Ij jour de leur mariage; & c'eft ce qui explique pourquoi, reccnsemcni dans un certain nombre de contrats, il eft dit que ^* demeurait c/ie^ la Sœur Bourfeo]-^, ou simplement à la Congrégation, & que dans d'autres on marque expressément que c ell à la Congrégation même que le contrat de mariage a été lait & passé (*).

(*) Ainsi, dans les contnts de mariage de Marie Goucrt, venue (2} Greib de Ville-

de la paroisçe S.unt-Sulpicc, à Paris '2', de GeneviC-vc Lesnai, qui marie, ii mai 1667.

épousa Pierre de Vauchy (3); dan^wclui d'Annc-Manc l annexcxe, Aflcde Bénigne B«»-

d'Hambourg, il cft marqué qu'elle demeurait chez la Sœur Bour- «*'•

geoys. Marie Fanncxcxc, filIc de qualité^ dont le père avait t-tc capi- (3) iM., 18 ncnr,

taine dans les troupes Impériales, épousa, à Villemarie, Hubert le '^^7'

Roux, fils d'un notaire royal de Vîtry-le-Français (4). Entre autres ^(4) 'W^.* 7 «w.

contrats de munagc, Jaits i'- pii.s.\t.'s à îa Qin^^rc^atiiin, nous avons ' (5)*/^/^.^ |q anil

sous les yeux celui d'Elisabeth Haquin avec Antoine Courtemanche, ,r,(-,3.

dit Joli-Cœur, auquel assifta toute la noblesse du pays (5); les oon- (6j 4novcinl«.

trats de Jeanne Layset avec Jean Dcauchamps, de La Rochelle (6); xC/S/&,

de Marguerite Tesnard avec Charles Boyer (7', du boiirti de Valse, (-) i^é, »1 nùf»

diocèse de Poitiers; celui de Jeanne Colet avec Mathieu Binet, dit 1O66.

2l6 III* PARTIE. LOUIS XIV.

PIEUSES DEMoisKLiEs Madcmoiscllc Mance & les pi circs du Séminaire, crairlum-'p^'fi^ S"^"^ Communauté des Hospitalières de Saint- Joseph ne pût trouver des sujets dans le pays^ avaient attiré de France des jeunes personnes de qualité, résolues d'embrasser cet Inftitut à Villemarie; mais la Providence, qui les dellinait toutes à devenir d'excellentes mères de famille, ne permit pas que, malgré leur ferveur & leur zèle, elles soutinssent les, exercices pénibles du noviciat, d'où ii arriva que toutes furent recherchées en mariage pour les charmes de leur vertu, ^ répandirent une grande édiiication dans la colonie. De ce nombre était Catherine Gauchet de Belleville, d'une noble famille originaire de Senlis^ qui, après avoir refusé en France un riche établissement, cpousa à Villemarie^ en i665, M. Jean-Baptiste Migeon de Branssat, procureur fiscal dont il a été parlé déjà. Perrine Picoté de Béleflre, sœur de M. Pierre de Béleftre, ne put supporter non plus les épreuves du noviciat, & épousa M. Michel Godefroy, sieur de Lintot, résidant aux Trois- Rivières. Il en fut de même de mademoiselle MuUois de Labordc, qui épousa M. Etienne Pézardde la Touche, déjà nommé, né, comme elle, à Rlois, paroisse de Saint-Honoré. Pareillement Marie Moyen des (3ranges, sc eur cadette de madame Closse, entrée d abord au noviciat de I Hotel-Dieu, épousa en ihO-j M. Sidrac du Gué de Roisbriant, capitaine au régiment de Ciiambiy (*). Une autre jeune peri>onnc, après

(i) tbid.f i nov. l'Fspérancc, du village d'Épernay en Picardie fi^ ; de Jeanne Faiii(i08. connicr, d'Orléans, avec Antoine Dutresnc, dit Saint-Antoine, natii

(i) «I nov. de Saint- Viry en Picardie (a), ï*"*»*- (*) Mademoiselle Moyen, alors âgée seulement de vingt ans, ayant

eu, à Paris, une succession avantageuse à sa soeur & à elle, mademoiselle Mance, sa mère adofnive, qui voulait Pétablir, demanda auparav.uit, )''our elle, au Conseil souverain des lettres d'émancijMtion, afin qu'elle put administrer ses biens. M. Talon, M. Souart, (3) Jugements &. ««adame d'AilIebouH, M. Chartier & d'autres personnes honorables délibcratiom ditCon- fl***' P^rtaicnr v.n vit intérêt à cette jeune orpheline, se joignirent à scil Souverain. 1 1 août mademoiselle Man%.c dans sa requcte, «S: !e i i ilu mois d'aoùl 1667, luo;, loi. 73, vei»-. des lettres d'émancipation furent expédiées en sa laveur (3).

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