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FORMATION DE PAROISSES

Mais, outre rétablissement d\in moulin & la construdion dune chapelle, un autre obrtacle plus difficile encore, qu'on ne pouvait vaincre même à prix d'argent, dans la formation d'une paroisse, était de la pourvoir d'un prêtre qui la desservît. La foi chétienne avait alors généralement trop d'empire sur les cœurs des colons pour qu'ils voulussent aller sétablir au loin^ dans des lieux écartés, exposés tous les jours aux surprises des Iroquois, s'ils n'étaient assurés d'y recevoir, surtout à leurs derniers moments, les secours de l'Eglise, 8c si d'ailleurs eux & leurs enfants étaient privés de toute inftrudion religieuse & de l'éditication qu'ils avaient trouvée jusqu'alors dans les réunions & les exercices du culte public. Le pays, trop nouveau encore, ne fournissait presque point de prêtres; il fallait donc en faire venir de France, & nous avons vu combien il était rare d'en trouver qui voulussent quitter leur patrie pour se dévouer à tant de dangers & même à tant de privations, les paroisses n'ayant pas encore de quoi entretenir leurs palpeurs. Dès qu'il y eut des colons établis dans l'île de Montréal & à la côte de Saint-Sulpice, le Séminaire crut être obligé de leur envoyer un prêtre pour leur donner les secours de son miniftère; ce qui fai-

DI1FICUL7É Z» d'avoir UN PRÊTRE POUR DES- SERVIR LA BOURGADE,.

OU PAROISSE. LA CHINE DESSERVIE d'anORD PAR VOIE DE MISSION.

était établi dès l'année précédente. M. Talon ayant déjà défendu aux hommes non mariés la chasse, la pêche, la traite avec les sauvages & même l'entrée des boisj Lenoir^ qui était encore célibataire, fut inquiété sur ce commerce. Il promit cependant, le 20 décembre de cette année, de se marier l'année suivante, trois semaines au plus tard après l'arrivée des vaisseaux, & même il s'obligea, en cas de dédit de sa part, à donner cent cinquante livres à l'hôpital & autant à l'église de Villemarie. A ces conditions, on lui permit de trafiquer dans sa maison & de se faire payer des sommes que lui devaient les sauvages, mais non pas d'aller à la chasse dans les bois (i). Il tint sa (i)GrefTe de Villepromesse, & au mois de décembre de l'année suivante, 1672, il marie, 26 dec. 1G71. épousa la fille d'un ancien exempt, ou officier de la maison du Roi, Marie-Magdeleine Charbonnier, de la paroisse de Saint-Jean-en- Grève, à Paris (2). Ce François Lenoir, dit Roland, né à Mdras, petite ville de Dauphiné, aujourd'hui département de la Drôme, & alors diocèse de Vienne, eft l'auteur des familles de ce nom qui subsiftent encore ù Villemarie.

(2) Ibid., 26 de'cembrc 1G72. Contrat de mariage de François Lenoir.

IIl'^ PARTIE. LOUIS XIV.

(i) Archives de la Propagande, vol. ^ merica 3. Catmda, 356 ; de Statu Ecclesiae, 20 06I. 1661, fol. 29.

(2) GrelTe de Villemarie. Ordonnance de M. Talon, 1672, publiée par l'ordre de M. d'Aillcboult.

(3) Archives du séminaire de Villemarie. Pièces sur les concessions, i5 )anvier

(4) Arch. de la Propagande, îf»it/. art. 12, fol. 8.

(5) Ibid., fol. 29,

(6) Regiftre de la Chinî. Remarque sur cette paroisse par M. Remy.

(7) Greffe de Villemarie, 27 mai 1675.

