‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 81 sur 182 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

MBivua PRISES PAK Convaincu que, pour établir solidement la colonie, il

LOUIS XIV POUR PRO. r 11 1 , • l a 1 J • J I 1^ "

oRTRii i„ i,M, ,ir- "^'''i^it '^^ 'ii'f^' suPMltcr du produit même du pays, le Hoi «tNT pfSTERRKs. fit tout cc qui était en son pouvoir pour exciter les colons à la culture des terres. Déjà, en i658, avant appris que plusieurs serviteurs désertaient le Canada & s'embarquaient sur les vaisseaux qui faisaient voile pour la France, principalement sur les navires pécheurs, & que ces désertions nuisaient à Pagriculture en diminuant le nombre de bras, il défendit à tous ses sujets Canadiens de sortir du

DÉFRICHEMENT DES TERRES. l665 ET SUÏV. 221

pays sans passe-port, & aux capitaines de recevoir aucun passager qui ne fût muni d*un passe-port en règle, donné par le Gouverneur ou par celui qui COTimandait en son

absence, « attendu, disait-il dans son arrêt, que par ce M moyen une partie des terres demeure inculte ou sans « être dépouillée des fruits de la saison, taule d'ou- « vriers (i). » Comme toutes les diverses Compagnies (o Archive» du mimises précédemment en possession du Canada avaient aifiiJrc» entièrement négligé cette branche essentielle d'indultnc, nque.dc ib<j2ki(iôo, Louis XIV ne jugea pas à propos d'imposer à la Coippa- JJjj,^' ** gnie des Indes Tobligation de travailler au défrichement ' des terres. Mais pour obtenir plus sûrement ce résultat» il donna ordre au Conseil souverain de faire lui-même des concessions de terres aux particuliers. Colbert en écrivait ainsi à M. de Laval, le i8 mars 1664 : « Sa Majefté a pris « résolution de faire lever des hommes qui seront con- « duits en Canada; mais elle cftime tout à fait indispcn- « sable que le Conseil souverain diftribue des terres à ces « nouveaux venus. K qu on les oblige à les défricher de « proche en proche, aitn que, n'étant plus épars comme I autrefois, ils soient mieux en état de se défendre contre « les surprises des Iroquois (2). • Enfin, dans les lettres de (2) Archives de rarnoblesse dont le Roi voulut honorer plusieurs colons des f'^'^^'''^ ;! " '^"'"^''l:

1 « 1. ■ 1 •• 1 lettre de Colbert, ib

plus zélés pour rétablissement du pays, il donna pour mmtC'i^ motif de cette faveur Tempressement quHIs avaient fait paraître pour la culture des terres (*).

{*) Ainsi, dans la lettre que Lottis XIV accorda à Nicolas Judie-

reau, de Sainr-Denis, il rappelle que le père de celui-ci, au lieu de

£airc le commerce^ fut Tun des premiers qui s'attachèrent « unique-

« inent& suivant nos intentions^ dit-il, à faire des établissements

> assez considérables & à travailler au défrichement & à la culture

« des terres (3). » Pareillement dans celles du sieur Aubert de La- (3)Rcqiftrc des in-

chc'snaye, il expose le même motit : « Et d'autant qu'il a employé des siDuations au Conseil

« sommes trés-<onsidérabies pour le bien & l'angroentation de la de Qpiébec, f9l.

« colonie, &. particulièrement au défrichement ^ à la culture d'une

« grande étendue de terres^ en divers établissements séparés, nous

« avons cru que nous devions le tniter fiivoFablenient« > & lui domier

des lettres de noblesse (4) . (4) l^^* fol ts?*

232 m" PARTIE. LOUIS XIV.

KUR Mciunii LE oé- L'un des premiers soins du Monarque fut d y faire FucHCMurr, louw passcr. à ses frais, des chevaux, tant pour faciliter aux

