XXX IV
DÉSOLATION DES GENS DE BIEN EN VOYANT LE CHANGEMENT SUR- VENU DANS LA CO- LONIE.
(2) Annales dcl'Hô- ■tel-Dieu Saint-Joseph, par la Sœur Morin.
au château, & se mit à faire des perquisitions pour découvrir & saisir leurs complices (i).
On voit, par tous les exemples que nous avons rapportés dans ce chapitre, combien l'arrivée & rétablissement des troupes en Canada furent funeffes à Tétat moral de la colonie. La Sœur Morin, qui nous a laissé un tableau des premiers temps qu'elle avait vus, n'a pu s'empêcher de déplorer le changement survenu déjà depuis plus de trente ans lorsqu'elle composait ses Annales. « Mais ce temps heureux, dit-elle, efl bien passé. La guerre avec les Iroquois ayant obligé notre bon Roi de nous envoyer plusieurs fois des troupes : les soldats & les officiers ont ruiné la vigne du Seigneur, & établi le vice & le péché qui sont presque aussi communs en Canada que dans l'ancienne France, & même les plus grands crimes. C'ell ce qui fait gémir les gens de bien, surtout les Missionnaires qui se consument à prêcher & à exhorter presque sans fruit, regrettant & pleurant avec sanglots ces heureuses années où la vertu fleurissait quasi sans travail de leur part (2). » Enfin, par une fâcheuse coïncidence, ce relâchement dans les mœurs sembla prendre plus d'extension encore après la perte presque simultanée que fit alors la colonie de plusieurs personnes recommandables qui auraient pu, par leur présence, ralentir le progrès du mal. Car ce fut dans ces circonffances désolantes que le Canada se vit privé comme en même temps de M. de Queylus, de M. de Courcelles, de M. Talon, de madame de la Pelterie, de la Mère de l'Incarnation, de mademoiselle Mance, & même pendant trois ans de la présence de M. de Laval, comme nous le dirons au chapitre suivant.