ET PART DE LA DIVI- SKE EN TROIS CORPS
f-l) Relation de LÙhh, p. 8. Lctt. de Marie de l'Incarnation, lett. 78', p. Gio.
cette ville dans' Tincertitude sur le succès de ses armes. M Nous ne savons rien encore de cette entreprise, écrivait 0 la Mère Marie de Tlncarnation le 2 novembre suivant; « Dieu, qui eft le Dieu des armées, le sait; s'il a combattu (( pour nous, nous avons la vidoire; mais que sa très- (( sainte volonté soit faite, parce que, dans Tordre de cette « volonté, il efl glorifié par nos pertes aussi bien que par « nos prospérités (i). Cependant toute cette nouvelle .' Église efi en prière, & Ton fait l'oraison de quarante X heures depuis le i*^'' odobre, qui continue dans les « quatre églises tour à tour, parce que du bon ou du « mauvais succès de cette guerre dépend le bien ou le « mal de tout le pays. Voici la troisième fois que nos (( Français sont allés chez ces barbares depuis le mois de (' février, au grand étonnement des Anglais & des Iro- « quois eux-mêmes, qui ne peuvent comprendre comment u ils ont seulement osé entreprendre un voyage si diffi- (( cile (2). » Cependant M. de Laval écrivait au Souverain Pontife, le i5 odobre de cette année : « Les poftes des (( Français & divers Forts qu'on a conftruits s'étendent « jusqu'au pays des Iroquois, dont ils sont la terreur, en « même temps qu'ils font la sûreté des nôtres; &, au mo- « ment où j'écris cette lettre, le Vice-Roi eff en campagne « pour attaquer Tennemi (3). »
Le Fort Sainte-Anne, dont on a parlé, avait été assigné pour le lieu du rendez-vous, fixé au 28 septembre ; quelques détachements de troupes n'y étant pas arrivés assez tôt, M. de Tracy ne put partir de là, avec le gros de Tarmée, que le 3 octobre. Toutefois M. de Courcelles, par un effet de son impatience ordinaire de se trouver aux occasions, était parti quelques jours auparavant avec quatre cents hommes , tandis que M. de Chambly & M. Berthier, commandants des Forts Saint-Louis 8c de TAssomption, ne devaient partir que quatre jours après M. de Tracy pour former l'arrière-garde (4). M. de Répentigny commandait les habitants Français de Québec
3* EXPKDITION CONTRK I.KS AGNlfc:RS. l66(). I41
8»: des environs i}. ('eux de Villemarie étaient commandés (i)76/./.,73%p.i)iù. par M. Le Moyne, leur capitaine, 6v par M. de Bélellre, qui avait le titre de lieutenant. Trois autres gentilshommes de Villemarie se joignirent à Tarm.ée : M. Charles d'Aillebourt des Musseaux, qui, en cette occasion, changea Toffice de juge en celui de militaire; M. de Houtmesnil, qui avait été des deux expéditions précédentes, & avait pensé périr dans celle du mois de janvier; 8c enfin M. de Saint- André. Pourtant M. d'Ailleboull ne put aller jusqu'au pays des Iroquois, ayant été mordu en chemin par un ours, ce .2^Hiitoiicciu.Montqui l'ohli^^ea de retourner à Villemarie (2). rjai par m Ddiic.-,
1 ~ - ■' de it)()D a lOOt).
De Québec jusqu'aux Forts conftruits sur la rivière iatkjues excessives de des Iroquois le chemin avait été assez facile, quoique en- ^\ ^'•^'*^"^ ^^^ '''^"" viron de cent cinquante lieues, parce que Tarmée put le faire en canots ou en chaloupes, & qu'il y avait peu de portages (3). On appelle ainsi, en Canada, ces endroits (i^i Letnes-de la des rivières qui, à cause des rochers qui les obflruent, ne ■'^i^>"c Je rincamation,
• 1 1 1-. in IcU. y.T-, p. hiS.