XIV FAIT TR4KSP01t< * , , i 11 • i «

TKR KN CANADA i.Ks colons lestravaux de 1 aç^ncuiture, que pour procurer leur ciiKVAuxQiJiLDosNK commodlté particulière, attendu que jusque-là ils n'avaient ro Hiffoirc vOrita- P*^ marchcr qu a 1 aide de raquettes pendant I hiver. Le bicct naturelle Uc la i6 juillet i665, OU débarqua à Québec douze chevaux. les Nouveiic-FMiKo. Pa. p,.e,,-,icrs envovés de 1 rance par le Roi. 11 était naturul iSj. que les sauvages, à qui ces animaux étaient eniierc-

ment inconnus , témoignassent une grande surprise en voyant ces orignaux de France : c'eft ainsi qu'ils les appelaient, par comparaison avec ces animaux du pays, n'ayant pas de mots dans leur langue pour les désigner. Ce qu ils admiraient surtout, c'était qu'ils fussent si traitables & si dociles sous la main de leurs cavaliers, qui les fi iUcijiionaciOOi., faisaient marcher à leur fantaisie ^2' . < Sa Majesté a encore p. iS.-Journaidcs Jé- „ envoyé des chevaux, écrivait en 1667 la xMère Marie de « l Incarnation, on nous u donne, pour notre part, deux « belles juments 8c un cheval, tant pour la charrue que (3 Lettres de Marie « pout le charroi (3), » L'année 1 670. le Roi envoya pareildcrincarnatioii, lettre ^j-j ^ Jouze juiucitu, les fit diltribucr

aux gentilshommes du pays, les plus zélés pour la culture

des terres : une jument à M. Talon, deux juments à M. de Chambly avec un étalon, une à M. de Sorel, une à M. de Contrecœur, une à M. de Saint-Ours, une à M, de Varenne, deux juments à iM. de Lachesnaye, une à M. de Latouche, une à M. de Répentigny, enfin la douzième à M. Le Ber. Voici les conditions auxquelles le Roi faisait ces sortes de dons aux particuliers : ils devaient les nourrir'pendant trois ans; 8c si, par leur faute, quelqu un de ces animaux venait à mourir, celui à qui il avait été donné était obligé de paver au receveur du Roi la somme de deux cents livres. Dans l autre cas, il pouvait le \ ciidre après les trois ans expirés, ainsi que les poulains qu'il aurait pu avoir; mais avec charge, au bout des trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un poulain d'un an pour chaque cheval, ou la somme de cent livres. 11 était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le Roi

DÉFRICHEMENT DES TERRES. l6Ô5 ET suiv. 223

faisait élever & nourrir seraient parvenus à leur troisième année, on les dUlribuerait à d'autres particuliers, & toujours aux mêmes conditions f\). Comme on le voit, ces (') Archives de la

... • * 1 » niarinc, Canada,

conditions ne pouvaient être plus avantageuses aux parti- , |, ^,--o kiùjû,

culicrs ni au pays en gcncral. Aussi ('olbert, qui avait ao août 1670.

tant ù cœur de voir ileurir la colonie, écrivait à M. i alon,

le it février 1671 : « Je tiendrai la main à ce qu'il soit

« envoyé en Canada des cavales & des ânesses, afin de

« multiplier ces espèces si nécessaires à la commodité

« des habitants (3). » De tous les animaux domeftiques (i) làid., lettre de

envoyés parle Roi dans îa Nouvelle-France, les chevaux ^o'^^. * *?. T«ion,

furent» en effet, ceux qm s y multiplièrent le plus^ quoique

le nombre des autres y augmentât d'une manière éton-

nante(3). i(i)iuu*.*.M%

xvirr.

Dans la dillribution de chevaux laite en 1670, nous omcie«s qui sk uavons dit que le Roi en lit donner un à Al. de Sorcl & un * à M. de Chambly. C'efl que ce Prince, tout en tenant garnison dans les Forts nouvellement conftruits» excitait par ses largesses les officiers qui y commandaient, à entrc^ prendre le défrichement des terres voisines de ces pofles, . & que les deux dont nous parlons se diftinguèrent par les travaux auxquels ils se livrèrent alors, t L*on défriche « beaucoup, écrivait la Mère de Tlncarnation, surtout au « fort de ("lhambly 8c à celui deSorel. Ces messieurs, qui 0 sont fort honnêtes gens, y vivent de ménage, y ayant « des bœufs, des vaches, de la volaille. Ils ont de beaux « lacs, lort poissonneux tant en hiver qu'en été, 8c la « chasse y cil abondante ca tout temps. L'on a lait des « chemins pour communiquer d'un Fort à Tautre : les « officiers y faisant de fort belles habitations & avançant « bien leurs affaires par les alliances quils font avec les i.drcsdc Marie « familles du pays (4). » D'autres officiers se livraient à c I Incarnation, lettre ailleurs à l'agriculture. De ce nombre, M. Sidrac du Gué, 7's -«-^obre 1667,

à qui M. Talon permit, en 1667, sous le bon plaisir du (5 Greffe de viiie- Roi, de s'établir à l'île Sainte-Thérèse, d'y abattre les bois »î «•^67. & d en taire cultiver les terres» (5). Pour leur donner à tous T«ion.

