‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 119 sur 326 · POUVOIRS EXTRAORDI- NAIRES DE .M. DE COURCEI.I.ES ET DE M. TALON · texte numérisé non relu

POUVOIRS EXTRAORDI- NAIRES DE .M. DE COURCEI.I.ES ET DE M. TALON

Pour donner à rétablissement de la colonie une base solide, Louis XIV s'était proposé d'abord de faire cesser tous les abus de pouvoir, qui avaient pu gêner la liberté des colons par un exercice trop arbitraire de l'autorité royale. C'était la fin qu'il avait eue en vue en faisant la guerre aux sauvages, comme l'écrivait son miniftre Colbert à M. de Laval : « Sa Majesté se propose ensuite, lui « disait-il, d'établir un bon ordre pour le gouvernement « et l'admin'firaîion des affaires civiles et militaires du « Canada, afin de pouvoir augmenter considérablement (i) Arciiivesdcrar- « ccttc colonic (i). » Lcs démélés du clergé avec M. d'Archcvcché de Québec, genson, M. Davaugour & AL de Mézv avaient fait craindre

lettre de Colbert du '^ . ' "^ •" . , .

18 mars 1GG4, au Roi quc les colons n'eussent eu à souffrir d'un régime

trop absolu de la part de ses officiers, & que les Français ne fussent détournés par là d'aller s'établir dans la colonie. Aussi, en nommant M. de Courcelles Gouverneur général,

RlVlABLlSSK.MKNT DK LORDRK PUBLIC. iGGj. IDQ

é»: M. laloii intendant du Canada, les avait-il chargés,

ainsi que M. de Tracy, d'examiner à fond la conduite de

xM. de Mézy, avec pouvoir d informer contre lui, &, s'il

était coupable, de l'arrêter &: de l'envoyer en France.

Après tous les éclats fâcheux que nous avons racontés au

sujet de en Gouverneur, Louis XIV jugea qu'il devait cette

satisfaction à la juiUce & au repos de ses peuples (i); & (i) Archives de la

pour donner à M. de Courcelles & à M. Talon, qu'il était "^^'"'"^- i^stmaions

, , 1 , • 1 , , • ,-, ,,,.., pour M. Talon. Re-

resolu de laisser dans le pays, une pleme liberté d agir, il giftre des ordres du invertit l'un & l'autre des pouvoirs les plus étendus & même Roi, foi, 78. sans aucune limitation de temps. Par ses lettres de commission à M. de Courcelles du 23 mars i665, il lui donnait autorité sur tous les Gouverneurs établis dans la Nouvelle-France & sur tous les officiers du Conseil souverain, avec pouvoir de terminer les différends qui pourraient être nés ou qui naîtraient entre les seigneurs ou les habitants de ce pays, comme aussi de commander à tous ses sujets ecclésiafliques, nobles, gens de guerre & autres, de quelque qualité & condition qu'ils fussent, le tout néanmoins sous l'autorité de M. de Tracy tant qu'il serait présent en (2) ibid. Reg. des Canada (2). Quant à M. Talon, le premier intendant de ordres du Roi pour la

•,■ ^ , . . , Compagnie des Indes,

jultice envoyé dans ce pays (3), il lui attribua 1 autorité la foi. 08. complément plus illimitée en matière civile & judiciaire, autorité qu'il ^^^ ordonnances &

• . 1,1 1 A /T j jugements. Québec,

pouvait même exercer sans aucune dépendance de M. de ^^^^^^ p 3j^ 32. Tracy. Le Roi disait expressément dans ses lettres qu"il (3) Regiftre des ju- Tétablissait Intendant, avec pouvoir de juger souveraine- s'^"^'^"^^ ^ déhbjra-

/ r ) o tions du Conseil su-

ment, seul, en matière civile, & d'ordonner de tout : péneur.n août 1667, « Validant dès à présent, ajoutait-il, les jugements qui fo^- 7^-

„ ^ • • , ••,,-,, (■4I Marine. Rccillre

« seront ainsi par vous rendus comme SUS étaient émanes des ordres du Roi, « de nos Cours souveraines, nonobflant toutes récusa- fo'- 71- Complément

des ordonnances, etc.,

lions, édits, ordonnances et autres contraires (4). » '"33'" 3"

Nous a^•ons vu qu'avant que le Roi eût pris en main mm. de courcelles h les rênes du Gouvernement, on avait jugé utile au bien de la colonie de donner une grande part de l'autorité temporelle à TÉvêque de Pétrée, ainsi qu'aux Ecclésias- , „ .

, ^ ^ . ' /i . r5) Regiftre des or-

tiques de Québec, qui, sous le nom de cet Lveque (5), drèsdu Roi foi. 143.

