‹ Histoire de la colonie française du SénégalChapitre 19 sur 20 · TRAVAUX PUBLICS ET INSTRUCTION PUBUQUE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS ET INSTRUCTION PUBUQUE

Nous venons de passer en revue les immenses richesses que renferme la Sénégambie. Deux choses lui manquent pour les exploiter utilement et devenir une colonie des plus florissantes : ce sont des voies de communication et une population instruite et éclairée. Le Gouvernement peut lui fournir les premières par des travaux habilement conduits ; quant à la seconde, qui ne peut être demandée que dans une mesure très-restreinte à Témigration européenne, c'est encore à TÉtat qu'il appartient de la créer en élevant les indigènes par Tinstruction au niveau de la civilisation moderne. En poursuivant ce double but il ne sortira pas de son domaine et il fera davantage pour la prospérité de la colonie qu'en dépensant des millions comme jadis dans des tentatives forcément artificielles de colonisation agricole ou d'exploitation minière.

Depuis quelques années le Gouvernement du Sénégal est entré résolument dans la voie des grands travaux publics. Si Ton considère uniquement la partie agglomérée des possessions françaises en Sénégambie, celle où aucune autre puissance euro-

péenne ne peut élever de prétentions, on verra qu'elle comprend trois rég'ions : le Cap Vert et les rivagres de la baie de Oorée, la vallée du Sénég'al et le Soudan occidental. Les deux premières ne communiquent guère que par mer : séparées par un pays indépendant jusqu'au traité de 1882, elles n'avaient pu être réunies d^une manière efficace par l'étroite bande de littoral inhabité où le général Faidherbe avait fait passer la ligne télégraphique. La soumission du Cayor amènera la soudure si longtemps désirée, et le chemin de fer de Saint-Louis à Dakar produira la fusion morale des deux fractions les plus riches de la colonie. Déjà en exploitation entre Dakar et Rufisque, cette ligne si utile sera probablement terminée en 1885. Avec ses neuf stations de M'pal, Louga, Kébemar, N'dande, Kelle, Périgourey, Tivaonone, Thiès et Pout et ses six haltes intermédiaires de Rao, Sakal, Guéoul, Mekhé, Sébikhotane et Tiaroye, elle permettra d'exploiter commercialement le Cayor tout entier, qui sera bientôt assimilé aux autres provinces françaises du Sénégal.

A l'autre extrémité de la colonie, dans le Soudan occidental, récemment soumis à la France, un autre chemin de fer est en construction. Il est destiné à réunir, par une voie rapide et économique, la partie navigable du Sénégal à la partie navigable du Niger. Son point de départ est à Rayes à 16 kilomètres en aval de Médine ; son objectif est Bammako, qui n'est qu'à quelques kilomètres en amont des roches de Sotuba, en dessous desquelles le cours du Niger peut être descendu en toute saison par de fortes embarcations jusqu'aux rapides de Boussa, où périt Mungo-Park. Les Chambres, malgré une opposition aussi énergique que peu patriotique, ont voté les fonds nécessaires pour pousser les travaux jusqu'à Bafoulabé^ soit environ le quart de la distance. C'est avant tout à un intérêt stratégique que répond cette ligne ferrée, qui est destinée à porter un jour la civilisation jusqu'au centre de l'Afrique. Les difficultés de ravitaillement que présentent les divers postes échelonnés entre Médine et le Niger sont immenses. C'est uniquement à dos d'dnes que tous les transports doivent être faits et il a fallu commencer par tracer à la

