‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 152 sur 326 · NOUVEL ASPECT QU 'OF- FRE LE PAYS PAR LE DÉFRICHEMENT · texte numérisé non relu

NOUVEL ASPECT QU 'OF- FRE LE PAYS PAR LE DÉFRICHEMENT

Le Séminaire de Villemarie, non content de donner aux colons des terres à défricher, leur faisait encore des largesses pour les mettre en valeur. Il se montra même si généreux, surtout dans ces premiers temps, que, donnant au delà de ses moyens, il contracta des dettes en France, dont Tacquittement le tint lui-même bien des années dans la gêne, comme la suite le montrera. « Pendant treize ou « quatorze années, depuis qu'il a le soin de Tîle de Mon- « tréal, écrivait M. Tronson à Colbert, en 1677, toutes « les concessions que le Séminaire a données à des parti- « culiërs pour défricher des terres ont été gratuites, sans « autres redevances que de quelques deniers par arpent. « Ceux à qui il les avait données n'ayant pas, pour la (I plupart, le moyen de les défricher 8: de les faire valoir, « il a été obligé de les assifter & même quelquefois de « contribuer à une partie de la dépense nécessaire pour « le défrichement de ces mêmes terres. Quant au revenu (( qu'il tire de celles qu'il fait défricher lui-même pour son « usage particulier, il eft si peu de chose, eu égard aux « dépenses qu'il a fallu faire, qu'il ne rapporte pas le « deux pour cent, sans compter les dépenses communes « & générales, auxquelles il eft obligé, pour l'adminiflra- « tion de la juftice & les autres charges publiques qu'il a « soutenues jusqu'à présent, comme il paraît par les « comptes & les états de chaque année (i). »

Ainsi, après l'arrivée des troupes & la guerre portée chez les Agniers, le pays sembla changer de face par la facilité qu'eurent alors les colons de se livrer en tout-e liberté aux travaux de l'agriculture. Ce nouvel ordre de choses faisait dire au Père Le Mercier dans sa Relation, vers la fin de l'année 1667 : « Autrefois l'Iroquois « nous tenait serrés de si près qu'on n'osait pas même (( cultiver les terres qui étaient sous le canon des Forts, « bien moins aller découvrir au loin les avantages qu'on « doit attendre d'un sol qui n'a presque rien de différent « de celui de la France. Mais à présent que la terreur des

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« armes de Sa Majellé a rempli dellroi ces barbares & les « a réduits à rechercher notre amitié, au lieu des sanglantes guerres dont ils nous moleflaient incessamment,

< nous découvrons, pendant le calme, quelles peuvent

< être les richesses de ce pays, & combien grandes sont « les commodités qu'on s'en doit promettre. De fait, la

paix ayant été conclue avec toutes les nations Iroquoises, après de pressantes infiances qu'elles ont faites par leurs

< ambassadeurs , alors les habitants des colonies ont vu ( qu'ils pouvaient s'étendre au large & labourer leurs n terres avec un parfait repos & une entière sûreté, tant à ( cause de cette paix que de la continuation des soins

qu'on prend de garder 8: d'augmenter les Forts des frontières, &. de les munir de toutes choses nécessaires à leur conservation & à celle des soldats qui les défen- !( dent (i). » « Il fait beau voir à présent, lit-on dans la (o Relation de 1667, [( relation de l'année suivante 1668, presejue tous les rivages p- -• de notre fleuve de Saint-Laurent habités de nouvelles colonies qui vont s'étendant sur plus de quatre-vingts lieues de pays le long des bords de cette grande rivière, où l'on voit naître, d'espace en espace, de nouvelles bourgades qui facilitent la navigation, la rendent & plus agréable par la vue de quantité de maisons, & plus commode par de fréquents lieux de repos. »

Mais ceux qui prirent ainsi des concessions ne mon- svces mesures de trèrent pas tous la même confiance à les mettre en valeur, »■■ talon poir obte 8c il efl: nécessaire d'entrer ici dans quelques détails pour faire connaître les difficultés qu'on eut à vaincre dans le premier défrichement des terres, détails que nous empruntons de la colonie de Villemarie, mais qui pourront donner une idée des obffacles dont on eut à triompher ailleurs. M. Talon se trouvant dans cette ville au mois de mai 1667, plusieurs habitants zélés pour l'avancement du pays lui représentèrent que leur bonne volonté était rendue inefficace par la négligence de leurs voisins, qui n'abattaient point les bois de leurs concessions & retardaient par

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