Inventaire des biens de George Allctc.

sait dire à M. de Laval, dans son Etat de l'Eglise qu'il envoya à Rome en 1661 : « L'île de Montréal efl: partagée « en diverses paroisses auxquelles les prêtres résidant à « Villemarie ont soin d'adminirtrer les sacrements & les (( autres secours spirituels (*) (i). » On envoya ainsi des prêtres d'abord à la Chine & à la Pointe-aux-Trembles, mais par manière de mission passagère & à certains jours seulement. De là cette formule c^ans les ordonnances du juge de Villemarie : « Le présent ade sera lu & affiché à « la Chine & à la Pointe-aux-Trembles à Tissue des Messes « qui s'y diront les premiers jours (2). » Les aéfes de Tautorité publique étaient ainsi affichés aux moulins comme aux premiers édifices publics des paroisses rurales, où d'ailleurs chacun, étant obligé d'aller par nécessité pour faire moudre ses grains, pouvait en avoir aisément connaissance. Car dans ces premiers temps il n y avait encore ni église ni chapelle, & à la Chine les habitants s'assemblaient, pour la Sainte Messe, dans la maison d'un nommé Fournier (**) (3). Un pieux colon de ce lieu,

(*) Il paraît que, dans ses premières visites paftorales, M. de Laval avait pris une connaissance assez imparfaite de l'étendue de l'île de Montréal. Dans sa Relation de 1660, après sa première visite, il lui donnait de longueur huit lieues & davantage, & de largeur environ trois lieues dans les parties les plus étendues (4); mais dans sa Relation de l'année suivante il suppose qu'elle avait au moiiîs deux lieues de longueur. Pareillement, il donne à l'île d'Orléans au moins quatorze lieues de longueur & sept ou huit de largeur (5). C'eft une confirmation frappante des observations que nous avons faites déjà au sujet de Jacques Cartier 'Se de Champlain, sur la difficulté d'évaluer approximativement les diftances dans un pays nouveau, encore inconnu de ceux qui le parcourent.

(**) Les premiers prêtres qui exercèrent à la Chine les fondions de Missionnaires furent MM. de Fénclon, d'Urfé, Barthélémy, Le Fèvre, Trouvé, Bailly (6). Au mois de mai 1675, ce dernier, après avoir célébré la sainte Messe, revenait dans un canot conduit par George Allète, menuisier, lorsque ce canot tourna ; &, ce qui e(ï assez étonnant, le condudcur se noya, tandis que M. Bailly se sauva à la nage (7). Il paraît qu'il gagnait alors non Villemarie, mais le domaine

FORMATION DE PAROISSES. 1672. dSj

Jean Chevalier, qui désirait vivement d y voir conflruire

une chapelle, donna, en 1671, la quatrième partie des

biens qui lui étaient échus à Dieppe par le décès de ses

père 8: mère & de son frère, pour être employée à cette

conjiruction & à prier pour lui(i). M. Guyotte, prêtre du (o Greffe de viiie-

Séminaire, envoyé à la Chine en 1675, fit bâtir la chapelle "^^^'^^' '^ °'^; '^7|

. -^ ' .,. Donation irrévocable

1 hiver suivant (2), de concert avec René Cuillerier, pre- par jcan chevalier à mier marcuillier du lieu, agissant au nom de la Fabrique. l'egUse de la chine.

„ ^ .11 o • . • T-.- ^ j- (2) Regiftre de la

Lniin, cette chapelle, conltruite en bois par Pierre Oaudin ciùne. Remarques de dit Chàtelet (3), se trouvant achevée au commencement de m. Remy. Tannée suivante, elle fut bénie par M. Guyotte le Jeudi- marie, août 1 6^5.' ^" Saint 1676, &, à la demande des paroissiens, dédiée à / n o a Dieu sous le vocable des Saints Anges, ce que TÉvêque chine. Note de m. Reavait permis verbalement, en attendant quil donnât des myàiatêtedu i"re-

, , ^ o- / \ giftre & remarques

lettres-patentes de cette érection (4). j^,-^,

A la Pointe-aux-Trembles, les seigneurs avaient fait ÉrABussEMENT de la

,t • 1-1 ' • 11-^^ PAROISSE DE LA POm-

elever aussi un moulin, devenu nécessaire aux habitants ^^ .„^. ^„^„„. ^, ^^

^ Te.— AUX "•TREMBLES Dr,

des côtes voisines (*) ; & comme on T avait pratiqué à la Montréal. Chine, on célébra d'abord la Sainte Messe dans la maison de quelqu'un des colons, notamment dans celle de François Beau ou Le Beaux (5). Il y avait cependant, dès ('') Arch. du sémilannée 1674, une chapelle au bas de Tile de Montréal; sT^ief concesToTs ', mais le prêtre qui allait y adminifirer les Sacrements était 22 mai 1667, 28janv. tout à la fois Missionnaire au bas de l'ile, à Répenti^iiy (6), '^'?^;~^^^^^''^ff '^

J ^ r n J \ J' Pointe-aux-Trembles.

