POPULATION A VILLE- MARIE
Tévénement. Pour augmenter le nombre des colons à Villemarie , le Séminaire faisait venir chaque année une recrue de serviteurs qu'il établissait ensuite dans le pays ; 8: le recensement de 1666 en désigne vingt-huit sous le titre de domejîiqiies engagés. Parmi eux étaient des hommes de diverses professions nécessaires à la colonie : un taillandier, deux tailleurs, deux cordonniers, un boucher, un menuisier, un meunier, un tourneur. Le recensement de l'année suivante en mentionne trente-deux, dont la moitié étaient nouvellement venus de France, entre (i) Archives de la autres Nicolûs PeiTot, alors âgé de vingt-six ans (0.
marine rccGnscment . , .
de iGfjj.ArticieMont- En 1666 (2), OU Comptait à Villemarie cinq cent quatrert^^a'- vingt-deux personnes; l'année suivante, la population était
(2) Ibid., recense- , ^ ^ • ^ • • r ' /- 11
^g^^ de sept cent soixante-six; mais 1 année 1072, elle se com-
(3)HiftoireduMont- posait de quatorze à quinze cents âmes (3). Depuis Tanréai,^ par M. Doiiier, ^^^ ^ ^^3 ^^^^ j^ Séminaire s'était chargé de l'île de Montréal, il n'aurait pu fournir à la dépense sans le concours généreux de quelques-uns de ses membres qui jouissaient d'un gros revenu, entre autres M. de Queylus & surtout M. de Bretonvilliers, qui y contribua durant vingt-cinq (4) Vie de M. de ans (4). « Pendant treize ou quatorze années que Mes- Bretonviiiicrs, par M. „ sieurs du Séminaire ont pris soin de lîle de Montréal,
Baudran, p. 148. . ^ .
« écrivait M. Tronson à Colbert, ils y ont fait des ,., , ^. , ,, (( dépenses si considérables, que cette habitation eft main-
(d) Lettres de M. i .
Tronson, piacet pre- « tenant composée dc plus de quinze ou seize cents sente à Colbert le <, àmcs, de grand nombre de maisons, & s'augmente tous
20 mars 1677, & Mé- t • /r ^ u
moire sur Montréal. « IcS jOUrs (5). »
xvr.
MESURES PRISES PAR Convalucu quc, pour établir solidement la colonie, il
cirerTI dékriciTe- f^ll^it la faire subsilfer du produit môme du pays, le Roi MENT des terres. fit tout cc qul était en son pouvoir pour exciter les colons à la culture des terres. Déjà, en i658, ayant appris que plusieurs serviteurs désertaient le Canada 8c s'embarquaient sur les vaisseaux qui faisaient voile pour la France, principalement sur les navires pêcheurs, & que ces désertions nuisaient à l'agriculture en diminuant le nombre de bras, il défendit à tous ses sujets Canadiens de sortir du
DÉFRICHEMENT DES TERRES. lOb3 ET SUIV. 221
pavs sans passe-port, 8c aux capitaines de recevoir aucun passager qui ne tut muni d\in passe-port en règle, donné par le Gouverneur ou par celui qui commandait en son absence, « attendu, disait-il dans son arrêt, que par ce « moyen une partie des terres demeure inculte ou sans « être dépouillée des fruits de la saison, faute d'ou- « vriers (i). » Comme toutes les diverses Compagnies (o Archives du mimises précédemment en possession du Canada avaient "'"'""^ "•" affaires
^ f ... étrangères, vol. Ame-
entièrement négligé celte branche essentielle d'indurtrie, rique, dci5ij2 à iGGo,
Louis XIV ne jugea pas à propos d'imposer à la Compa- ^"'' '^^^' '^ "^^^^
gnie des Indes l'obligation de travailler au défrichement
des terres. Mais pour obtenir plus sûrement ce résultat, il
donna ordre au Conseil souverain de faire lui-même des
concessions de terres aux particuliers. Colbert en écrivait
ainsi à iM. de Laval, le i8 mars 1664 : « Sa Majellé a pris
« résolution de faire lever des hommes qui seront con-
« duits en Canada ; mais elle eflime tout à fait indispen-
« sable que le Conseil souverain diftribue des terres à ces
« nouveaux venus, & qu'on les oblige à les défricher de
« proche en proche, afin que, n'étant plus épars comme
« autrefois, ils soient mieux en état de se défendre contre
« les surprises des Iroquois (2). » Enfin, dans les lettres de (>) Archives de l'ar-
noblesse dont le Roi voulut honorer plusieurs colons des ^'t=^*^^1]^ 'i''",^-"^'-"^'"';
^ . lettre de Colbert, i6
plus zélés pour rétablissement du pays, il donna pour mars 16)4. motif de cette faveur Tempressement qu'ils avaient fait paraître pour la culture des terres (*).