pioche une route pour les bêtes de somme. Les frai^ occasionnés par une méthode aussi primitive sont énormes : on a calculé qu'ils reviennent à un million chaque année. Encore est- elle très-incertaine. Le chef de l'expédition voit sans cesse la santé et la vie de ses hommes, et par suite la grande œuvre entreprise par la France, à la merci d^dniers indisciplinés. C*est donc une raison d'économie et de sécurité qui a fait entreprendre la construction du cl^min de fer du Soudan. U faut s'attendre pendant les premières années d'e^pploitation à ce qu'il n'ait ^uère d*autre aliment de traflc que les troupes, Les vivres et les munitions destiqés au ravitaillement des postes militaires, Il e^t évident que pendant un certain temps on devra &q contenter de ce divi* dende jnoral dont parlait le colonel Desbordes. <( La France et TAngleterre, disait-il à Bammako (1), ont dépensé plus de 600 millions pour assurer Tabolitiou de hi traite. La France répufoli^ caine peut dépenser quelques millions pour mxKlifier peu à peu, en procédant avec sagesse et prudence, l'organisation vicieuse, improductive, immorale, qui est si chère à tous ces peuples. Alors mdme que nos travaux ne serviraient (^u^à faire triompher cette grande idée dliumanité, avouez que nous serions largement payés de tous nos efforts, et que bien peu de chemins de fer auraient un si beau dividende que colui qui doit relier Je Sénégal au Niger. # Il ne faudrait pas s'imaginer cependant que cette prismière période, forcément improductive, se prolongera indéfiniment. Dès que le commerce français au^'a pris sérieusement possession des marchés du Soudan, et il dépend en grande partie de lui seul de hdter ce moment, les éléments d'un trafic rémunérateur se présenterout d'eux mêmes. Combien de difficultés seront enlevées sous les pas do ceux de nos commerçants qui n'hériteront pas k engager leurs capitaux au Soudan, par l'existence môme du diemin de fjer ! Lorsque le négociant de Mar-

(J) Discoui's prononcé le 5 février 1883.

seille ou de Bordeaux ne sera séparé que par une vinfftaine de jours de voyage de ae^ comptoirs du l\aut Niger, il se lancera avec beaucoup moins d'arrière-pensées dans ce lointain champ de labeur. Diminuer les distances c'est donner au oomn^aroe toutes sortes de facilités nouvelles. Le cbemin de fer du Niger ouvrira à la France ce monde à peine entrevu et ni rempli de promesses qui s'appelle le Soudan. Ses adversaires français, avec une persistance que peuvent seules expliquer des préoC'* cupations de parti, s'obstinent à parler de difficultés teebniques insurmontables que devrait rencontrer la coustruction de la voie, malgré les conclusions, tout opposées ^ ces affirmations gratuites, des Galliéni, des Derrien et des Pesbordes. Ils exagè* rent comme à plaisir les vides que fera le climat dans le persoqnel des travaux, comme si une entreprise semblable, œuvre de paix et de civilisation, i\e valait pas les quelques vies qui pour-^ront être sacrifiées à son accomplissement ! A tous ces dénigrerments systématiques le ministère répond désormais oomme le philosophe antique qui prouvait le mouvement — en marchant ; il démontre la possibilité du chemin de fer du Soudan ^ par son exécution même-

Pour compléter le réseau des chemins de fer sénégalais et relier les deux lignes en construction, le Gouveruem^J^t avait présenté au Parlement un projet de voie ferrée longeant la vallée du Sénégal en dehors de la zone inondée. La bifurcation des deu^ lignes était à la station de MTal Pes raisons budgétaires ont fait rejeter définitivement ce projet. Il n'y a pan lieu de le regretter, car le fleuve lui-môme, tout imparfait qu'il soit pour la navigation, aurait fait au chemin de fer une concurrence qui lui aurait difficilement permis de vivre. Un autre tracé avait été proposé par M. Gasconî, le député du Sénégal, vaillant défenseur des entreprises françaises au Soudan : il partait également de M'Pal et se dirigeait en ligne directe vers Bakel; le voyage d'exploratipn de MM. Mûîlteil et Sorin a démontré qu'il ne traverserait que des pays fort peu peuplés ou entièrement inhabités. Il y avait cependant quelque chose do

juste dans la pensée d'éloig^ner la ligne du cours du Sénégral. Il nous semble, en effet, que si, dans un avenir lointain, le chemin de fer du Soudan doit être prolongé jusqu'à la côte, ce sera à travers les pays qui séparent le Sénégal de la Gambie. Ce chemin de fer intersénégambien, pour employer une expression du docteur Ricard (i), traverserait le Bambouk, franchirait la Falémé vers Sansandig, passerait par la partie méridionale du Bondou, parcourrait le Wouli, le Niani, le Saloum, le Sine et le Baol et aboutirait à Thiès ou à Rufisque sur la ligne de Dakar à Saint-Louis, drainant vers le grand port de notre colonie tous les produits de la Haute-Gambie.

