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XIV POUR FAVORISER LE COMMERCE

deniers qu'il avait ainsi avancés; & qu il en serait de même pendant quatre autres années^ s'il laissait encore jouir la Compagnie de la même somme (*). En inflituant cette Compagnie, le Roi se proposait le bien de la colonie; mais, les colons ayant ensuite désiré d'avoir la liberté du commerce, & la Compagnie y consentant de son côté, à condition que, pour Taider à acquitter les charges du pays, elle aurait le quart des caftors, le dixième des orignaux & la traite de Tadoussac réservée, le Roi, qui ne désirait que le bien de la colonie, confirma, par son arrêt du 8 avril i665, ce nouvel arrangement désiré par les

(i) Édits, ordon- COloUS (l).

nances royaux, p. Oo.

(*) Le Roi veut aussi que, pendant quarante ans, elle jouisse de toutes les mines qui sont dans ce pays, sans être tenue à aucune redevance; & pareillement qu'elle ait la propriété, la seigneurie & la juftice de toutes les terres, tant des pays qui appartiennent à la France, comme ayant été occupés par les Français, que de ceux dont la Compagnie pourra s'emparer, en soumettant les habitants de ces lieux qui ne seraient pas dans l'alliance de la France. Il déclare, en outre, que, si après les quarante années expirées, ce privilège exclusif du commerce venait à être supprimé, dans ce cas la Compagnie ne laisserait pas de posséder à perpétuité, & en toute propriété, seigneurie & juftice, toutes les terres qu'elle aurait conquises ou fait habiter, & d'en disposer comme de son propre bien, ainsi que des Forts, des armes, des munitions & généralement de tout ce qu'elle aurait dans ce pays. Il autorise la même Compagnie à armer & à équiper en guerre, pour la sûreté de son commerce ou pour la défense de ses terres, tel nombre de vaisseaux qu'elle jugera plus expédient; & si elle eft troublée par les ennemis de la France, le Roi s'engage à l'assifter de ses armes & de ses vaisseaux à ses propres dépens. Enfin, il veut que la Compagnie puisse établir dans ces pays tels gouverneurs qu'elle jugera à propos, avec faculté de les révoquer; & il pro-

(2) Édits, ordon- met de leur donner sans difficulté, sur sa simple présentation, les nances royaux. Que- provisions nécessaires. Pareillement, qu'elle puisse inltituer des juges bec, 1854. Edit de & les deftituer; & que, quand il sera expédient d'établir des Conseils mai 16G4, p. 40. souverains, elle en nomme elle-même les officiers, auxquels il pro-

(3) Archives de la ^net dc donner les pouvoirs d'usage (2). Toutefois, comme la colonie marine. Rcfiiflrc des ^^^ Canada était encore peu considérable, la Compagnie pria le Roi ordres du roi pour les ,,..,. . ' . ^. . ,, 1 n' / -.^ .. ^ j . Compacnics des In- ^^ ''^"''^ lui-meme ces nominations, )usqu a ce qu elle lut en état de des. Mémoire four trouver des sujets d'autorité & de mérite qui pussent occuper dignc- M. Talon, fol. jh. ment ces poftes, si importants au pays (3).

BRANCHES DE COMMERCK. iGGj. 239

C'ert ce qui faisait dire au P. Le Mercier, dans la divf-rses branches de

, . , . . , -v / J TVyT --n 1 COMMERCE ÉTAIÎUES

relation de lObD : « Les premières pensées de M. ialon en canada.

« furent de s'appliquer, avec une adivité infatigable, à la

« recherche des moyens par lesquels il pourrait rendre

« ce pays florissant, soit en faisant les épreuves de tout

(t ce que cette terre peut produire, soit en établissant le

« négoce &: nouant les correspondances qu'on peut avoir

« ici, non-seulement avec la France, mais encore avec les

« Antilles, Madère & les autres peuples, tant d'Europe

« que d'Amérique. Il y a si bien réussi, qu'on met en

« usage les pèches de toute nature de poissons, qui sont

« très-abondantes dans les rivières, comme de saumons,

« erturgeons ; 8i même, sans sortir du fleuve, de harengs

« 8c de morues, dont le débit ell en France de très-grand

u profit. On en a fait des épreuves, cette année, par des

« chaloupes qu'on a envoyées & qui ont beaucoup pro-

« duit. De cette nature eft la pêche du loup marin, qui

« fournit de l'huile à tout le pays, & donne beaucoup de

« surabondant qu'on envoie en France & aux Antilles. Là

« pêche du marsouin blanc fournira des huiles plus excel-

« lentes pour les manufactures & même en plus grande

« quantité. Le commerce que M. Talon projette de faire

« avec les îles Antilles ne sera pas Tun des derniers avan-

(' tages du Canada; & déjà, pour en connaître l'utilité, il

« fait passer en ces îles, dès cette année, de la morue, du

« saumon salé, de l'anguille, des pois verts & blancs, de

(I l'huile de poisson, du méring & des planches, le tout du

« cru du pays. Enfin comme les pêches sédentaires sont

« l'àme & le soutien du négoce, il prétend les établir au

n plus tôt (i). » De son côté, la Mère de l'Incarnation (,) Relation de iGG;,

écrivait en 1670 : « L'on introduit un triple commerce p- -' -^•

« ^qui liera par des relations mutuelles^ la France, les îles

« d'Amérique & le Canada. Trois vaisseaux chargés de

« planches de pins, de pois & de blé d'Inde vont partir

« pour aller aux îles. Là ils déchargeront leurs marchan-

(' dises 8c se chargeront de sucre pour la France, d'où ils

« apporteront ici les choses nécessaires pour fournir à

240 m' PARTIE. LOUIS XIV.