224 111* PARTIE. LOUIS XtV.

1 exemple, M. laion lui-mcnie [aidait delricher aux frais du Roî des terres situées à deux lieues de Québec, appelées ensuite la seigneurie des Islets, Il y envoya un grand (OUttres «le Marie nombre de colons pour y former des familles (i), & les ^ ""^'p"?!,' diftribua en trois villa^^s qu il établit assez rapprochés Tun de Tautre : le premier fut appelé le Bourg-Royal, le second le Bourg-d€-la-Reine, & le troisième le Bourg- (..)pivccs & docu- Talon '-ï.. Pour ce même motif, il envoya un très-grand nicnis sur la lenurc nombre dc colons à Bcaupfé, à Beauporl \ à 1 ile d'Orléans. Ainsi, tandis que dans le recensement de 10(36 on ne trouve que cinq cent cinquante-cinq personnes à Québec, on en voit six cent soixante dix-huit à lu cote de (3) Archives oe la Beaupré , cent soixante-douze à la seigneurie de Beau- Zlm. port, & quatre cent soixante-onze dans THe d'Orléans (3;.

Les colons qui avaient à cœur leur établissement Fxrnr roi R faibk pouvaicnt, sans être accablés par le travail, défricher

SI usi&ti:r Li,8 PAR- * , ■ « • 1

TiccuEM «TABus. successivement leur concession, & tirer, après un court espace de temps, de la partie déjà mise en culture, de quoi pourvoirà leur subsillance & à celle de leurs familles, ti Quand une famille a commencé une habitation, écrivait a la même Religieuse, il lui faut deux ou trois ans avant « que d'avoir de quoi se nourrir: mais ces premières dif- « licultés étant passées, ils commencent à être à leur aise; « & s'ils ont de la conduite, ils deviennent riches avec le « temps, autant qu*on le peut être dans un pa}'s nouveau K comme lelt celui-ci. Au commencement, ils vivent de K leurs grains, de leurs légumes & de leur chasse, qui eft « abondante l'hiver. Pour se procurer le vêtement & les « ullensiles du ménage, ils font des planches destinées à « couvrir les maisons, 8: débitent des bois de charpente « qu'ils vendent bien cher. Ayant ainsi le nécessaire, ils « commencent à faire trafic, 8; de la sorte ils s"a\ anccnt <( peu à peu. Ici les blés, les légumes toutes sortes de « grains croissent en abondance : la terre efl une terre à « froment, iv. plus on la découvre en abattant les bois, plus « elle eft fertile & abondante. Sa fertilité a bien paru cette

DêFRICHEMENT DES TERRES. l665.

année, où les farines de Parmée s'ctant gâtées sur mer, il s'cft trouvé ici des blés pour fournir à sa subsiitance, sans faire tort à la provision des habitants. Cela a tellement touché les olficiers des troupes, qu ils ont obtenu (i) Lettres de Mane des terres pour y faire travailler. Aussi, il eft incroyable de nnarnation, lettre combien ce pays se découvre & se peuple partout (i), » p e©?

Le zèle pour Texploitation des terres ne se montra nulle part plus empressé ni plus courageux qu'à Villema* rie. On a vu que les seigneurs de Montréal avaient, à diverses reprises, essayé d'appliquer les colons à Tagriculture, & que les guerres continuelles dont Villemarie était le théâtre, forcèrent les habitants d abandonner leurs champs pour cultiver les terres qui avoisinaient le Fort. Dans cette nécessité, on s était contenté de leur faire des concessions d'une très -petite étendue, avec promesse pourtant d'en donner à chacun de plus considérables quand les circonftances pourraient permettre d'aller travailler au loin. Mais à peine eut-on appris, en 1664, que le Roi allait enfin envoyer des troupes, que plusieurs cobn> demandèrent & obtinrent aussitôt de nouvelles terres, au côteau Saint-Loius, quelques-uns vers la montagne de Montréal, d'autres enfin au pied du Courant, dans le voisinage de la maison fortifiée de Sainte-Marie (*). L année suivante i665, & avant même que les troupes tussent arrivées en Canada, un grand nombre d'autres

A VILLEMAXIE, ZÈLE POUR LS DÉFItiaiE-

NBNT DU Tsans

AVANT MKME l'AMU-

v£e des iroupss.