Si un chemin de fer entre Kayes et la côte n'offre actuellement aucune utilité, il est d'une extrême urgence d'améliorer le cours du Sénégal. Peut-être môme eût-il été plus sage d'exécuter ces travaux indispensables avant de se lancer dans le Soudan. Les navires qui peuvent franchir la barre remontent toute Tannée jusqu'au Mafou à 60 kilomètres au-dessus de Podor ; du 15 juillet au 1" novembre ils peuvent atteindre Bakel; du 1" août au 1" octobre ils remontent jusqu'à Médine ; passé le 15 novembre le barrage de Mafou devient infranchissable. Ces dates n'ont d'ailleurs rien de strictement exact ; elles varient chaque année de quelques jours, suivant l'intensité de la crue. Pendant toute la saison sèche les chalands qui ne calent pas plus de 30 centimètres à vide^ se rendent à Bakel en déchargeant leurs marchandises au pied des barrages qu'ils franchissent sur des rouleaux à force de bras. On comprend les entraves que cet état de choses apporte au commerce. Au point

(1) Il appelait de ce nom un canal dont il proposait la construction entre la Falémé et la baie do Gorée. Un chemin de fer aurait les mêmes avantages politiques et économiques, sans rencontrer les mémos difficultés d'exécution. Il est douteux qu'après la saison des pluies la Falémé put alimenter un semblable canal.

de vue politique il devient un sujet de graves préoccupations depuis que le Soudan est occupé par nos troupes, qui se trouvent une grande partie de Tannée presque entièrement séparées du reste du monde et éloignées de tout secours en cas de soulèvement. Une semblable situation pourrait amener de sérieuses complications. On n'a pas oublié, en effet, que lors du siège de Médine, l'héroïsme de Paul HoUe aurait été vain, si la crue du fleuve s'était fait attendre seulement quelques jours de plus. Il faut chercher sans plus tarder à améliorer la navigation du Sénégal pendant la saison sèche. Malgré les études de MM. Braouézec etParchappe (1860), Cazet et Touchard (1862), Aube, Dordolot — Dessart (1878), les avis sont encore partagés sur les moyens à employer. Les uns proposent de creuser à la drague des chenaux dans les principaux barrages et espèrent que Ton pourrait ainsi livrer passage à des vapeurs calant 1",50; d'autres craignent que ces travaux n'eussent pour résultat de faciliter Técoulement des eaux vers la mer, les barrages constituant de véritables écluses, et d'amener le dessèchement complet du haut-fleuve dans l'intervalle des crues. La question vaut la peine d'être étudiée, et l'un des premiers soins du gouvernement devrait être d'envoyer une mission hydrographique au Sénégal. Pour arriver à bien connaître le régime des crues, il serait utile de faire observer dans chaque poste, par un procédé uniforme, les variations dans le niveau du fleuve et de faire annoncer par le télégraphe à Saint-Louis chaque fois qu'il aurait atteint la hauteur suffisante pour le passage d'un navire. Ces observations, obtenues presque sans frais, seraient d'une grande utilité pour la navigation.

Après la construction des chemins de fer et les travaux hydrauliques, la création de bonnes routes s'impose avant tout. La colonie en est à peu près dépourvue. Cependant elles rendraient au commerce des services de tous les instants, et faciliteraient en bien des endroits les transports de troupes. Une route de Saint-Louis à Dagana par Mérinaghen donnerait accès dans rintérieur du Oualo. Une autre reliant Rufisque à Portudal et à

Joal, deux centres en progrëd depuis quelques années (I), leur serait certainement d*un grand secours.

Les lignes télégraphiques du Sénégal sont à peu près aclievécs. Gorée est reliée à Dakar, Dakar à Baint-Louis, et do Saint-Louis Jusqu'à Dnmmako la ligne n'est interrompue qu'entre Saldé et Bakel. Il y a lieu d'espérer que cette interruption cessera bientôt. Un cûble sous-marin reliera prochainement le Sénégal à la France. Son point de départ sera eu Espagne et il gagnera Dakar par les Canaries. Aux termes du cahier des charges, il doit fonctionner dès le commencement de janvier 1884. Il ne restera plus qu'à le prolonger vers la Casamance et les rivières du Sud pour compléter le réseau.