(( tout le pays, & ce triple commerce se fera en un an.

« L'on fait encore la pêche des morues à cent lieues de

(i) Lettres de Marie » Québec ; Cette pêchc, étant bien entretenue, produira

de l'Incarnation, let- ^^ ^^^ reveuus immeuses. Voilà pour faire avec le temps

tre 84=, -iy août ibyo, , -t -i:

p. 649. « un grand pays qui enrichira les marchands (i). »

LOUIS XIV DONNE LA Mais, malgré les grands sacrifices que le Roi s'était

LIBERTÉ DU GOMMER- . , c • \- <i/^ -ITl •!

CE A TOUS LES co- loiposes pour laciliter a la Compagnie des Indes occiden- LONs. taies le commerce qu'il avait tant à cœur d'établir, ses

désirs furent rendus inefficaces par le mauvais vouloir ou par l'impuissance des intéressés. Du moins, le Conseil souverain reprocha bientôt à la Compagnie divers abus, entre autres de n'avoir pas toujours dans ses magasins les denrées nécessaires aux colons, qui se reposaient sur elle pour les faire venir de France, ou de les leur vendre à des prix trop élevés; pareillement, de refuser le passage sur ses vaisseaux à ceux qui voulaient aller s'établir à la Nouvelle-France, ou de se charger simplement du transport de leurs effets. Ainsi, en 1668, le sieur de 'Villieu, lieutenant au régiment de Berthier, après avoir vendu tous ses biens pour passer en Canada avec sa famille, n'avait pu obtenir le transport de ses effets, ce qui l'avait obligé à prolonger son séjour en France; & un chirurgien de Villemarie, éprouvant les mêmes difficultés, avait pris sa route vers les îles Françaises. Pour tous ces motifs & pour d'autres encore, le Roi, à qui d'ailleurs la Compagnie, qui craignait de s'engager dans de nouvelles dépenses, ofirait sa démission, finit par la supprimer en 1674, dix ans après son établissement. Et ici encore, ce prince fit bien paraître, par l'ade même de cette suppression, le grand désir qu'il avait de voir fleurir le commerce dans les colonies, puisqu'il remboursa la Compagnie tant de son capital, qui se montait à la somme de plus de douze cent mille livres, que des avances qu'elle avait faites, qui s'élevaient à plus de trois millions & demi. Par son édit du mois de décembre de cette année, il déclara donc que, pour faire connaître en quelle considération il avait ceux

BRANCHES d'iNDUSTRIE EN CANADA. 1667. 24I

qui s'engageaient dans des entreprises de commerce, &

pour contribuer à Tavantage de ses peuples, il donnait, , ^,, .

^ • I 1-1 j (0 JEaits, ordonnan-

dès ce moment, à tous ses sujets la liberté de commercer ces royaux; Québec, dans les pays de l'Amérique, chacun pour son compte, en prenant seulement les passe -ports ordmaires (*) (i).

Avec le commerce, le Roi avait singulièrement à cœur de faire fleurir Tindurtrie en Canada. En y envoyant M. Talon, il l'avait chargé particulièrement d'y donner commencement aux diverses branches les plus nécessaires, 8: n'avait rien épargné de ce qui pouvait lui en fournir les moyens. « Pour ce qui efl des affaires tempo- « relies, écrivait la Mère de l'Incarnation, le Roi fait ici « de grandes dépenses. Il a envoyé des chevaux, des « moutons & des chèvres, afin de pourvoir le pays de « troupeaux & d'animaux domeftiques. M. Talon fait « exactement garder les ordres du Roi : il a commandé « qu'on fasse des chanvres, des toiles & des serges; cela a « commencé & grossira peu à peu. L'on presse tant qu'on « peut les femmes & les filles d'apprendre à filer; on « veut que nous l'apprenions à nos séminarifles, tant « Françaises que sauvages, & Ton nous offre de la matière

1854. Edit du mois de décembre i'>74, p. 74 & suiv.

BRANCHES d'INDUSTIUE INTRODUITES A QUE' BEC PAR LA GÉNÉRO- SITÉ DE LOUIS XIV.

(*) La Compagnie des Indes occidentales ayant ainsi été sup* primée, le Roi réunit à son domaine toutes les terres qu'il lui avait données & se chargea de pourvoir, ainsi qu'elle s'y était obligée ellemême, à la subsiftance des Curés & autres Ecclésiartiques, à l'entretien & à la réparation des églises, des ornements, aux autres dépenses nécessaires pour le service divin, & à procurer enfin, pour la conduite des cures, des personnes capables. Il déclara, en outre, que les Gouverneurs généraux & particuliers & leurs lieutenants seraient pourvus de plein droit par lui, &. lui prêteraient serment de fidélité, ainsi que le faisaient ceux des provinces du royaume; que la jufiice serait rendue en son nom, & les officiers seraient pourvus par lui; sans que pour cela il fût rien innové, quant au présent, dans les tribunaux qui rendaient la jufiice, sinon que le siège de la prévôté de Québec était supprimé, & que la juftice y serait rendue en première inftance par le Conseil souverain, ainsi qu'elle l'était avant l'établissement de la Compagnie des Indes occidentales (2).

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