(*j On a vu que l'Hôtel-Dicu de Villemarie avait aussi été rcduir, plusieurs ibis, â abandonner la culture des terres attribuées pour sa donation. L'arrivée des troupes permettant donc de se livrer aux travaux de la campagne, le Séminaire, en 1666, lui accorda deui cents arpents de terres, joignant les deux cents arpents donnés le 8 avril i65o, & pareillement à titre de fief, sans aucune fedevanoe (»). Enfin, comme les pauvres de l'IIôtel-Dieu n'avaient pas de prairies pour leurs animaux, it leur accorda encore, à la suite de ces quatre cents arpents, toutes les terres non concédées qui, du fleuve Saint-Laurent, s'étendaient vers le lac Saint-Pierre, jusqu'à la premito redoute ; lé tout égalem ent à titre de fief (3).

TOUS lil. t5

(2) Archives du se*mÏMire' de Qpébcc, pepîen conceniant l'HAtd-Dieu de Monh réal. Concession éu 37 juillet 1666.

du a 3 j«a^ t66B.

III* PARTIE» LOUIS XiV.

colons, cncouroLics par Tespérance d'un avenir plus tranquille, rcsoiui ciu d aller i>"ciablir au-dessous du pied du courant & au-delà de la rivière Saiiat-Pierre. Car les terres en deçà de cette rivière, spécialement celles de la pointe Saint-CharleB» avaient^ pour la plupart» été concédées autrefois} & quoique les colonsi à qui elles étaient cen* secs appartenir, eussent été souvent obligés de les laisser inhabitées ou même incultesi ils en conservaient toujours la propriété. Dès qu'on eut donc appris que les troupes étaient en mer, plusieurs allèrent s'établir sur des terres non concédées, les unes au dessous de la ville 6c d autres au delà de la rivière Siùni-Piene, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Ces terres couimencèrent à être appelées alors à Villeniaiic du nom de Cotes, 6i les côtes furent diliinguées entre elles par le nom de quelque Saint. Ainsi on appela Câte Saint'Martin les terres situées au-dessous du domaine de Sainte^Mariei où plusieurs braves colons allèrent les premiers s'établir f ).

Arxèt lWiv<b bK» A peine les troupes fiirent-elles arris ées en Canada» «oupEs, néFrciiE- que d'autrcs aussi demandèrent, dès le mois de décembre éuNCNft» o^B '^^5, & obtinrent des terres plus éloignées, situées sur viixKMAMR. cette partie du bord du fleuve, qui fut désignée sous le

nom de Cote Saint-l'rançois, f\ plus tard sous celui de la Longue-Pointe Le délrichement attirant du jour

(') Ce Aircnt Antoine Beaudry, dit rEspinate, Jean Née, dit Mesiier, Rcnc I czcict, Joseph Beaujour, Pierre Lugerat, dit Dcstnoulitis, Antoine Renault, Jacques Monceaux» dit la Violette, Pitm Dcsautels, dit la Pointe, Urbain Baudercau, syndic des habitants.

De ce nombre, Jacques l'Huilier, dit Desvignes, René Moreau, Pierre Picot, dit la Brie, Antoine lirunet, dit Belle-Humeur^ Urbain Tcssici , dit Lavigne, Ktiennc Truteau, Robert Perroy, Jean (Radieux, Jean de Liizcnu, dit I.i Garenne. Miclicl Muicau, Toussaint Hunaultj dit Dcschami^;», Pierre Guguct;& l'année suivante, Gilbert Barbier, Antoine Coignon, Pierre Meusnier, Pierre Dagenets, Pierre Chicoisne, Pierre (lliaros; enfin, l'année i()(>7, Jaciiucs l.cManc, Claude Jaudoin & d'autres en«:ore. 11 parait que, dans k délrichenisnt

DÉFRICHEMENT DES TERRES. l6ô3.

en jour de nouveaux colons sur des terres plus éloignées

encore, on donna à celles qui venaient après la Longue- Pointe le nom de Côte Sainte- Anne , 8c celles qui suivaient turent désignées sou^ le nom de Cote Saint-Jean(\^^ (ij orciTc d.; viiiequ'on nomma plus tard Pointe-aux-Trembles. Ce nom '4 Jcv. i6û8.

