TOME III
220 lll*^ PARTIE. LOUIS XIV.
colons, encouragés par Tespérance d'un avenir plus tranquille, résolurent d'aller s'établir au-dessous du pied du courant & au-delà de la rivière Saint-Pierre. Car les terres en deçà de cette rivière, spécialement celles de la pointe Saint-Charles, avaient, pour la plupart, été concédées autrefois; & quoique les colons, à qui elles étaient censées appartenir, eussent été souvent obligés de les laisser inhabitées ou même incultes, ils en conservaient toujours la propriété. Dès qu'on eut donc appris que les troupes étaient en mer, plusieurs allèrent s'établir sur des terres non concédées, les unes au-dessous de la ville & d'autres au delà de la rivière Saint-Pierre, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Ces terres commencèrent à être appelées alors à Villemarie du nom de Côtes, & les cotes furent diftinguées entre elles par le nom de quelque Saint. Ainsi on appela Côte Saint-Martin les terres situées au-dessous du domaine de Sainte-Marie, où plusieurs braves colons allèrent les premiers s'établir (*).
APRÈS i/arrivée des A peiuc les troupes furent-elles arrivées en Canada,
TROUPES, DÉFRICHE- qyg d'autrcs aussi demandèrent, dès le mois de décembre
WENT DE TERRES /- ,- r o I • 1 1 -1 • - • -
PLUS ÉLOIGNÉES DE ^^^D, & obtiurcut Qes terres plus éloignées, situées sur
VILLEMARIE. ccttc partie du bord du fleuve, qui fut désignée sous le
nom de Côte Saint-François, & plus tard sous celui de
la Longue-Pointe (**). Le défrichement attirant de jour
(*) Ce furent Antoine Beaudry, dit TEspinette, Jean Née, dit Meslicr, René Fézerct, Joseph Beaujour, Pierre Lugerat, dit Desmoulins, Antoine Renault, Jacques Monceaux, dit la Violette, Pierre Desautels, dit la Pointe, Urbain Baudereau, syndic des habitants.
(**) De ce nombre, Jacques l'Huilier, dit Desvignes, René Moreau, Pierre Picot, dit la Brie, Antoine Brunct, dit Belle-Humeur, Urbain Tessier, dit Lavigne, Etienne Truteau, Robert Perroy, Jean Cadieux, Jean de Luzeau, dit la Garenne, Michel Moreau, Toussaint Hunault, dit Deschamps, Pierre Goguet; & l'année suivante, Gilbert l^arbier, Antoine Coignon, Pierre Meusnier, Pierre Dagenets, Pierre Chicoisne, l^ierre Charos; enfin, Tannée lOOy, Jacques Leblanc, Ciaude Jaudoin & d'autres encore. Il parait que, dans le déirichemcnt
DÉFRICHEMENT DES TERRES. l665. 227
en jour de nouveaux colons sur des terres plus éloignées encore, on donna à celles qui venaient après la Longue- Pointe le nom de Côte Sainte- Anne , & celles qui suivaient furent désignées sous le nom de Côte Saint-Jean {\), (i) Crciic d^ \i;icqu'on nomma plus tard Pointe-aiix-Trembles . Ce nom "^^'■'^' 'f, ^'''- "'^^' prit son origine dune langue avancée de terre, complantéc d'arbres de cette espèce qu'on y voyait alors, & que les eaux du fleuve ont fait disparaître depuis longtemps. Pour la commodité de tous ces colons, & pour la sûreté de cette partie éloignée de-Tîle, le Séminaire avait formé déjà le dessein d'établir un village à la Pointe-aiix-Trentbles, 8c dans cette vue, M. de Queylus, en y concédant, Tannée 1669, des terres à Jean Oury, mit pour condition que les seigneurs pourraient en reprendre^ à leur choix, ce qui serait nécessaire pour y bâtir une chapelle & un moulin, en remboursant toutefois à Oury le prix des tra- ^•aux qu'il y aurait faits, & en lui accordant de plus un terrain contigu, égal à celui qui serait repris & de même nature (2). L'année de l'arrivée des troupes & la suivante, (2 Archives de la d'autres colons ayant voulu se livrer aussi à l'agriculture, paroisse de laPoii.tc-
, , , . , , j -.r'i, • aux-Trembles, 5 août
on leur donna des terres situées au-dessus de ViUemarie, 1009. concession par
entre la rivière Saint-Pierre & le Saut Saint-Louis, mais m- ^c (lueyius.
toujours sur la rive du fleuve Saint-Laurent (*) . Car les
seigneurs de Montréal désiraient de faire habiter, avant
tout, les bords de 1 île, en commençant par le côté du
grand fleuve, afin qu'on pût être informé sans délai de
l'arrivée des Iroquois, s'ils faisaient quelque descente dans
ces lieux, & qu'on s'y trouvât en nombre suffisant pour
les repousser. Aussi, dans ces côtes lointaines, n'accor-
de ces dernières terres, une partie notable de bois fut consumée par
le feUj ce qui fit appeler ce quartier du nom de Bois-Brûlé (3), sous (-^^ Orefle do Villo-
lequel il eft désigné dans plusieurs a^^les. maiie, 2.) mai iG6(j.
''*; De ce nombre. Mathurin Thibodeau, Mathieu Lorrion, Jean- Baptifte Gadois, Jacques Giteau, dit Joli-Cœur, Toussaint Reaudrv, François Bote, Grégoire Simon, Jean Milot, taillandier, Pierre Panier, dit Laplante, Jacques Beauvais, dit Saint-James.
dait-on guère de concessions qivà un certain nombre de particuliers courageux, résolus à s y établir de concert, atin de se porter mutuellement secours en cas d'attaque. Pour procurer même à Villemarie un porte avancé, en favorisant ainsi le défrichement des terres, M. de Oueylus érigea un fief noble au-dessus de la rivière Saint-Pierre^ ^ le donna à un jeune Normand plein de résolution & de couragC;, qu'il eft à propos de faire connaître ici.
FIEF DONNÉ A LA SALLE Rcné Robert Cavelier de La Salle, né à Rouen en
PAR LES SEIGNEURS i ^^3 dunc rlclie famille, entré d'abord comme novice