TALON CHARGES HIC REPRENDRE l'aUTO- UlTÉ TEMPORELLE.

l6o m'" PARTIE. LOUIS XIV,

l'exercèrent jusqu'à l'arrivée des troupes en Canada. Les officiers du Roi qui vinrent avec elles, peu accoutumés qu'ils étaient à une telle forme de gouvernement, prétendirent que ces Ecclésiaftiques empiétaient sur les choses (i) Archives de la temporelles (i); & la Cour elle-même, quoique précédem-

marine. Mémoire de n i a j , i ■ ^ i

M, Talon sur l'état du nicut elle leur eut donne les pouvoirs dont nous parlons, Canada, 1667. Sembla cutrcr de son côté dans ces sentiments (2). Les

om-M'rdôn^ fo^ 7 ^'^^^ démélés de l'Évéque avec les Gouverneurs précédents, démêlés qui, disait-on, avaient contribué à dégoûter les co- (i^j .Mémoire de M. lons en gênant les consciences (3) ; la double expulsion de ^°"' ^ ^'' "7- M. de Queylus du Canada sans motif canonique ; l'opposition toujours persévérante contre son retour; la création d'une juftice prétendue royale pour Tîle de Montréal, ^ d'autres faits de même genre, pouvaient bien donner quelque apparence de vérité à ces appréciations de la Cour défavorables au clergé, & porter le Roi, au nom de qui avaient été faits tous ces actes, à prendre des mesures efficaces pour les faire cesser en rappelant l'autorité temporelle à sa source primitive. C'était ce qu'il recommandait à M. de Courcelles & à M. Talon dans ses inflruéfions secrètes, en leur enjoignant néanmoins d'agir avec beaucoup de prudence & de circonspection; ajoutant que, lorsque la colonie se serait accrue, l'autorité royale repren- (^) Rcgiftrc des or- drait d'elle-même sa place (4). Il paraît que Colbert, à qui dres du Roi. Lettre a jg j^^^ donnait toute sa confiauce, le détermina par ses

M. de Courcelles, i ? . . . . ^

mai i6Gf,, fol. 14:^. couscils à tenir cette ligne de conduite nouvelle, dans laquelle ce prince persévéra depuis conflamment. L'un des amis dévoués de l'Évêque de Pétrée fait, sur ce sujet, la remarque suivante : « Les impressions fâcheuses que le « Roi prit contre M. de Laval sur les représentations de (f>) Ardiises du se- " sou Ministre, esprit difficile, raide & inflexible, il les

minaire de Québec, ,< couscrva toujours (5). » On doit ajoutcr que, s'il put y

lettres de M. Trem- . , v , , , • , k • -i .

biay, commencées en ûvoir quclquc cxccs daus la couduitc dc cc Princc, il eut mars 1^,06. pour motif uon quelque opposition à l'Église, qu'il proté-

gea toujours, comme la suite le montrera, mais son grand amour pour la Nouvelle-France, & le désir qu'il avait d'y procurer le bonheur de ses sujets.

RÉTABLISSEMENT DE l'oRDRE PUBLIC. 1667. '^^

iri.

BONTÉ PATERNELLE DK

Dans SCS inrtructions particulières, il recommandait avant tout à ses otiicicrs de traiter les colons avec dou- ^^^^^ '"^ ^^^^^ ^"

, , r • 1-11 • COLONS.

ceur, de les favoriser en tout autant qu ils le pourraient; de se conduire à leur égard avec une bonté paternelle, afin de leur faire aimer le pays & chérir son gouvernement. Il elt même à remarquer que l'année 1667, M. Talon s'étant rendu à Villemarie pour y voir les sauvages venus en traite & se faire connaître d'eux, lorsqLi'il eut vaqué à toutes les fonctions que la charge d'intendant demandait de lui pour le service du Roi 6»: celui de la colonie, il voulut, conformément à ses inftrucfions, s'assurer si quelqu'un des particuliers n'avait pas des sujets de plainte sur la manière dont on en avait usé à son égard. On le vit, à la satisfaction ^ à la grande édification de tous, faire en personne la visite de chaque famille ; aller même de ferme en ferme dans toutes les côtes de l'île de Montréal, 8: jusque chez les plus pauvres; s'informant si tous étaient traités selon la juftice, & même si la nécessité où pouvaient se trouver quelques-uns ne demandait point qu'il les assiftât, de la part du Roi, par quelques secours pécuniaires, ce dont il s'acquitta dignement (i). Cette sollici- (i)HiftoireduMcnttude, vraiment paternelle 8: prévenante, & cette vigilance reai, parM.Doiiierdc

, /^ • ^ 1 y • 1 I.A. 1 Casson, de 1666 à

empressée étaient plus nécessaires encore dans 1 île de rCôy. Montréal, reliée sans Gouverneur en titre depuis le renvoi de M. de Maisonneuve, & surtout depuis l'arrivée des troupes, comme nous le raconterons ailleurs.

Pour se conformer donc aux intentions du Roi, M. de ..ÉATioND-uNNouvKAti Courcelles & M. Talon, peu de jours après leur arrivée, conseil, l'affairr

c'efi-à-dire le 23 septembre i665, cassèrent, de concert ~

avec M. de Tracy, le Conseil souverain créé par M. de Mézy (2), &, après avoir rétabli l'ancien, en formèrent un v Journal des j.<nouveau, le 6 de janvier 16G7, dont les membres furent : suites, 24 sept. iC^fi^. MM. Rouer de Villeray, Gorribon, Legardeur de Tilly, de la Tesserie & d'Amours; M. Bourdon fut maintenu dans la charge de Procureur du Roi, & M. de Mesme déclaré greffier du Conseil & secrétaire (3). Dans les affaires

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