‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 279 sur 326 · V . . ' Simon. Pans · texte numérisé non relu

V . . ' Simon. Pans

porter que trois mule livres d'appointements, il était à Tome ii, p. 298-299; craindre qu'il ne vît dans cette place & dans l'autorité qui ^- ^' p- ^^^• lui était confiée, qu'un moyen de rétablir sa fortune; non pas toutefois en se livrant lui-même au trafic, mais en favorisant ceux des induftriels qui consentiraient à lui donner part dans leurs bénéfices. En arrivant en Canada, il trouva que M. Perrot, gouverneur de Montréal, avait déjà formé dans l'île de son nom un établissement de commerce, qui, par sa position avancée, le mettait à même de recevoir de première main, par M. de Brucy son commis, toutes les fourrures des sauvages qui descendaient dans la colonie par le fleuve Saint-Laurent & par la rivière des Outaouas; & on soupçonna M. de Frontenac d'avoir voulu, par la conffrudion de son Fort au lac Ontario, se former à lui-même un établissement plus avancé dans les terres 8: plus considérable encore, & le faire valoir par le moyen de M. La Salle, qui entra d'abord dans ses intérêts.

Il eft vrai que, pour le disculper de ce blâme, on a la crainte de la

I n !-»• 1 1— ^ •! -^ 1 GUERRE NE FliT POINT

suppose que par la conftruction de ce Fort il avait voulu ^e motif de i.'étase préparer à la guerre contre les Iroquois, qu'il regardait bussement de kataalors comme inévitable (2), ou du moins les tenir en res- ^^''°"'-

o 1 j- « • • V o • r^. 1 (^) Mémoire pre-

pect pour les disposer a une paix sincère & qui fut de semé au Roi. ibij. durée (3 j. Mais, en alléguant ces motifs, on oublie que (3) Nouveau voyage depuis le licenciement d'une partie des troupes en Canada '■^^ '^^'■°" Lahoutan, & le retour de l'autre en France, M. de Frontenac n'aurait ' '^' eu aucun moyen pour garder ce porte avancé; & que dans ces circonftances la conffruction d'un Fort, si éloigné des habitations françaises, n'aurait pu lui donner aucun avantage dans une déclaration de guerre avec les Iroquois, puisqu'il était dans l'impossibilité absolue d'y tenir garnison. M. de Frontenac l'avait bien compris lui-même; & se voyant sans soldats, à son arrivée dans le pays, il écrivit à Colbert, le 2 novembre 1672, pour demander qu'on envoyât quelques troupes, si l'on voulait contenir

(i) Archives de la marine. Regiftre des dépêches & autres expéditions, 1673, infolio. Lettre du i3 juin 1673, fol. 26.

LE COMMERCE PRIVE FUT LE MOTIF DE l'ÉTA- BLISSEMENT DE KATA- RAKOUI.

(2) Archives de la marine. Lettre de M.

de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672.

les Iroquois. Mais la réponse fut négative & ne lui laissa même aucune espérance pour l'avenir : « Vous ne devez « pas vous attendre, lui répondit ce minière, que Sa Ma- « jefté puisse vous envoyer des troupes d'ici, vu qu'elle (( n'a pas jugé que cela fût nécessaire, & qu'elle désire « que vous exécutiez ponctuellement ce qui eft contenu « dans votre inflruction, pour aguerrir les habitants en « les formant en compagnies & leur faisant faire l'exer- « cice le plus souvent qu'il se pourra, afin de vous en « servir dans toutes les occasions où vous pourrez en « avoir besoin (i). »

Au relie, le vrai motif de la conffrudion de ce Fort, avoué par M. de Frontenac lui-môme dans sa dépêche à Colbert, était surtout le commerce des fourrures & l'espérance d'augmenter par là & de fortifier la Mission formée par le Séminaire de Villemarie à Kenté, qu'il savait être très-agréable à ce minilfre, & où d'abord il semblait avoir dessein de l'établir. « M. de Courcelles vous parlera, écri- ( vait-il, d'un pofle qu'il avait projeté sur le lac Ontario, qu'il croit être de la dernière nécessité, pour empêcher les Iroquois de porter aux Hollandais les pelleteries qu'ils vont chercher chez les Outaouas, & les obliger de nous les apporter, comme il eft jufte : puisqu'ils viennent faire leurs chasses sur nos terres. Cet étabUssement ( appuierait même la Mission que Messieurs de Montréal ont déjà à Kenté; & je vous supplie d'être persuadé que je n'épargnerai ni mes soins, ni mes peines, ni ma ;< vie même, s'il eft nécessaire, pour essayer de faire quelque chose qui puisse vous plaire (2). » Le motif de la conifrucfion de ce Fort fut donc l'établissement d'un comptoir de commerce avec les sauvages; & quoique ce comptoir pût tourner au bien de la colonie française considérée en général, il devait être nuisible à presque tous les colons, privés par là des pelleteries qui seraient portées à ce Fort, & n'être réellement avantageux qu'à ceux qui en seraient les propriétaires, c'eft-à-dire au sieur La

ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. iCyS. 459

Salle, à qui M. de Frontenac le fit donner, comme nous le raconterons bientôt.

L'empressement qu'il fit paraître pour conftruire ce m. de frontenac exé- Fort, avant même d'avoir consulté le miniftre, peut donner '^"^^ ^°'' dessein

^ ^ f AVANT aUE LA COUR

à penser qu'il ne mit tant de diligence que parce qu'il ait pu lui faire

craignait que le Gouvernement ne fût pas favorable à son i'arvenir sa réponse.

dessein : sachant bien qu'on n'était pas en état de tenir

garnison dans ce lieu éloigné, ni d'y envoyer des Français

pour y former une colonie. Il faut remarquer, en effet, que

par le départ des derniers vaisseaux de cette année, au

mois de novembre 1672, il annonça à Colbert qu'il irait

former cet établissement dès le printemps, c'elt-à-dire

avant le retour des vaisseaux de France, & par conséquent

avant que la réponse du miniftre eût pu lui parvenir, « Je

« tâcherai, lui disait-il, d'aller le printemps prochain sur

« les lieux, pour en mieux connaître l'assiette & Timpor-

« tance, & voir si, nonobftant la faiblesse où nous sommes,

« on n'y pourrait point commencer quelque établisse-

« ment (i). » S'il eût écrit à la Cour pour la consulter sur ce (i) Archives de la

projet avant de Tentreprendre, on ne peut pas douter que marine. Lettre de m.

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