SESSION DE CES PAYS
AU NOM DU ROI. avaut d'en partir, pour continuer leur voyage, ils firent une action qui mérite d'être rapportée. Ce fut d'aller tous
,v ensemble au bord du lac Érié, & d'y planter une croix le dimanche de la Passion, 23 mars, en mémoire d'un si
1 long séjour de Français dans ces terres. De plus, imitant le noble & généreux exemple de Jacques Cartier, qui, avant de quitter les rives du fleuve Saint-Laurent, y avait arboré sur une croix les armes de France, pour prendre possession du pays au nom de François P'", M. Dollier & M. de Galinée firent attacher au pied de la croix qu'ils avaient plantée les armes de Louis XIV, avec une inscription qui attefiait cette prise de possession, & en dressèrent
(*) Cet hiver fut, en effet, le plus rude que, de mémoire d'homme, ^ on eût éprouvé en Canada. La Mère de l'Incarnation en écrivait ainsi à la Supérieure des Ursulines de Tours, le i" septembre suivant : « Le dernier hiver a été extraordinairement froid , tant pour sa « rigueur que pour sa longueur; & nous n'en avons point encore « expérimenté un plus rude depuis trente & un ans que nous som- « mes en ce pays. Tous nos conduits d'eau ont gelé & nos sources « ont tari, ce qui ne nous a pas donné peu d'exercice. Au commence cément, nous faisions fondre de la neige pour avoir de l'eau, tant « pour nous que pour nos beftiaux ; mais il en fallait une si grande « quantité, que nous n'y pouvions suffire. Il nous a donc fallu ré- « soudre d'en envoyer quérir au fleuve avec nos bcuufs, qui en ont été « presque ruinés, à cause de la montagne fort droite & glissante. Il ,
^ , ,. ... « y avait encore de la glace dans notre iardin au mois de juin : nos
^2) Ix'ttrcs de Marie , o rL t r • i -
de l'Incarnation ict- " arbrcs & nos entes en sont morts, lout le pays a lait la même
ire spirituelle i23' « pei"te, & particulièrement les Mères Hospitalières, qui avaient un
p. 270,280. ' « verger des plus beaux qu'on pourrait voir en France (2). »
RETOUR A VILLEMARIE. 167O. 3oi
un procùs-vcrbal conçu en ces termes : « Nous^ soussi- « gnés, certifions avoir vu afficher sur les terres du lac « nommé Erié les armes du Roi de France^ avec cette « inscription : L'an du salut 1669, Clément IX étant assis « sur la chaire de saint Pierre, Louis XIV régnant en « France, M. de Courcelles étant Gouverneur de la Nou- « velle-France, & M. Talon y étant Intendant pour le « Roi : sont arrivés en ce lieu deux Missionnaires du Se- (0 Archives de la
j ■. ï , , , y ^ ^ T-' marine, carton Cana-
« mmaire de Montréal, accompagnes de sept autres r ran- ^^ intendant m. ro- « çais, qui, les premiers de tous les peuples Européens, bert, de 1(3(33 à 1679— « ont hiverné en ce lac, dont, comme d'une terre non oc- ^f^°" Menioires ge-
' ^ neraux sur le Canada,
« cupée, ils ont pris possession, au nom de leur Roi, par de 1628 à lyiri. i3 « Tapposition de ses armes, qu'ils ont attachées au pied mai 1687.— Mémoires
'^ '^ , -^ ^. . •'■de plusieurs papiers
« de cette croix. En foi de quoi nous avons signé le pré- eoncemant la Nou-
« sent certificat. veIle-France,no2i.-
Mémoire sur la domi-
t:- ^ rN 'i nation des Français
TRANCOIS DOLLIER, prêtre, ^ .^ ;„e .,!'«,,
•> y t ' en Canada jusqu en
Du diocèse de Nantes, en Bretagne. 1687.— Journal géné-
rai de l'inftrudion pu- De GaLINÉE, diacre, blique,vol'. 3i, n» 67,
Du diocèse de Rennes, en Bretagne (i). » p. 2 ,2oaou
Le lendemain de rAnnonciation, 26 mars, its partirent accident qui oblige de là pour continuer leur marche. Elle devint extrême- KElRENÏRrLE^cHE^ ment difficile, tant à cause du grand nombre de rivières min de villemarie. qu'ils eurent à traverser, que de la disette de vivres qu'ils éprouvèrent bientôt; &, dans cette rude nécessité, M. Dollier & M. de Galinée furent réduits à se priver d'une partie- de leurs portions en faveur de leurs hommes, afin de pouvoir les envoyer à la chasse. Le jour de Pâques étant venu, ils s'arrêtèrent pour célébrer la fête, et tous firent leur Communion pascale avec une singulière consolation. \ Partis de nouveau, ils arrivèrent à une longue pointe, marquée par M. de Galinée sur sa carte, après avoir fait vingt lieues ce jour-là. Étant tous très-fatigués, ils se contentèrent de porter leurs canots à terre, ainsi qu'une par- \ tie de leurs hardes; & laissant le refie près de l'eau, sur le sable, ils se couchèrent & s'endormirent bientôt, sans pré-
voir ce qui allait leur arriver. Pendant la nuit^ il s'éleva un vent du nord-eft très-violent^ qui agita le lac Érié avec tant de furie^ que l'eau monta de six pieds & emporta les hardes d'un des canots des xMissionnaires. Elle eût même emporté toutes les autres par Timpétuosité de ses vagues^ si Tun de la troupe ne se fût éveillé & n'eût donné promptement l'alarme. Tous se lèvent aussitôt^, courent sur les hardes pour les mettre en sûreté^, mais sans rien recouvrer des premières qu'un baril de poudre qui flottait sur le lac. Le plomb même fut emporté^ ou plutôt il fut enfoncé si avant dans le sable^ qu'on ne put jamais l'en retirer. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'eft que toute la chapelle de M. Dollier fut entièrement perdue, & cet accident, qui les mettait tous hors d'état de recevoir le sacrement de l'Eu- ::- ei^^^l charilfie & de le procurer à d'autres, leur fit prendre la
• ' ,.^ ^ résolution de retourner à Montréal pour se fournir d'une » autre chapelle, comme aussi de marchandises^ afin de les
échanger pour des vivres, chez les sauvages, qui ne connaissaient pas d'autre monnaie.
LES MISSIONNAIRES SE Commc Ic chemiu des.Outaouas leur parut presque
aussi court que celui par où ils étaient venus, ils prirent le parti d'aller à Sainte-Marie-du-Saut, où ces sauvages s'as- LEMARiE. semblaient, espérant de descendre de là avec eux à Ville-
marie ; & après avoir fait environ cent lieues de navigation, ils arrivèrent à l'endroit par où la mer douce des Hurons se décharge dans le lac Erié. A six lieues de là, ils rencontrèrent un endroit fort vénéré de tous les sauvages de ces pays, à cause d'une idole de pierre, que ceux-ci croyaient se rendre favorable en lui offrant des présents & des sacrifices, pour obtenir une heureuse navigation sur le lac Érié. Cette pierre, que les Iroquois leur avaient fort recommandé d'honorer en passant, n'avait cependant d'autre rapport avec la figure humaine que celui que l'imagination grossière de ces barbares lui donnait, quoique pourtant on y eût peint avec du vermillon une espèce de visage grotesque. « Après la perte de notre chapelle & la