(') Ainsi, dans la lettre que Louis XIV accorda à Nicolas Juchcreau, de Saint-Denis, il rappelle que le père de celui-ci, au lieu de faire le commerce, fut l'un des premiers qui s'attachèrent (c uniquca ment & suivant nos intentions, dit-il, à faire des établissements « assez considérables & à travailler au défrichement & à la culture a. des terres (3). » Pareillement dans celles du sieur Aubert de La- (3) Rcgidre des inchesnaye, il expose le même motif : « Et d'autant qu'il a employé des sinuations au Conseil a sommes très-considérables pour le bien & l'augmentation de la de Q.uéb^c, fol. 12^. a colonie, & particulièrement au défrichement & à la culture d'une « grande étendue de terres, en divers établissements séparés, nous « avons cru que nous devions le traiter favorablement, » & lui donner des lettres de noblesse (4). ' (4)^^''^^ fo'- 127.
m* PARTIE. LOUIS XIV.
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(ij Hilîc^re vérita-
\o«jTelk- France. Pai3-.
L'un des premiers soins du Monarque fut d'y faire
^^"^ passer, à ses frais, des chevaux, tant pour faciliter aux
'^^ colons les travaux de l'acricultare. que pour procurer leur
commodité particulière, attendu que jusque-là ils n'avaient
pu marcher qu'à l'aide de raquettes pendant l'hiver. Le
b4cét natureik dî la i6 juillet i66?, on débarqua à Québec douze chevaux, les premiers envovés de France par le Roi. 11 était naturel que les sauvages, à qui ces animaux étaient entièrement inconnus , témoignassent une grande surprise en vovant ces orignaux Je France : c'elf ainsi qu'ils les appelaient, par comparaison avec ces animaux du pays, n'avant pas de mots dans leur langue pour les désigner. Ce qu'ils admiraient surtout, c'était qu'ils fussent si traitables & si dociles sous la main de leurs cavaliers, qui les ': Rdjiion lie i'363, faisaient marcher à leur fantaisie '2 . < Sa Majesté a encore
p.iS.-JoTOMidesJé- j, envové des chevaux, écrivait en 1667 la Mère Marie de
sij-es, 1 ' ^"' , rincamation, &:on nous a donné, pour notre part, deux
f belles juments & un cheval, tant pour la charrue que
C5; Lettres de Marie f pour le charroi '3;. r L'année 1670. le Roi envoya pareil-
àeriaantaôon,ic\tre jement un étalou 8c douze juments, 8c les lit dilfribuer aux geîitilshomm.es du pays, les plus zélés pour la culture des terres : une jument à Si. Talon, deux juments à M. de Chamblv avec un étalon, une à M. de Sorel, une à M. de Contrecœur, une à M. de Saint-Ours, une à M. de Varenne, deux juments à M. de Lachesnaye, une à M. de Latouche, une à ^L de Répentigny, eniin la douzième à M. Le Ber. Voici les conditions auxquelles le Roi faisait ces sortes de dons aux particuliers : ils devaient les nourrir pendant trois ans; &: si, par leur faute, quelqu'un de ces animaux venait à mourir, celui à qui il avait été donné était obligé de payer au receveur du Roi la somme de deux cents livres. Dans l'autre cas, il pouvait le vendre après les trois ans expirés, ainsi que les poulains qu il aurait pu avoir; mais avec charge, au bout des trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un poulain d'un an pour chaque cheval, on la somme de cent livres. 11 était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le Roi
DÊFRICHEMEÎCT DES TERRES, l663 ET SuH'. 223
faisait élever & nourrir seraient pan'enus à leur troisième année, on les diflriboerait à d'autres particuliers, & toujours aux mêmes conditions (i) . Comme on le voit, ces C'} Ardw» de la con<Btions ne pouvaient être plus avantageuses aux parti- £.11^4^ t6-ok 1&-6 cufiers ni au pays en général. Aussi Colbert^ qui avait ^ »«« «670. tant à cœur de voir fleurir la colonie, écrivait à M, Talon, le 1 1 fé>Tier 1671 : t Je tiendrai la main à ce qu'il sent « envoyé en Canada des ca\'ales & des ânesses, afin de « multiplier ces espèces si nécessaires à la commodité
• des haHtants C2). » De tous les animaux domeftiques (x) wd,, ictrre de envovés par le Roi dans la Nouvelle-France, les chevaux ^i^*^'^, » *f- '''«^^^r furent, en effet, ceux qui s'y multiplièrent le plus, quoique
le nombre des autres y augmentât d'une manière éton- ^^
nante 'T. ^^î Rai#.>4»i6<»,
xvm.