^ . . . , , , , Aâe d'Adhêmar.

prit son origine a une langue uvuncee de terre, complan-

tée d arbres de cette espèce qu'on y voyait alors, & quô les eaux du fleuVe ont fiiit dispafattre depuU longtemp«< Pour la commodité de tous ces colons^ & pour la sûreté de eetté partie éloignée de rtle/ te Séminaire avait formé dé|& ie dessein d'établir un village à la Mnte'CXM^Tfembles, «c dans cette vue, M. de Queylus, an y co&Cédaat» Tannée 1669, des terres à Jean Oury, mit pour condition que les seigneurs pourraient en reprendre, A leur choix, ce qnî scrnit nécessaire pour y bâtir une chapelle un mouim, en remboursant toutefois ù Oury le prix des travaux qu'il y aurait faits, ^ en lui accordant de pkis un ter* rain continu, égal à celui qui serait repris 8c de même nature (2}. L'année de l'arrivée des troupes & la suivante, (2, Archives de la d'autres colons ayant voulu se livrer aussi A l'agriculture, ^oiutc on leur donna des terres situées au-dessus de VlUemarie, 'Zo^^^^n'^ entre la rivière Saint-Pierre 9t le Saut Saim-^Louis» mais m- dedueyius. toujours sur la rive du fleuve Sattit<»Laur«mt (*). Car les seigneurs de Montréal désiraient de faire habiter^ avant .tout, les bords de l'île, en commençant par le côté du grand fleuve, afin qu'on ptit être informé sans délai do Tarrivée des Iroquois, s""!!» faisaient quelque descente dans ces lieux, fk qu'on s'y trouvât en nombre suffisant pour les repousser. Aussi, dans ces côtes lointaines, n'accor-

de ces i^erntèrcâ terres, une partie nôtaWe de bols fut consumée pôr

le feu, ce qui Ht appeler ce quartier du nom de Buis-Brûlé (3), sous (?) Greffe lié Ville-

lequel H eft désigné dans plusieurs aftcS. marie» ai> mat tGGy.

f) De ce nombre. Mathurin ThihodeaU) Mathieu Lorrion, Jcartbaptilte Gadots, Jacques Giteau, dit Joli^Gceur, Toussaitit Bcdudry, FnnçolM Boté, Orégoif» Simon, Jmiti Milot, Uillandicr» Pierre Panier, dit Leplante, Juques Beettvaii, dit SelnMeniéS*

rA» ut» KMUinni*

MlKWTliAL.

dait-on guère de concessions qu'à un certain nombre de particuliers courageux, résolus à s'y établir de concert, atin de se porter mutuellement secours en cas d'attaque. Pour procurer même à Villemarie un polie avancé, en ùivorit sant ainsi le défrichement des terres, M. de Qucylus érigea un fief noble au-dessus de la rivière Saint- Pierre^ Ik le donna à un jeune Normand plein de résolution & de cou* rage, qu'il eft à propos de faire connaître id.

mr oomii A LA ULLK Rcoé Robert Cavelier de La Salle, né à Rouen en 1643 , d'une riche iamille, entré d abord comme novice dans la Compagnie de Jésus, & privé pour cela de 1 héri- 1 Greflè de Ville- tage de ses parents (*), était ensuite passé à Villemarie (i) marie. Aflc. de Bas. ^j^jjg l'espénince de s'y livrer à de grandes entreprises,

8ct, i" nov. 1607. *^ J ^ frt

ContratdcimfMflede Attiré saus doute par M. Jean Cavelier, son frère, docteur Bugnet. en théologie, prêtre du Séminaire dont on a parlé déjà.

