‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 258 sur 326 · MALADE ET MEURT PARIS · texte numérisé non relu

MALADE ET MEURT PARIS

414 m*' PARTIE. LOUIS XIV.

tit en effet pour la France dans Fautomne de l'année 1671 (*), & conduisit avec lui M. d'Allet 8^ de Galinée. Le Séminaire de Villemarie avait perdu, depuis peu, Tun de ses plus anciens membres^ M. Dominique Gallinier, (ij Regiu.de lapa- décédé le iQ oclohre 1671 (i), en odeur de grande vertu, roisse de Villemarie. Pendant quatorzc OU quinzc années, il s'était exposé mille

Sépultures, I g odobrc ^ . , i i j i

j6-,, fois a la mort, en secourant les colons^ dans les attaques

journalières que leur livraient les Iroquois, bravant les

périls avec d'autant plus de résolution, qu'il ambitionnait

{2) Hift. du Mont- ^y^^;- ,q^5 d'ardcur le bonheur de verser son sang pour

réal.parM. Dollier, do ,, , f. , , i • /■ \

1670 à 167t. 1 établissement de la colonie (2).

M. DE QUEYLus TOMBE Cepeiidaiit le voyage de M. de Queylus fut moins

heureux pour Villemarie qu'on ne l'avait espéré d'abord, à cause du dérangement qui survint dans sa santé, peutêtre par suite des fatigues de ce dernier voyage. Se trouvant hors d'état de repasser dans la Nouvelle-France, il se retira, le 3 juin 1672, chez les Ermites du mont Valérien, près Paris, dont la Communauté était conduite par des prêtres du Séminaire. Elle avait alors pour supérieur un ancien vicaire de la paroisse de Saint-Sulpice, que M.' de Queylus avait beaucoup connu autrefois, M. Pierre Couderc, qui probablement l'attira dans cette solitude par l'espérance que l'air de la campagne contribuerait à le rétablir. La santé de M. de Queylus y fut néanmoins toujours languissante, ce qui n'empêcha pas qu'on ne l'élût supérieur du mont 'Valérien l'année suivante, 8c même quon ne le réélût encore après son premier triennat. Par un effet de sa générosité ordinaire, il augmenta les reve- (y G.diia Christia- nus de Cette Communauté (3), fit conftruire, à ses propres »«, t. ,^0.1009. fj.gjj,^ 1^ grand bâtiment qu'on voyait autrefois sur cette montagne, ainsi c[ue les flations du Calvaire qui y atti-

(*) Grandctj assez mal inllruit de ce qui concerne M. de Queylus, suppose dunssa Notice qu'il partit en i(")74, 8«l tut rappelé par M. de Bretonvillicrs.

M. DK Ql'EYLUS QUITTl', I.i: CANADA; SA MORT. [67I. ^\5

raient les pèlerins (i). Enfin le délabrement de sa santé (i) \ic manuscrite lui otant tout espoir de retourner jamais en Canada, il ^\c m de Queyius, pa profita de la présence de M. de Laval à Paris pour mettre la dernière main à une fondation qu'il avait faite autrefois en faveur des Hospitalières de Québec. Nous avons vu qu'il leur avait remis six mille livres pour former une dot de Religieuse en l'honneur du Verbe incarné (2). Par ade (2) Hifioire de môdu i*^' mars 1675, il régla, de concert avec M. de Laval 8: ^''-^î"^" "^^ ^"'^'^"' le P. Ragueneau, que mille livres de cette somme seraient données aux pauvres, 8c que le refle formerait la dot qu'il voulait fonder. Lui-même nomma, pour en jouir la première, Gabrielle Denis, sa filleule, à qui, en effet, cette fondation fut affectée (3), & il voulut qu'à l'avenir la Com- (3) ibid , p. 223. munauté des Hospitalières y nommât, avec cette clause expresse que, si après six mois expirés depuis la vacance de la place, la Communauté n'y avait pas pourvu, le Supérieur des Jésuites de Québec y nommerait lui-même de

plein droit (4). (4) R.giftres de l'ar-

chevcché de Québec.

T ^iTiyri/-xi i, , ' • Rcgiflre B, fol. 70.

La santé de M. de Queylus dépérissant toujours davantage, surtout depuis le mois de septembre 1676, il quitta le mont Valérien, se retira d'abord à la Communauté de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, & de là au Séminaire, où il mourut le samedi 20 mars 1677, vers deux ou trois heures après midi. Les prêtres du mont Valérien, par reconnaissance pour un si généreux bienfaiteur, s'empressèrent de faire peindre son portrait, & assifièrent à ses funérailles, qui eurent lieu le lendemain au Séminaire; Si l'on fit encore pour lui un Service le 19 mai suivant (5). (3) Joum;! de m. Sa perte fut vivement sentie à Villemarie, privée par là ^ronson, par m. Bourd'un de ses plus fermes soutiens; & comme ses confrères cherchaient quelque occasion pour renvoyer sa vaisselle en France, on leur écrivit qu'il avait donné à leur maison i^) i-ettres de m. tout ce qui pouvait lui appartenir en Canada (6). l'^vT"' ^ ''"' '^'^'

Le départ de M. de Queylus pour la France, vers "• ""^ courceixes la fin de Tannée 1671 , fut suivi du rappel de M. de (]our

