COLONIE
Si M. de Galinée fut ainsi du voyage, c'ell que le dé- dangeu chie devaient part s'était trouvé différé à l'occasion de l'assassinat d'un '^'''"'"' "^ *"^"°'''
1 NAIRES en s ELOl-
capitaine Iroquois de Sonnontouan, tué par trois soldats g.nant alous ue la des troupes en garnison à Villemarie, qui, ayant été pris & condamnés à la peine capitale, avaient prié M. Dollier de ne pas les abandonner qu'après leur mort, qu'ils endurèrent le 6 de juillet. L'attentat dont nous parlons ici devait remplir de fureur les Iroquois contre les Français, & l'on a lieu de s'étonner que la crainte d'éprouver leur vengeance, à lécart des habitations Françaises, n'ait pas fait abandonner aux Missionnaires le projet de ce voyage lointain. Mais ce qui cfl plus étonnant encore, c eft que, la veille même du supplice des trois assassins, on découvrit
Iir PARTIE. LOUIS XIV.
que trois autres Français avaient commis un attentat plus atroce encore que le précédent sur la personne de six sauvages Iroquois^, de la nation d'Onneiout^ massacrés près de VillemariC;, comme nous le raconterons plus en détail au chapitre suivant; & ces événements funeftes faillirent rallumer le feu de la guerre & mettre tout à feu & à sang dans la colonie. » Nous avons été à la veille^ dit à ce sujet « la Mère Marie de l'Incarnation^ de voir les nations sau- « vages venir fondre sur nous & rompre la paix qu'ils 'i avaient faite^ & qui a tant coûté au Roi. Notre situation u était d'autant plus embarrassante que les Missionnaires « étant dispersés en toutes ces nations^ il y avait sujet de (' craindre qu'ils ne fussent égorgés avec tous les Fran- « çais de leur suite. Ce qui a encore aigri les affaires du « côté des IroquoiS;, c'eft que les trois assassins ayant été I « saisis & interrogés^ l'un d'eux déposa que les deux autres \ « avaient proposé d'empoisonner^ dans les occasions^ « autant d'Iroquois qu'ils pourraient. Ce bruit a éclaté & « nous a mis dans la dernière crainte que les Iroquois « ne fissent mourir les Missionnaires & ne vinssent à défi) Lettres de Marie « truire nos habitations écartées (i); les Sonnontouans de l'Incarnation, lettre „ q^ particulier avaient résolu de tuer autant de Français
ois octobre i66q, p. . . * ,
643. " « qu us en pourraient rencontrer a 1 écarts, pour venger la
« mort de leur capitaine. »
DÉPART DES MISSION- NAIRES. FATIGUES ET PRIVATIONS qu'ils EN- DURENT DANS LE VOYAGE.
Ce fut donc dans ces circonflances critiques que M. Dollier, M. de Galinée 8: M. La Salle osèrent entreprendre le voyage dont nous parlons. Le jour même où les trois soldats assassins subirent leur supplice^ ils partirent de Villemarie, allèrent au Saut Saint-Louis & au fief de Saint-Sulpice, appelé ensuite la Chine. La petite flotte se composait de sept canots, dont six étaient montés chacun par trois hommes, & le septième par quatre, faisant en tout vingt-deux Français, 8: marchait sous la conduite de deux autres canots montés par des Iroquois de Sonnontouan, les mêmes qui avaient demeuré chez M. La Salle. Nous ne décrirons pas toutes les fatigues
qu'eurent à endurer les voyageurs, obligés, pendant près de quarante lieues, à traîner leurs bagages & à porter euxmêmes leurs canots, à cause des rochers dont les rivières sont remplies, ce qui faisait écrire à la Mère Marie de rincarnation : « Mgr notre Évêque a envoyé deux Ecclé- « siafliques de Saint-Sulpice à quelques nations du côté « des Outaouas. Ils sont dans une ferveur admirable : « aussi ont-ils besoin de cette grâce, ayant à passer des « lieux dangereux, par les bouillons d'eau qui s'y ren- « contrent '^i). » Nous ne parlerons pas non plus des pri- (i) Lettres de Marie vations qu'ils souffrirent, n'ayant pour toute nourriture, tUI"'i-"rj'r'iCGQ pendant plus d'un mois, que du blé de Turquie cuit dans p. 639. de l'eau, 8c pour couche que la plate terre; & il nous suffira de remarquer que les vingt-deux voyageurs n'étant point accoutumés à une vie si rude, il n'y eut personne parmi eux qui n'éprouvât les atteintes de quelque ma-
. . . A (2) Voyage de MM.
ladie, avant qu'ils fussent à cent lieues de l'île de Mont- DoiiieretdeGaiinee; réal (2).
ibid.