M. de Queylus Taccueillit avec bonté, 6c pour lui procurer le moyen de servir la colonie de Montréal & de s'y étabhr avec avantage, il lui accorda gratuitoxient un iief noble en face du Saut Saint-Louis, dans un endroit de l'île où le Séminaire avait déjà résolu d'établir une bourgade. Il ne lui donna point alors de titre écrit, apparemment pour pouvoir juger de la conllancc de ce jeune homme, ou peutêtre parce que l état du pays était encore trop incertain. En accordant à M. Du Puis, major de l'île, la première redoute, du côté du lac Saint-Pierre, le Séminaire ne lui

^* Telles étaient alors les tlispositions des lois, pnuremp^chcrqiic ks ianullcs ne fussent troublées par les personnes qui, s'étant vouées à la vie religieuse, s'en feciraient ensuite volontairement. Ainsi, le 3f> janvier j63i, le Parlement de Paris déclara que Charles Begat,

(3) Mercure Fran- prêtre, qui, étant entré dans la Compagnie de Jésus, y avait vécu de L. XVII, année pauvfeté, n'était pas recevable, luprH deux ant de probation, à re-

i63i, p. 74ctsuiv. cueillir la succession de son frère; & orilonna qu'il jouirait de l'usuitiln^ P^P"^*^ ^'^ truit du tiers des immeubles, par forme d'aliments (a). 11 parait, de M de Momuu^'^à ^^''^P'^^^ papiers de la famille de La SaUe, qu'on ne lui avait assigné Roueii. ' ^''^'^ ^^'^^ livres de pension (3). Plus tard, il fut juge au Conseil

(4) * Le prc^dcnt dcpèche<; que les ex-jésuites pouvaient rentrer dan& leurs biens Heiuult, aniMîc 1755. jusqu'à l'âge de trente-trois ans (4).

DÉFRICHEMENT DES TERRES. l665. 229

avait pas non plus donné d'écrit. Le fief pour le ^eur de La Salle, qui semble avoir été d'une assez vafte étendue»

fut érigé sans aucun droit de jultice, quoique avec droit de moulin seiG;nciirial, à la seule charge d^une médaille d ar- ,nlnc^^'j!!ïvfer ÏÏ!*" gent fin, du poids d'un marc, à chaque mutation de sei- Transport ^ ta wigneur(i). «jjwri* * sri»i.Sui.

xxni.

La :^alle parut s'appliquer tout entier a 1 établissement étabussemkxt u'vs de sa seigneurie: & par reconnaissance sans doute pour »'«-»^ ses bienfaîtears, la suraomma^ff Samt'Sulpice, d'où la c6te fut appelée du même nom, le premier qui lui ait été donné dans les aétes publics. Il y commença des défrichements & des conilruÂions, traça Tenceinte du futur village où tous les colons devaient avoir une maison pour s^ mettre à couvert des Iroquois, & fit aussitôt diverses concessions de terre, donnant à chacun des nouveaux colons soixante arpents, & en outre un demi arpent dans l'en- ' ceinte du village. Les cens qu'il leur imposa devaient être payés non à la Saint-Martin, mais à la lète de Saint-Sulpice : c'étaient deux liards pour chaque arpent de terre, & trois chapons six deniers tournois pour le demi-arpent du village.* Mais comme le chemin de \^ieroarie à la côte Saint-Sulpice était encore peu praticable À cause des abatîs d'arbres qu'on y rencontrait, ce qui avsàt rendu très -difficile le transport des choses nécessaires à la formation de la nouvelle bourgade, La Salle, tant pour récompenser les habitants, déjà établis dans ce lieu, des peines qu'ils avaient prises, que pour les dédommager des dépenses qu'ils avaient faites^ ^s; peut-être aussi pour en attirer d'autres, les tint quittes de toute rente seigneuriale jusqu'en Tannée 1671, pourvu qu'ils y eussent feu & lieu à la Saint-Jean de Tannée 1669. Enfin, il leur donna à tous le droit de pcchc devant leur concession & de chasse sur leurs terres, & sépara de son fief deux cents arpents vers le lac Saint* Pierre, pour commune, où chacun pourrait'faire paître ses (>) Ofdfe d* viiic. befiiaux moyennant une redevance de cinq soqs chaque c^c^e^Jondeu s^te

année (a). à BarthâeflnjrVinet.

93o m" PARTIE. l-OUii XIV.