sont plus navigables par manque d eau, 8c ou Ton elt contraint de porter les bateaux, ainsi que tout le bagage, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à des endroits plus profonds. Mais , au delà des Forts , il reftait plus de soixante lieues à faire avant d'arriver aux premières bourgades des Iroquois ; & comme on avait beaucoup de grands lacs & des rivières à passer, on s'était muni des commodités qu'on avait jugées nécessaires tant pour la terre que pour l'eau, entre autres de trois cents bateaux, tous très-légers, dont une partie était faite d'écorces d'arbres. Quand on avait passé un lac ou une rivière, il fallait porter les canots & les bateaux à force de bras (4), ainsi que les vivres, les (4; Relation de uitSt), armes & le refte des bagages. « M. le chevalier de Chau- i'-^- " mont, rapporte la Mère Marie de l'Incarnation, m'a « assuré que, pour avoir porté son sac où il y avait un « peu de biscuit, il lui vint au dos une grosse tumeur; 0 car il faut que les chefs se chargent aussi bien que les « autres, aucune bête de somme ne pouvant aller par des " lieux si étroits 8c si dangereux. Ils se sont vus en des
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« périls extrêmes, dans des rivières & des rapides, où, à (( cause de la profondeur de Feau & de Tincertitude du (( fond, ils ont été obliges de se faire porter par des sau- (( vages. Un Suisse ayant voulu se charger, dans un mau- (( vais pas, de M. de Tracy, qui eft un des plus grands (' hommes que )"aie vus, quand il fut au milieu, il était (I sur le point de tomber en défaillance, lorsque, trouvant « heureusement une roche, il se jeta dessus. Alors un " Huron fort & courageux, se jetant à Feau, le retira du i< danger & le porta à Tautre bord. Dieu les favorisa (I beaucoup dans le passage d'une autre rivière où il y « avait de Teau jusqu'à la ceinture; toute l'armée la tra- « versa en deux heures de temps, & dès qu'on l'eut passée, (( la rivière haussa incontinent de neuf pieds. Si cette crue u fût arrivée deux heures plus tôt, tous les desseins « eussent été renversés, & toute Tarmée eût été contrainte « de retourner sans rien faire. Cet accident étant évité, il < fallut faire beaucoup de chemin par des vallées & des « montagnes , & ensuite passer un grand lac à la faveur (i) Lettre, de -Marie: « de plusicurs radcaux que Ton fit (i). » Ils ont marché de rincarnation, ict- „ par dcs chcmius dcs plus difficiles qu'on puisse ima- "" '^ ' '^' "" ■ (( giner &par des sentiers qui n'ont pas plus d'une planche
« de large, pleins de racines, de souches 8c de cavités « très-dangereuses. » Enfin, comme on savait que les Iroquois avaient conffruit dans leur pays des Forts munis de canons, on jugea à propos de transporter pour cette expédition deux petites pièces de campagne; & dans tous les portages il fallait que les soldats les chargeassent sur (2) ibij., ictt. 7 V . leur dos & les transportassent ainsi avec des fatigues acp 609. Relation de cablantcs & excessives (2).
l'armkf. RÉDurrE .\ i.a Cependant, malgré la trifle expérience qu'avait déjà
i-AMtv.:. f.^jt^3 ]yj (\q Courcelles, les vivres vinrent à manquer à l'ar-
mée^ lorsqu'elle fut arrivée en terre ferme, dans le voisinage des Iroquois; &, pour prévenir la famine à laquelle on était réduit, on fut alors dans la cruelle nécessité de diminuer de beaucoup la ration de chaque homme.
s*' EXPEDITION CONTRK LES AGNIKRS. \G66. 143
Les officiers chargés de veiller à cette rédudion y tenaient la main avec une sévérité qui montre bien la crainte où Ton était de mourir de faim dans ces déserts. Du moins M. Dollier, Tun des aumôniers des troupes^ parlant d'un capitaine chargé de lui fournir à lui-même les vivres, rappelle, dans sa manière enjouée, le grand maître du jeûne, digne de servir de père-maître chei les Pères du désert. Il ajoute que M. Tabbé du Bois pensa mourir de faim, 8i que lui-même aurait succombé, s'il n'eût eu une complexion plus robufte. Outre le tourment de la faim, il avait encore à soutïrir la fatigue accablante de la marche, d'autant plus sensible pour lui qu'avant aux pieds des souliers presque sans semelles, il était obligé de marcher sur les pierres aiguës dont les rivières & les rivages de ces pays étaient couverts. Enfin la dévotion des soldats fut pour lui un nouveau surcroît de fatigue, se voyant dans la nécessité de passer les nuits à entendre leurs confessions, après avoir marché tout le jour. L'insomnie, la fatigue du voyage, la privation de nourriture, l'affaiblirent si fort que, malgré son courage & sa force naturelle, il ne put secourir assez tôt un homme qui se noya. Celui-ci appartenait en quelque manière aux Jésuites, ce qui fut cause que lun de ces Religieux, touché de reconnaissance envers M. Dollier, ne crut pouvoir mieux le récompenser de la bonne volonté qu'il avait fait paraître, qu'en lui donnant un morceau de pain (i); circonffance que nous rappor- (i)ni(toircdu Monttons ici pour montrer l'imprévoyance des chefs. Enfin, réai. par m. Doiiier,
/ . . . -^ -Il de 1 bb5 à 1 6oG.