M. TALON CiUlTTENT LE CANADAi

4l6 IIl*^ PARTIE. LOUis XIV.

celles^ 8: de celui de M. Talon Tannée suivante (*). La sagesse que celui-ci faisait paraître dans la conduite des affaires, son affabilité envers les colons dont il procurait les avantages avec tant de sollicitude, ses autres qualités personnelles, & surtout la grande autorité que le Roi lui avait donnée, lui conciliaient Teftime & la considération universelle dans la colonie, de manière à le mettre, dans l'opinion des peuples, à Tégal & même au-dessus du Gouverneur. M. de Courcelles était doué lui-même de trèsbelles qualités, & le P. de Charlevoix le regarde comme Tun des Gouverneurs les plus accomplis qu ait eus la (i) Hift. de la Nou- Nouvellc-Francc (i). Mais il n'eut pas toujours assez de

veiie-Francc, t. i, ^q^xu pour étouffcr Ics ressentimeiits de la faiblesse humaine que lui faisait éprouver le grand crédit de M. Talon, ce qui causa entre eux quelques germes de froideur; &, comme les suites d'un désaccord auraient pu tourner au désavantage de la colonie, ils demandèrent très-sagement Tun & l'autre leur rappel, en alléguant encore l'altération de leur santé, causée par le climat sévère du pays. M. de Courcelles, en particulier, avait beaucoup souffert de son voyage au lac Ontario; &, dans sa lettre au miniifre où il demandait son retour en France, il ajoutait que s'il avait le bonheur de recouvrer ses forces, il irait se faire tuer pour le service du Roi comme tous ses frères Tavaient ',2; /è/i., p. 407. déjà fait (2). Le 6 avril 1672, ce prince nomma M. de (3)Arch. delà ma- Frontcnac pour lui succéder (3), & le lendemain écrivit à

rmc Regiitrcdcsdc- ^ ^^ Courcclles: « J'ai appris, par votre lettre du

pcchcs, 1672, fol. 35. rr ^ r

« 10 novembre dernier, le voyage que vous avez fait « l'année passée au lac Ontario, tant pour reconnaître le

(*) M. Talon avait été nommé sans limitation de temps, aussi

bien que M. de Courcelles. Mais, au bout de trois ans, des affaires

(4) llifl. du la Nou- de famille qui demandaient sa présence à Paris (4), & quelques sujets

vcIIc-Francc, par le de mécontentement qu'il avait eus en Canada, lui firent souhaiter

J'. de Charlevoix. (ie s'en éloigner momentanément. Le Roi, pour lui donner cette sa-

tisfaclion, nomma à sa place, le 5 avril 1668, M. de Bouteroue, qu'il

rappela peu après en renvoyant M. Talon en Canada.

.NiM. DE COURCKLLES ET TALON QUITTENT LE CAN. l6j2. 417

u pays que pour imprimer toujours dans Tesprit de « toutes les nations sauvages la crainte de mes armes, « afin de maintenir la paix & le repos parmi mes sujets « de la Nouvelle-France. Mais comme le mauvais état de « votre santé ne vous permet pas de demeurer davantage « dans ce pays, je vous fais cette lettre pour vous dire « qu'étant satisfait de l'application que vous avez eue « pour vous bien acquitter de l'emploi que je vous ai « confié, je vous rappelle dans mon royaume (i). » Le 17 mai suivant, le Roi écrivit à M. Talon une lettre semblable : « Les infirmités qui vous sont survenues depuis foi. 34 « votre retour en Canada ne vous permettant pas d'y « demeurer plus longtemps, je trouve bon que vous repas- « siez dans mon royaume pour que vous travailliez au « rétablissement de votre santé, & je serai bien aise de « vous donner, en toute occasion, des marques de la satis- « fadion que j'ai de votre application & des services que « vous m'avez rendus dans l'emploi que je vous ai con- « fié (2). » Enfin le mois suivant, Colbert écrivait de son côté à M. Talon : « Comme vous revenez l'un & l'autre en « France, les petites difficultés qui sont arrivées entre « M. de Courcelles &. vous n'auront point de suites (3). »

(1) Arch. de la marine. Regiftre des dépêches, 17 mai 1672,

{2)Ibid., fol. 58.

Avant son départ, M. de Courcelles écrivit à M. Dollier de Casson, Supérieur du Séminaire de Villemarie, en remplacement de M. de Queylus, une lettre d'adieu (*), &

(3) Ibid., fol. 5i.

TÉMOIGNAGE AVANTA- GEUX RENDU AUX CO- LONS DE VILLEMARIE PAR M. DE COUR- CELLES.

(*; « Si j'ai quelque peine en quittant le Canada, disait le Gouverne neur, c'eft de m'éloigner de vous autres, Messieurs^ & de Montréal, « où j'espérais toujours de vous rendre quelque service, me trouvant « dans votre voisinage; & si je ne l'ai pas fait, ce n'ell pas manque '( de bonne volonté; elle continuera toujours en quelque lieu que je « puisse être. Si l'occasion s'en présentait, je l'embrasserais avec bien « de la joie, & c'eft ce dont je vous prie, Monsieur, d'être bien pera suadé. Nous espérons partir dimanche au matin, sans faute; voilà a la dernière que vous recevrez de moi en ce pays; je la termine en <■<. vous embrassant d'aussi bon cœur que je me dis votre très-humble « & très-obéissant (4;. »

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