à l'ile Sainte-Thérèse, à la Chestiaye & à Verchère (7). Le Assemblée du 18 nopetit nombre d'habitants était cause que le même prêtre membre 1674..

^ ^ ^ (G) Regiftre de la

Pointe-aux-Trembles.

Baptêmes, 1674-73.

(7) Ibid.

de la Présentation, que les prêtres du Séminaire avaient établi audessus de la Chine, & où quelques-uns d'eux résidaient ordinairement, du moins Jusqu'en l'année 1676, qu'ils bâtirent une chapelle à la Chine même (8;. (^) Regiftre de la

(' ) Plusieurs de ces habitants ayant négligé d'abattre sur leurs Chine. Remarque de terres des bois encore debout, qui fermaient le passage du moulin à M- Rcmy. d'autres colons & les empêchaient d'y faire moudre leurs grains, le juge de Villemarie les condamna, en 1672, à les faire abattre, & autorisa même les seigneurs à employer à cela des hommes aux frais /ç^ Greffe de Villedes propriétaires négligents (9). marie, C déc. 1672.

donnait ainsi ses soins à plusieurs paroisses, & en inscrivait les ades dans un regiftre commun, ce que Ton pratiqua longtemps dans les paroisses de Varenne, Longueuil (i)RegiftredeLon- & BoucherviUc (i). Quoique vers Textrémité de Tîle de ^"^"'' Montréal il y eût déjà la chapelle dont nous parlons, il

n'en exiftait point encore à la Pointe-aux-Trembles; ce qui fut cause que le i8 novembre 1674 les habitants s'y réunirent, sous la présidence de M. Frémont, prêtre du Séminaire, afin de délibérer sur les moyens d'en bâtir une. Rien ne montre mieux combien ces anciens colons avaient à cœur de voir élever au milieu d'eux quelque sanduaire uniquement delhné aux exercices religieux, que les termes du procès-verbal dont nous parlons. Ils y déclarent qu'ils se sont assem.blés afin d'aviser aux moyens de bâtir une chapelle tant désirée & si nécessaire pour y offrir le Saint Sacrifice de la Messe plus décemment qu' on ne l'a pu jusqu'à présent , & y faire plus commodément leurs dévotions. On élut à la pluralité des voix deux marguilliers, François Beau, de la côte Saint-Jean, & Laurent Archambaut, delà côte Sainte-Anne, & on les chargea de faire conflruire la chapelle sous le titre de V En faut- Jésus, au moyen de cotisations volontaires que chacun promit,

(2) Archives de la sclou SCS facultés (2). La chapelle étant achevée, le Supé- Pûinte-aux-Trembies. ^.jg^j. ^^ Séminaire la bénit, sous le titre de V Enfant- Jé~

Proces-\erbal des as- '

semblées, 18 novem- SUS, le i3 mars 1 678, assifié par M. Seguenot, Curé de la

bre 1674. Pointe-aux-Trembles, & par M. Jean Cavelier, frère du

(3) Regiftre de la sicur La Salle, dout on a parlé (3). Enfin M. Seguenot, B^^^éiki'^on^dïîS ^" préscuce de tous les paroissiens, bénit la cloche, à laparoissiaie. qucllc Maric-Thésèsc du Gué, Tune des paroissiennes, ' (4) Archives de la douua le uom de Thérèse du Saint Enfant Jésus (4). ^°'"^f.t"^^'"^'"^'f ^" L'établissement de ces deux anciennes paroisses , la

Bénédiction de la clo- . *•

che, i2nov. 1684. Chine & la Pointe-aux-Trembles, peut donner une idée de ce qui eut lieu dans la formation des autres paroisses du Canada. Le moulin confiruit en pierres, ordinairement en forme de tour, avec des meurtrières , pour faire feu de là sur les assaillants; l'église d'abord en bois; enfin une enceinte fermée de pieux ou de planches, 8c divisée en

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