DES ENFANTS SAU
Tannée suivante, à M. lalon, que le Roi espérait que dépêciies concernant M. de Queylus demeurerait ferme, dans le dessein d'éta- Lettre '^V M.^'Taion,' blir & de fonder cet hôpital (2). foi. 03.
Pendant quon cherchait les moyens de le former, les étauussementdegen Prêtres de Saint-Sulpice donnèrent naissance à une autre œuvre relative à l'éducation des enfants sauvages. Jus- vaoes. qu'alors ils les avaient gardés à Villemarie, dans le Séminaire même. Ils jugèrent qu'ils réussiraient peut-être mieux à les former à la vie civile, s'ils les plaçaient à la campagne, en les éloignant ainsi des occasions de dissipation que la ville pouvait leur offrir. Dans ce dessein, ils formèrent un établissement, au-dessus de la Chine, qu'ils appelaient (}cntilly, sur le bord du ileuve .Saint-Laurent, où ils firent défricher des terres et conflruire des bâtiments; et comme la chapelle en fut dédiée au mystère de la Présentation de Marie au Temple, cette maison fut aussi appelée la Présentation. M. de Fénelon, accoutumé déjà aux mœurs des sauvages, fut chargé de cette œ^uvre;
Iir PARTIE. LOUIS XIV.
(i) Archives de la marine, Canada^ t. I, de 1666 à iGÔQ, 9 janvier iGyS; Concession à M. l'abbé de Fénelon, — Archives du séminaire de Villemarie ; Concession des îles de la Présentalion. Autographes.
(2) Greffe de Villemarie, 21 nov. 1673.
CONCESSION DES ILES COURCELLES A M. DE FÉNELON POUR FAVO- RISER l'Éducation d'enfants sauvages.
& pour la rendre plus utile au but qu'on se proposait^ il demanda et obtint la propriété de quelques îles voisines de Gentilly (i). Ces îles, au nombre de trois, situées entre la Chine & le cap Saint-Gilles, avaient été concédées, en 1668, par M. de Courcelles à M. Picoté de Beleftre, qui leur donna apparemment le nom de ce gouverneur : car elles furent depuis appelées les îles Courcelles. Mais après les avoir ainsi reçues, M. de Beleftre n'y avait fait aucun défrichement; & comme elles pouvaient être d'un grand avantage pour faciliter l'éducation des enfants sauvages, à cause de leur voisinage de Gentilly, le Séminaire lui proposa de lui donner dans lîle de Montréal des terres en échange pour ces îles : ce qu'il accepta (2) .
Le Gouverneur général, pour favoriser le dessein de M. de Fénelon, lui concéda ces mêmes îles, le 9 janvier 1673, (( Le grand zèle que le sieur abbé de Fénelon a
(( témoigné, depuis plusieurs années, pour la propagation
(( du Chriftianisme en ce pays, disait le Gouverneur dans
(( ses Lettres, & l'afFedion qu'il a fait paraître au service
« de Sa Majefté, nous obligent de chercher toutes sortes de
« moyens de la reconnaître, & de le convier à continuer
(( le zèle qu'il a eu jusqu'ici : zèle dont la ferveur l'a porté
« à abandonner tous les établissements considérables que
(( sa naissance & son mérite lui pouvaient faire espérer
» en France, pour s'appliquer entièrement à la conversion
(( & à l'éducation des sauvages. Il nous a demandé de
(( vouloir lui concéder quelques îles, dans le lac Saint-
« Louis, le long de l'île de Montréal, afin de faciliter
(' l'établissement qu'on y a commencé, pour élever de
« petits sauvages, suivant les mœurs & coutumes Fran-
« çaises. Comme nous ne croyons pouvoir mieux accom-
« plir les intentions de Sa Majefté qu'en secondant & en
« favorisant les desseins des personnes qui travaillent
« ainsi à la civilisation des sauvages, nous avons accordé
« & nous accordons au sieur abbé de Fénelon trois îles
« appelées les îles Courcelles, pour en jouir & disposer,
ÉDUCATION DES ENFANtS SAUVAGES. 1668 ET SUIV. 283
(i) Greffe de Ville-
« ainsi que bon lui semblera, en tout droit de fief & de marie, 24 février 1674. « seigneurie, & les faire cultiver & habiter, autant que leur -Pièces & documents
•^ ^ sur la tenure seigneu-
« étendue le pourra permettre (i). » riaie, p. 359.
xxin.
La concession de ces îles fut faite à M. de Fénelon mission sauvage a gen-
personnellement; & lui-même nous apprend qu'il les avait '^'^^^'
demandées pour attirer plus facilement des sauvages dans lile de Montréal, particulièrement à Gentilly, où plusieurs s'étaient déjà habitués, & aussi pour faciliter leur conversion à Dieu & leur éducation. Mais il déclare en même temps que tous les travaux faits dans Tune de ces trois îles, aussi bien que ceux qui avaient été exécutés à Gentilly, venaient des deniers du Séminaire ; que, quant à lui, il n'avait contribué à cette œuvre qu'en attirant dans ces (o) Archives du sélieux des sauvages, & en faisant habiter par eux & par des minairedeViiiemarie, Français cette même côte de Tîle de Montréal (2). L'œu- de vmema'rie~24'^%vre de l'éducation des enfants ayant ainsi donné lieu à vrier 1674. — Archirétablissement d'une Mission sauvage sur cette côte de l'île, ''^ de la marine. Ca-
o ^ nada, t. I, lev. 1674.
de là vint qu'on appela un certain lieu, où des sauvages (3) Lifte des Eccié- ,- s'étaient fixés, du nom de Baie d'Urfi , de celui de siaftiques du sémi-
V ,1 j., T /' 1, 1 »«• • • ^..v naire de Viliemarie.
/^ M. d Urfi, l un des Missionnaires (3).
Depuis la paix faite avec les Iroquois, le zèle pour la les missionnaires vont
j 1 y • 1 t A ^ A LA DÉCOUVERTE DE
conversion des sauvages n était plus enchaîne comme p .^^ nouveaux pour
auparavant, 8c il devint l'occasion de la découverte de v porter la foi.
nouveaux pays, dont on prit possession au nom du Roi,
en vue d'y porter la foi chrétienne. Colbert écrivait à
M. de Queylus, en 1671 ; « Le Roi a appris avec beau-
« coup de plaisir, par les lettres de M. Talon, le zèle &
« l'application que vous avez, non-seulement pour tout ce
« qui peut augmenter la colonie de Montréal, mais même
« pour étendre le Chrirtianisme dans les parties les moins
« connues de la Nouvelle-France. Sa Majefté vous en sait
rt beaucoup de gré, & elle eft persuadée que vous ne
« bornerez pas à cette œuvre de piété seulement la cha- (4) Archives de la
« leur & le zèle que vous avez pour l'augmentation de J"^""^- Regiftre des
. . ^ f- -Kx- -n I • • 1 dépêches de Colbert,
« notre Religion (4;. » Ce Miniftre parle ici du voyage que 1G71, foi. 35.
M. de Queylus fit entreprendre à deux de ses Ecclésiastiques, en 1669, pour essayer de porter la foi aux sauvages des bords du grand fleuve appelé Mississipi. Comme ce voyage, refté inconnu jusqu'à présent, a donné lieu aux iMissionnaires qui Tentreprirent, de dresser la première nL carte qui ait fait connaître Tintérieur des terres, & de prendre possession, au nom du Roi de France, des pays qu'ils avaient parcourus 8: habités, nous en rapporterons l'occasion &: les principales circonftances au chapitre suivant.