‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 103 sur 326 · TOME iri · texte numérisé non relu

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I 14 n.*^ PARTIE. LOUIS XIV;, CHEF DE LA COLONIE. l665.

'i) Écrits autô..-raplics de la Sœur Bour-

gCO}'S.

DÉCLARATION DE M. DE MAISONNEIj'VE Sun SON LIT DE >;ORT.

lorsque quelqu'un deux allait le visiter à Paris dans sa modefle retraite. « Le lendemain de mon arrivée^, » raconte la Sœur Bourgeoys, parlant de son voyage, en 1 670, pour solliciter des lettres patentes en faveur de son inltitut, j'allai au Séminaire de Saint-Sulpice pour savoir où je pourrais trouver M. de Maisonneuve. Il était logé au Fossé-Saint- Victor, proche des PP. de la D'oclrine chrétienne, & j'arrivai chez lui assez tard. Il n y avait que quelques jours qu'il avait fait garnir une petite chambre 8c conlfruire une cabane à la façon du Canada, afin d'y loger quelques personnes qui viendraient de Montréal. Je frappai à la porte, & lui-même descendit pour m'ouvrir; car il était logé au deuxième étage, avec Louis Frin, son serviteur, & il m'ouvrit la porte avec une trèsgrande joie (i) {*). »

M. de Maisonneuve employa à se préparer à la mort les onze années qu'il vécut encore depuis son départ de la Nouvelle-France, & Dieu, qui l'avait toujours visiblement protégé dans toute sa vie publique, se plut à le bénir surtout à la lin de ses jours. Non-seulement il lui fit ense-

[2] .Annales i!e l'Hctel-Dieu Saint-Joseph, par la Sœur Morin.

^3 Vie de la Sœur Bourgcoys, t. I'', p. 227.

(4) Greffe de Villcmaric. Inventaire des titres de mademoiselle Mance.

(*) Ravi d'avoir fait préparer, comme tout exprès, cette cabane pour que !a Sœur Bourgeoys y logeât ainsi la première, M. de Maisonneuve s'empressa de lui donner à souper; & désirant qu'il ne manquât rien au repas, il alla en personne^ comme le fait remarquer la Sœur Morin. chercher une bouteille de vin chez un marchand du voisinage, car, ajoute-t-elle, «quoiqu'il n'eût qu'un seul domeltique, (c il le servait plus qu'il n'en était servi (2). » Cette hospitalité si cordiale & si prévenante ne fut pas le seul service que M. de Maisonneuve rendit à la Sœur Bourgeoys. Lorsqu'elle eut obtenu ses lettres patentes, comme elle était à Rouen avec dix ou onze filles, dont six pour sa communauté, & les autres destinées à Villeniarie, il lui envoya Louis Frin, chargé pour chacune d'elles ti'Lin mandat de deux cents livres, &. d'une rétribution journalière de onze sous six deniers jusqu'à leur arrivée à Québec; secours qui, selon toutes les apparences, leur était procuré par le miniftre Colbert, très-dévoué à l'œuvre de Villemarie (3). Enfin, â Paris, M. de Maisonneuve était comme l'agent officieux de ceux des habitants de cette colonie â qui il pouvait rendre quelque service (4).

M. DE MAlSONNKUVi: RENVOYÉ EN 1-RANCb;. I (')65 . Il5

\elir, dans l'obscurité d'une vie cachée 8: d'une retraite inconnue, toute sa gloire militaire, il daigna encore lui ôter à lui-même la joie du succès de ses entreprises précédentes & des grands services qu'il avait rendus au Canada. L'un des plus signalés avait été sans doute d'y conduire, en i653, la recrue de cent hommes : ce qui, en 16S7, faisait dire à M. de Denonville, Gouverneur général, & à M. de Champigny, intendant, dans une lettre à la Cour : (I Ces cent hommes ont sauvé Tîle de Montréal & (1 tout le Canada aussi (i). » Néanmoins, M. de Laval (i) Archives de la avant appris que, dans la somme de soixante-quinze i"^""'^- Coiomes en