La question de l'instruction publique a au Sénégal une importance capitale que le général Faidherbe, seul parmi tousi les gouverneurs de la colonie, a pressentie jusqu'ici. En effet, le climat s'oppose à l'introduction en Bénégambie de ces nombreux immigrants qui viennent avec leurs familles se fixer définitivement dans certains pays neufs, tels que l'Amérique, rAustralîe. l'Algérie, et y faire souche de nombreux descendants. La question de l'acclimatement des Européens et de la création d'une race de créoles dans l'Afrique équatoriale est loin d'être résolue (2). On ne peut compter efficacement au Sénégal que sur un petit nombre de Français venant y passer quelques années en qualité de fonctionnaires, militaires, commerçants, agriculteurs ou ingénieurs, et qui, leur temps do séjour terminé ou leur fortune faite, se hâtent de regagner leur patrie. Cet élément de la population sénégalaise, qui renferme l'élite de l'instruction et des lumières, a un rôle considérable à jouer dans la régéné-

•*Mi

(1) La population (l(»Jonï (1987 h.) dépa-sse cello de l^iifisiiuo (1193 li.) (Annnaire du Sêni'unl, 1882.)

(2) II existe à Saint-Louis quelques familles qui y soûl î'Uiblics depuis plusieurs jifêncrutioiiH. Ou cite de» Ëurupôcus qui liahileiit depuis 10 a 25 uns tes points les plus malsains do la f<Me occidentale tels que la Gambie f*l Sierra Leone. Mais ces quelques faits isolés ne sont pas cutiûrcment concluants.

ration du pays. Audsl ne devrait-oti rien négliger pouf Tattirer et le retenir. Mais si Toû ne pouvait compter que sur cet élé** ment, forcément mobile et sans cesse renouvelé, on ne pourrait g'uère espérer poUr la colonie de réels progrès moraux. Heureusement la population indigène a déjà montré par de nombreux exemples qu'elle est capable de sortir de la barbarie et de s'élever avec le temps à nu degré supérieur de civilisation. Les Yolofd, les Sérères, les Mandtngues, les Barrakolets, les toucouleurs, avec lesquels nos établissements sont journellement en rapports ne sont nullement incapables de culture et de progrès. Les voyageurs qui ont longtemps vécu au milieu de ces peuples, qui ont appris leur langue, qui se sont initiés à leur mode d'existence et à leurs habitudes intimes, ont reconnu en eux une intelligence à peine éveillée et uniquement tournée vers les besoins matériels de la vie, mais parfaitement susceptible de développement. Les indigènes qui ont eu le rare privilège de recevoir dans les villes de la colonie une instruction européenne , se montrent tout de suite infiniment supérieurs Il leurs compatriotes. Au contact de notre civilisation les noirs ont donné tion seulement des employés de commerce, de hardis marins, des soldats disciplinés et quelques ouvriers habiles, mais encore des officiers, des Conducteurs des pontô-etchaussées, des colistructeurs de télégraphe (1).

Il n'y a pas lieu de désespérer d*une race qui a déjà produit des hommes à qui on a pu coUfier un commandement militaire ou la direction d'importants travaux publics. On doit chercher à augmenter le plus possible le nombre d*auxiliaires aussi précieux de la grande œuvre de civilisation que la france a entreprise dans l'Afrique occidentale. Avec Taide des indigènes civilisés, le climat sera définitivement vaincu, le commerce prendra un développement sans limites, l'agriculture deviendra

(1) C'est uu iugénicur indigèue, M. Mademba, qui a construit, avec des ouvriers noirs, la ligue de Médiue à Bammako.

florissante, les mines seront facilement exploitables, Tindustrie pourra recevoir une vigoureuse impulsion. Le premier devoir du Gouvernement est de répandre à pleines mains Tinstruction parmi les noirs du Sénégal. Assez longtemps la France s'est contentée de les abrutir avec de Teau-de-vie et de les livrer à l'esclavage ; le moment est venu de réparer les criantes iniquités du passé, en leur apportant non seulement le bien être matériel, mais encore le progrès moral. L'argent dépensé à cette œuvre ne sera pas perdu ; ce sera un capital placé à gros intérêts, puisqu'il servira à former de futurs ouvriers pour la mise en valeur économique du pays.