Dans la diftribution de chevaux faite en 1670, noas octtciebs ^^ni » tf-
avons dit que le Roi en fit donner un à M. de Sorel & un ''^^'^ * ^^ma:x^ a M. de Chambly. Cefl que ce Prince, tout en tenant garnison dans les Forts nouvellement conilruits, excitait par ses largesses les officiers qui y commandaient, à entreprendre le défrichemeiit des terres vcH^nes de ces polies, & que les deux dont nous parlons se diihnguèrent par les travaux anxqueb ils se li\Tèrent alors. « L'on défriche « beaucoup, écrivait la Mère de llncamation, surtout au « fort de Chambly & à celui de Sorel, Ces mesâeurs, qui
• sont fort honnêtes gens, y virent de ménage, y ayant
• des bœafs, des vaches, de la volaille. Ils ont de beaux « lacs, fort poissonneux tant en hiver qu en été, & la « chasse y eil abondame en tout temps. L'on a fait des
• chemins pour communiquer d'un Fort à l'autre : les
• officiers y faisam de fort belles habitations êc avançant
« bien leurs affaires par les alliances qu'ils font avec les , , ummâe sixie
• £unilles du pays ^4^. » D'autres officiers se livraient de r incarnation, lettre ailleors à l'aericuitnre. De ce nombre, M. Sidrac dn Gué, ' \'** '^'' '^'^'
^ , ^ P- ^'iOr Oit,
à qui M. Talon permit, en 1667, sous le bon plai^ du (5, oreife de vme.- Roi^ de s'établir à l'île Sainte-Thérèse, d'y abattre-les bois """^ 'f °'^- ^^'^-
. , Aisiorissttîioti de M»
& d en taire cultiver les terres ^y). Pour leur donner à tous xaibo.
(i) Lettres de Marie t'e rincarnation^ lettre Si', 1(368, p. 634.
(2) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 348.
(3) Archives de la marine, recensement
de 166Ô.
AGRICULTURE. MOYEN FACILE POUR FAIRE SUBSISTER LES PAR- TICULIERS ÉTAULIS.
Texemple, M. Talon lui-même faisait défricher aux frais du Roi des terres situées à deux lieues de Québec^ appelées ensuite la seigneurie des Islets. Il y envoya un grand nombre de colons pour y former des familles (i), & les diflribua en trois villages qu'il établit assez rapprochés Tun de l'autre : le premier fut appelé le Bourg-Royal, le second le Boiirg-de-la-Reine, & le troisième le Bourg- Talon (2). Pour ce même motif^ il envoya un très-grand nombre de colons à Beaupré, à Beauport & à Tîle d'Orléans. Ainsi, tandis que dans le recensement de 1666 on ne trouve que cinq cent cinquante-cinq personnes à Québec, on en voit six cent soixante dix-huit à la côte de Beaupré, cent soixante-douze à la seigneurie de Beauport, & quatre cent soixante-onze dans l'ile d'Orléans (3).
