‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 118 sur 326 · VENT DES MISSION- NAIRES, RENDENT LES CAPTIFS ET DONNENT DES OTAGES · texte numérisé non relu

VENT DES MISSION- NAIRES, RENDENT LES CAPTIFS ET DONNENT DES OTAGES

Louis XIV avait espéré qu'une fois réduits par la force de ses armes, les Iroquois viendraient demander euxmêmes la paix, promettraient de la garder avec les autres nations sauvages, & même recevraient dans leurs villages les Missionnaires & les Français qui voudraient s'y établir, ce qui arriva en effet delà sorte. D'abord, les Agniers & les Onneiouts demandèrent les premiers la paix pour (i) Relation de 1GG7, eux-mêmcs, & Tcuvoi de Missionnaires dans leurs pays (i), ce qui faisait dire à la Mère de Tlncarnation : « Deux na- (( tions éloignées de soixante lieues Tune de l'autre, qui ^ (( étaient les plus orgueilleuses & les plus cruelles, ont les (( premières fait cette démarche. Ils ont été si effrayés du « courage des Français, qu'ils n'avaient regardés jusqu'a- (( lors que comme des poules, qu'ils s'imaginaient qu'une « armée Française était toujours à leurs trousses 8: les « suivait partout. Dans cette frayeur, ils ont été heureux « d'avoir entrée pour demander la paix, 8c ont acquiescé (( à toutes les conditions qui leur ont été imposées, savoir : « de ramener tous nos captifs de l'un & de l'autre sexe, « & d'amener ici de leurs familles comme otages pour « les Pères & les Français qui seront envoyés dans leur u pays. Tout cela s'eft exécuté de point en point. L'on « inffruit ici les familles données en otage, dont plusieurs « doivent être baptisées le jour de la Conception, qui efl « la fête de toutes ces contrées. Une femme Iroquoise nous « a donné sa fille, à condition qu'elle serait Française <( comme, nous. Cette enfant, qui a beaucoup d'esprit, a « tellement pris goût aux myftèrcs de la Foi & aux mœurs (( Françaises, qu'elle ne veut plus retourner chez ses pa- (' rents. Le zèle & la charité du lieutenant général du Roi u se sont signalés dans cette transmigration ; car, outre « les femmes & les filles Iroquoises, il nous en a encore (( donné d'autres qui étaient captives dans ces nations, 8i <' qui, pendant leur captivité, avaient oublié notre langue 8: <( tous nos myftères. Il les a fait habiller 8c nous a généreu- « sèment payé leurs pensions. De notre part, nous n'avons « pas perdu notre travail ni nos soins, ayant, avec l'aide

PAIX AVEC LES IROQUOIS. l6()()-l667. iSj

« de la grâce, réveillé leurs premières connaissances, & « ressuscité la Foi qui était quasi éteinte dans leurs âmes. <( L'on en a marié une à un Français qui a une bonne 0 habitation, 8: une autre, qui eft Algonquine, à un Iro- « quois, à condition qu'il se ferait chrétien. Ceux avec « qui nous avons la paix sont les Agniers & les Onneiouts.

« Il V a encore les Onontagués, les Oiogonons 8c les les trois autres na- « Sonnontouans qui n'ont point paru. Ils disent pour rai- tions^iroq.loisesde- (( son qu'ils se préparent à la paix, & ils s'excusent, disant paix et reçoivent (• qu'ils ont déjà fait ainsi onze ambassades sans qu'on °^^ missionnaires. (' leur ait donné satisfaction. La vérité eft que ces peuples « étant naturellement orgueilleux, ils ont de la jalousie de (' ce que les autres les ont devancés, 8c, de plus, ils sont « en grande guerre contre des sauvages de la Nouvelle- < Suède ; ils donnent néanmoins des espérances pour le ^ printemps prochain (j). » On envoya chez les Agniers (i) Lettres de Marie les PP. Pérou & Frémin, qui y furent traités, ainsi que derincamation, lettre

vu A A T ^^'' 'Soaob. 1667,

tous ceux de leur suite^ avec beaucoup de douceur. Le p. 619, 620. premier de ces Religieux, ayant fait un voyage à Québec en 1667, rapporta que les Agniers écoutaient la parole de Dieu avec ardeur; qu'ils voyaient avec plaisir baptiser leurs enfants & leurs moribonds^ & même que plusieurs adultes recevaient ce Sacrement. Il ajouta qu'ils se trouvaient exactement à la chapelle aux heures ordonnées pour la prière, & que même, en témoignage de leur zèle, ils avaient conflruit cette chapelle de leurs propres mains, & des logements pour les Missionnaires dans les bourgs où ceux-ci devaient résider (2;. Les PP. Bruyas et Carreilfu- (2, Lettres de Marie rent envoyés aux Onneiouts; enfin, les autres trois nations de rincamation, lettre Iroquoises ayant fait de leur côté la paix avec les Fran- p. 624, (32 5. çais, on leur donna aussi des Missionnaires de la Compagnie de Jésus, en sorte que, l'année 1669, ces Religieux avaient dans chacune des cinq nations des Missions fixes 8»: permanentes ^3). Tels furent les avantages qu'apporta la Qj ibid., lettre 82^, guerre faite à ces barbares, quoiqu'elle n'eût pas eu tout le '"^ept. 1669, p, 637, succès qu'on eût pu en espérer si elle eût été entreprise

l58 m" PARTIE. LOUIS XIV.

par des chefs plus expérimentés dans la tadique militaire des sauvages, dans la géographie & les exigences du pays. La paix régna néanmoins entre les Français & les Iroquois à partir de Tannée 1666; & c'était un préliminaire absolument indispensable, oti plutôt la condition la plus nécessaire pour travailler ensuite au solide établissement de la colonie, comme le fit alors Louis XIV, ainsi qu'il sera raconté dans les chapitres suivants.

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