Au point de vue de l'instruction publique, tout est à organiser dans la colonie. D'après les documents officiels, le nombre des instituteurs est de 18, celui des institutrices de 17; la population scolaire est de 802 garçons et 324 filles (1). Ces chiffres sont bien faibles, si on les rapproche de celui des 197,000 habitants immédiatement soumis à la France. Saint-Louis possède trois écoles françaises: une laïque, une catholique, une protestante, et onze écoles arabes ; Gorée, quatre écoles arabes et une française (catholique) ; Dakar, trois écoles arabes et une française (catholique) ; Rufisque , trois écoles arabes et une française (laïque) ; Joal et Sédhiou, chacun une école arabe et une française (catholique) (2j. C'est à cela que se borne Tinstruction publique dans la colonie.

Il serait temps d'organiser sérieusement l'enseignement primaire. Chaque ville importante devrait avoir au moins une école laïque de garçons et de filles. A celles qui viennent d'être énumérées, il conviendrait d'ajouter Dagana, Podor, Bakel et Portudal qui sont entièrement privés d'écoles et qui ont besoin d^en être pourvus. Mais il ne suffit pas d'en placer dans les

(1) Les colonies françaises (Revue maritime et coloniale, t. LXXVII, p. 406.)

(2) Bour. — Étude sur le fleuve Cazaniance. (Revue maritime et coloniale f t.LXXV, p. 344.)

grands centres; il faudrait hftter le moment où, comme eu France, chaque villagre aura son instituteur. Dans les postes éloignés, on pourrait expérimenter an système imaginé par Tamiral Fleuriot de Langle, lorsqu'il commandait l'établissement de Grand-Bassam : il avait ouvert une école où les leçons étaient données par les sous-oficiers de la garnison et qui réussit parfaitement (1). Il importe que partout où flotte notre drapeau, on voie briller k côté de lui les lumières de rinstmction.

Un établissement d'enseignement secondaire, approprié aux besoins de la colonie, rendrait les plus grands services. Il pourrait remplacer l'ancienne école des Otages, former des interprètes, des instituteurs et des employés, et préparer les jeunes gens d'élite destinés à aller terminer leurs études en France pour en revenir militaires, mécaniciens, ingénieurs, etc.

A côté de l'instruction générale, il faut organiser aussi une instruction professionnelle. Les missionnaires catholiques de Joal ont eu l'heureuse inspiration de créer une école industrielle qui fournit les seuls ouvriers capables que l'on puisse trouver dans la colonie, mais qui est insuffisante pour répondre aux besoins. L'État devrait en établir une à Dakar, où Ton formerait des maçons, des menuisiers, des forgerons, des charrons, des bûcherons, dont le nombre n'est pas assez considérable ou qui manquent entièrement. Enfin l'organisation d*un enseignement agricole pratique est vivement désirable. Nous demanderions la création de quatre fermes-écoles : Tune pourrait être placée dans le Cayor ; elle recevrait les élèves du Oualo , du Cayor et des pays Sérères , et enseignerait la culture de l'arachide ainsi que les cultures maraichères trop négligées des noirs. La deuxième , placée dans le Fouta, recevrait les élèves du haut-fleuve et joindrait aux cultures désignées celles du coton et de l'indigo. La troisième , pla-

(1) Croisières de la côte d'Âiriqoe. (Tour du Monde, 187S, 2-* sera., p. 391.)

cée en Casamance aurait pour caractéristique l'exploitation des rizières ; enfin, la dernière, au Rio-Nunez, cultiverait, outre les plantes du pays, le caféier qu'il serait si utile de sauver de la destruction. Ainsi réparti, renseignement professionnel répandrait ses bienfaits sur toute la contrée et de toutes parts on verrait surgir des jeunes gens imbus des idées françaises et désireux de travailler à la rénovation de leur pays.

« Instruisons, disait naguère M. Foncin (i); ouvrons des écoles ; répandons à flots la lumière. C'est encore le plus sûr moyen de faire pénétrer dans le Soudan comme partout l'influence de nos idées et le respect, je dirai même l'amour de notre civilisation. »

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