lorsque l armée était réduite à cette extrémité désolante,
elle vint à rencontrer fort heureusement un grand nombre
de châtaigniers sauvages, tous chargés de fruits, & trouva (z^r.cttrcsdc Marie
par ce moven de quoi se nourrir momentanément (2). '^'^ rincarnation, let-
Cependant les Iroquois ignoraient qu une armée Fran- , i.m.pkoche de l'ak-
çaise allait les attaquer dans leur pays; 8: on les y eût mék, les agnœrs des
sans doute surpris, si quelques-uns des leurs, qui dans la
marche avaient été rencontrés & battus par les Algonquins, ' > 'te-
ne fussent allés donner avis, dans leurs bourgades, de
DEUX PREMIERS nOIRGS PRENNENT I.A
144 ïï^^ PARTIE. LOUIS XIV.
l'arrivée de Français & de sauvages qui allaient apparem-
:;i Lettres de Marie mcnt leur faire la guerre (i). Les Iroquois dépêchèrent
de riiicarnation. Let- a^ssit5t quclques-uns d'entre eux jusqu'à trente ou qua-
treshiltor., lettre 75", i • ' ^ ~i
p. G,^. rante lieues pour découvrir nos troupes; & du haut des
montagnes ces espions, ayant aperçu la petite armée, coururent pour en donner avis à la première bourgade Iro- (2) Relation de iw',, quoise (2). Le jour de Sainte-Thérèse, Tarmée arriva dans ^' ' le voisinage de ce bourg; mais le temps était si incom-
mode par les pluies, les orages & les tempêtes, qu'on désespérait presque de pouvoir rien faire contre les Iroquois. M. de Tracy néanmoins ne perdit pas courage 8: fit marcher ses troupes toute la nuit. Elles avançaient tambour battant pour tomber sur Tennemi de vive force, sans chercher d'autres ruses ni d'autre moyen d'attaque que leur courage & la protection du Ciel. L'alarme se mit aussitôt parmi les Iroquois, qui, pour être mieux en état de se défendre, firent fuir de la bourgade les femmes 8c les enfants ; mais quelque résolution qu'ils eussent, voyant ensuite approcher l'armée en bon ordre, ils furent tellement saisis de frayeur que, sans attendre l'attaque, ils abandonnèrent leur village 8: se retirèrent dans un autre plus éloigné. Les Français entrèrent donc sans résiftance dans le premier, le pillèrent, 8:, après y avoir mis le feu, (3)Reiationdc iG6ô, poursuivireiit l'ennemi dans le second (3). Les fuyards, P"^''^* que l'on ne put voir que de loin, faisaient sur les mon-
tagnes de grandes huées, tiraient des coups perdus sur 4 /i-iV., p. s.' nos soldats (4); 8:, voyant l'armée qui les poursuivait, crièrent à un de nos sauvages , comme pour faire les braves : « Voilà huit cents de nos gens au prochain vil- « lage, tous résolus de se bien battre 8: très-munis; ils (( tailleront en pièces tous ces Français que tu vois. » Mais le chef Iroquois de ce village, entendant nos tambours, au nombre de vingt, qui faisaient un bruit inconnu à ces barbares, Si. voyant les Français s'avancer tête baissée, ne les attendit pas 8: fut le premier à prendre la fuite; tous les autres le suivirent à linflant, en sorte que le bourg demeura vide. L'on croyait n'y trouver que des