CKNtROS.TK DES Sll

Le Séminaire de Villemarie, non content do donner GNEUBsuKBosTnÉAL jjyjj colons cJcs terfcs à défricher, leur faisait encore des niPKicHwim, laruessc's pour les mettre en valeur. Il se montra même si généreux, surtout tliins ces premiers temps, que, donnant au delà de ses moyens, il contracta des dettes en France, dont l iicquittemcnt le tint lui-même bien des années dans la gêne, comme la suite le montrera. « Pendant treize ou « quatorze années, depuis qu il a le soin de Ttle de Monc tréal, écrivait M. Tronson à Colbert, en 1677, toutes « les concesiions que le Sômmuîre a données i des parti< « cuUers pour défricher des terres ont été gratuites, sans 4f autres redevances que de quelques deniers par arpent. « Ceux à qui il les avait données n'ayant pas, pour la a plupart, le moyen de les défricher & de les faire valoir, « il a été obligé de les assiftcr & même quelquefois de B contribuer à une partie de la dépense nécessaire pour « le défrichement de ces mêmes terres. Quant au revenu « qu'il tire de celles qu'il fait défricher lui-même pour son a Uiiage particulier, il cû si peu de chose, eu égard aux « dépenses qu'il a lallu laa c, \[ ne rapporte pas le 1 deux pour cent, sans compter les dépenses communes u k générales, auxquelles il elt obligé, pour Tadminifto-a- « tîon de la juilice 8c les autres charges publiques qui! a xo man 1077. et « soutonues jusqu^à présent j comme il parait par les SÎSrtïï • «>roptes k les états de chaque année (i). »

!i] Lettre;, lic M Trunsua ; Flacel ilu

Korvv:!. Asprrr ni-'or-

I BE J.E PA\8 P.\B Lt:

Ainsi, après l'arrivée des troupes & la guerre portée chez les Apniers, le pays sembla changer de face par la facilité qu'eurent alors les colons de se livrer en toute liberté aux travaux de l'agriculture. Ce nouvel ordre de choses faisait dire au Père Le Mercier dans sa Relation, vers la fin de Tannée \bt)-j : « Autrefois Tlroquois « nous tenait se^rL^ de si près qu'on n'osait pus même « cultiver les terres qui étaient sous le canon des Forts^ « bien moins aller découvrir au loin les avantages qu'on « doit attendre d'un sol qui n'a presque rien de différent < de celui de la France. Mais à présent que la terreur des

DÉFRICHEMENT DES TERRES. l665.

« armes de Sa Majellé a rempli d'effirol ces barbares & les

« a réduits à rechercher notre amitié» au lieu des saH'»

a glantes guerres dont Us nous moleftalent Incessamment,

« nous décou\ ronsj pendant le calme, quelles peuvent

« être les richesses de ce pays, k combien grandes sont

« les comniodités qu'on s'en doit promettre. De fait, la

« paix ayant été conclue avec toutes les nations Troquoi^es,

« après de pressantes inllances qu't^Hes ont faites par leurs

« ambassadeurs, alors les habitants des colonies ont vu

< qu'ils pouvaient s'étendre au large ^ labourer leurs

« terres avec un parfait repos 8c une entière sûreté, tant à

« cuutiu de cctto paix que do la continuation des soins

« qu^on prend de garder & d'augmenter les Forts des fronr

« tldres, k de les munir de toutes choses nécessaires èi

« leur conservation & à celle des soldats qui les défen*

« dent (i). > ■ Il fait beau voir à présent, lit-on dans la (i)Retaiimidei667,

fl relation de Tannée suivante t668, presque tous les rivages ^'

« de notre fleuve de Saint-Laurent habités de nouvelles

« colonies qui vont sYtendant sur plus de quatre-vingts

« lieues de pays le long des bords de cette grande rivière,

B où l'on voit naître, d'espace en espace, de nouvelles

" bourgades qui facilitent la navigation, la rendent & plus

« agréable par la vue de quantité de maisons, &piu&com-

« mode par de fréquents lieux de repos. »

Mais ceux qui prirent ainsi des concessions ne mon-* trërent pas tous la même conilance à les mettre en valeur, k il ef> nécessaire d'entrer ici dans quelques détails pour faire connaître les difficultés qu^on eut à vaincre dans le premier défrichement des terres, détails que nous empruntons de la colonie de Villemarie, mais qui pourront donner une idée des obf!acles dont on eut à triompher ailleurs. M. Talon se trouvant dans cette ville au mois de mai 1667, plusieurs habitants zélés pour Tax-nncement du pays lui représentèrent que leur bonne volonté était rendue inefficace par la négligence de leurs voisins, qui n'abattaient point les bois de leurs concessions & retardaient par

*\cw» Hninm tm

Page 1