-.,11- 1 • » ^ < t ^ général, t. XVI. Mé-

miUe livres que ces hommes avaient coûte a la Compa- moire de 1687 sur gnie de Montréal, M. de Maisonneuve avait fait entrer l'hôp'tai de Montréal. vin^t deux mille livres de la fondation de THôtel-Dieu, que mademoiselle Mance échangea alors pour cent arpents de terres défrichées du domaine des seigneurs, ce prélat voulut alarmer la conscience de M. de Maisonneuve sur l'emploi de ces vingt-deux mille livres, & revint une multitude de fois sur ce sujet. Comme il exigeait même que mademoiselle Mance reftituàt la somme , ou qu'à son défaut le Séminaire de Saint-Sulpice la rendît à l'Hôtel- Dieu, M. de Maisonneuve fut très- sensiblement affligé de ces poursuites, qu'il jugeait contraires à l'équité; jusquelà que, sur son lit de mort, il fit un écrit pour déclarer que ni le Séminaire ni mademoiselle Mance n'étaient tenus à aucune rellitution. Il efl à remarc[uer qu'il donna cette déclaration de son propre mouvement, sans y avoir été ^^~^ Lettres de m.

*^ \ ^ j I ronsonauSeininaire

invité par personne, uniquement pour l'acquit de sa con- de viiiemaric. Lettre science, au moment où il allait paraître devant Dieu (2). '^ ^^- ^'^"'>' '^^°'

Nous ne connaissons pas les autres circonffances qui mcut dkm. dk maisonprécédèrent & accompagnèrent son trépas; mais ce der- ^'^'■^'^•

nier trait montre assez que M. de Maisonneuve porta jusque dans les bras de la mort cette droiture confiante ^ invariable qui avait été le caractère de toute sa vie. Nous pouvons ajouter qu'il s'endormit dans le Seigneur avec une confiance d'autant plus parfaite que, n'ayant point reçu

Il6 11* PARTIE. LOUIS XIV, CHEF DE LA COLONIE.

( I ) titat civil de Paris, paroisse Saint- Etienne-du-Mont, lo sept. 1676. Lettres de M. Tronson au sémînairedeVillemarie, 5 avril 1C77, p. 72.

(2) Ibid. Lettre à M. Ranuyer, i3 mai i(38q.

(3) Ecrits autographes de la Sœur Bourgeoys.

sur la terre la récompense de ses immenses services, il était plus assuré de la recevoir tout entière dans le Ciel. Il mourut à Paris, dans son domicile ordinaire, situé sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, entre les portes Saint-Marcel & Saint-Vidor, le 9 du mois de septembre 1676. Du moins le lendemain, qui était un jeudi, son corps fut transporté dans Téglise des PP. de la Dodrine chrétienne, où Ton fit ses obsèques (i) {*),

(*) En quittant Villemarie, il avait laissé dans l'appartement du Fort qu'il occupait divers objets mobiliers, entre autres une tapisserie, dont M. Tronson demanda de faire l'eltimation, ainsi que celle des sommes qui pouvaient lui être dues à Villemarie (2), sans doute pour en donner le prix aux pauvres, dans les intentions du défunt. Sa mort fut vivement sentie par tous ceux qui avaient eu le bonheur de vivre sous son gouvernement ou de le connaître. En 1679, la Sœur Bourgeoys étant sur le point de repasser en France pour les affaires de sa communauté, toutes ses Sœurs, qui avaient déjà connu Louis Frin à Villemarie, désirèrent de l'attacher à leur maison, & dans ce dessein firent une déclaration par écrit, pour autoriser leur Supérieure à passer avec lui un contrat d'engagement (3). C'était sans doute pour témoigner dans la personne du serviteur leur reconnaissance envers son charitable maître, leur bienfaiteur insigne, dont la mémoire a toujours été & eil encore aujourd'hui en singulière vénération dans leur communauté de Villemarie & dans toutes les autres maisons de PInftitut.

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