-T ■' ENFANTS SAUVAGES
ficaces les soins qu'on prenait de leur éducation. D'ailleurs, l'amour désordonné ou plutôt la faiblesse qu avaient pour eux leurs parents, incapables la plupart de les contrarier dans leurs petits caprices, & même de les voir éloignés d eux, y mettait un oblfacle presque insurmontable, qui lassa la patience des personnes les plus dévouées à une œuvre si ingrate ^ si malaisée. « Si Sa Majeflé veut « qu'on les civilise, écrivait Marie de Tlncarnation, nous « sommes prêtes de le faire, par l'obéissance que nous lui « devons; 8c surtout parce que nous sommes toutes dispo- « sées de faire tout ce qui- sera à la plus grande gloire de (« Dieu. C'eff pourtant une chose très-difficile, pour ne pas « dire impossible, de les franciser ou civiliser; nous en « avons l'expérience, plus que toutes autres, 8c de cent de (1 celles qui ont passé par nos mains, à peine en avons-nous " « civilisé une (3;. Depuis que nous sommes en ce pays, (3) Lettres Je .Marie « nous n'avons francisé que celles dont les parents f '''""'""''^^i^"- ^f'-
^ 1 tre 70', ["septembre
(« l'ont bien voulu, 8c quelques pauvres orphelines, dont 166?, p. -.iy. « nous étions les maîtresses : les autres n'étaient que pas-
'. \) Lettre jq', sept. 166S, p. Gj I
« sagères, & demeuraient avec nous un mois ou un peu « plus; puis elles faisaient place à d'autres (i). Dans ces « enfants^ nous trouvons de la docilité & de Tesprit; mais « lorsqu'on y pense le moins, elles montent par-dessus « notre clôture & s'en vont courir, avec leurs parents, « dans les bois, où elles trouvent plus de plaisir que « dans tous les agréments de nos maisons Françaises. « L "humeur sauvage el1: faite de la sorte. Elles ne peuvent « être contraintes : si elles le sont, elles deviennent mélan- « coliques, & la mélancolie les fait malades. D'ailleurs « les sauvages aiment extraordinairement leurs enfants ; (( quand ils savent qu'ils sont triftes, ils passent parce dessus toute considération pour les ravoir, & il faut les « leur rendre. Nous avons eu des Huronnes, des Algon- (( quines, des Iroquoises ; celles-ci sont les plus dociles c( de toutes; mais je ne sais pas si elles sont plus capables « d'être civilisées que les autres, ni si elles retiendront la « politesse Française, dans laquelle on les élève. Je n'at- « tends pas cela d'elles : car elles sont sauvages, & cela « suffit, pour ne le pas espérer (2). »
Si M. de Laval prit un grand nombre d'enfants sauvages pour les civiliser, comme l'assure la Mère de l'Incarnation, il ne les plaça pas au petit Séminaire; du moins nous lisons dans le regiftre de cette maison que les six enfants Hurons entrés en 1668 furent les seuls qu'on y (3) Archives du se- reçut (3) *. saus doutc à cause des difficultés qu'il y avait à les former à notre manière de vivre. « La vie sauvage « leur eft si charmante, à cause de sa liberté, ajoute la « même Religieuse, que c'eft un miracle de les pouvoir « captiver aux façons d'agir des Français : eifimant « qu'elles sont indignes d'eux, qui font gloire de ne point « travailler qu'à la chasse , à la navigation ou à la « guerre (4). » — « Cette entreprise, écrivait M. de Laval « lui-même , n'efl pas sans difficulté , tant du côté des « enfants que de celui des pères 8: mères, qui ont un « amour extraordinaire pour leurs enfants, à la séparation « desquels ils ne peuvent se résoudre; ou^ s'ils la souffrent.
(2) Lettre 78'-, i sept. 1Û08, p. G2y,
minaire de Québec, vol. in-foi., intitulé :
Noms de ceux qui sont entrés au petit séminaire.
(4) Lettre 33L