Les colons qui avaient à cœur leur établissement poiivaient, sans être accablés par le travail, défricher successivement leur concession, & tirer, après un court espace de temps, de la partie déjà mise en culture, de quoi pourvoir à leur subslffance & à celle de leurs familles. « Quand une famille a commencé une habitation, écrivait « la même Religieuse, il lui faut deux ou trois ans avant « que d'avoir de quoi se nourrir; mais ces premières dif- « ficultés étant passées, ils commencent à être à leur aise ; « & s'ils ont de la conduite, ils deviennent riches avec le « temps, autant qu'on le peut être dans un pays nouveau « comme l'ell: celui-ci. Au commencement, ils vivent de (I leurs grains, de leurs légumes & de leur chasse, c|ui eft « abondante l'hiver. Pour se procurer le vêtement 8: les (I uitensiles du ménage, ils font des planches destinées à (1 couvrir les maisons, & débitent des bois de charpente « qu'ils vendent bien cher. Ayant ainsi le nécessaire, ils « commencent à faire trafic, & de la sorte ils s'avancent « peu à peu. Ici les blés, les légumes & toutes sortes de (( grains croissent en abondance : la terre eft une terre à (( froment, & plus on la découvre en abattant les bois, plus (' elle elf fertile & abondante. Sa fertilité a bien paru cette
DÉFRICHEMENT DES TERRES l665.
M année, où les farines de Tarmée s'étant gâtées sur mer^
« il s'elt trouvé ici des blés pour fournir à sa subsiftance,
« sans faire tort à la provision des habitants. Cela a telle-
« ment touché les officiers des troupes, qu'ils ont obtenu (i) Lettres de Marie
« des terres pour y faire travailler. Aussi, il eft incroyable de rincarnation, lettre
, , , , 72'-, 29 oaobre i665,
v< combien ce pays se découvre & se peuple partout (i). » p. Cjoj.
Le zèle pour l'exploitation des terres ne se montra nulle part plus empressé ni plus courageux qu'à Villemarie. On a vu que les seigneurs de Montréal avaient, à diverses reprises, essayé d'appliquer les colons à l'agriculture, 8c que les guerres continuelles dont Villemarie était le théâtre, forcèrent les habitants d'abandonner leurs champs pour cultiver les terres qui avoisinaient le Fort. Dans cette nécessité, on s'était contenté de leur faire des concessions d'une très -petite étendue, avec promesse pourtant den donner à chacun de plus considérables quand les circonftances pourraient permettre d'aller travailler au loin. Mais à peine eut-on appris, en 1664, que le Roi allait enfin envoyer des troupes , que plusieurs colons demandèrent 8: obtinrent aussitôt de nouvelles terres, au coteau Saint-Louis, quelques-uns vers la montagne de Montréal, d'autres enfin au pied du Courant, dans le voisinage de la maison fortifiée de Sainte-Marie (*). L'année suivante i665, & avant même que les troupes fussent arrivées en Canada, un grand nombre d'autres
VILLEMARIE, ZÈLE POUR LE DÉFRICHE- MENT DES TERRES AVANT MÊME l'aRRI- VÉE DES TROUPES.
(*/ On a VU que l'Hôtel-Dicu de Villemarie avait aussi e'té réduit, plusieurs fois, à abandonner la culture des terres attribuées pour sa donation. L'arrivée des troupes permettant donc de se livrer aux travaux de la campagne, le Séminaire, en 1666, lui accorda deux cents arpents de terres, joignant les deux cents arpents donnés le 8 avril i65o, & pareillement à titre de tief, sans aucune redevance (2). Enfin, minaire de Q.uébec, comme les pauvres de l'Hôtel-Dieu n'avaient pas de prairies pour P^P'^rs concernant leurs animaux, il leur accorda encore, à la suite de ces quatre cents ''"otel-Dieu de Montarpents, toutes les terres non concédées qui, du fleuve Saint- Laurent, s'étendaient vers le lac Saint-Pierre, jusqu'à la première redoute : le tout égalem ent à titre de fief (3).
(2) Archives du se'-'
du
réal. Concession 27 juillet 166').
('i)Ibid. Concession du 2 3 janvier i'368.