D ABORD SON DES- SEIN
460 m" PARTIE. LOUIS XIV.
« quer à bien faire défricher & bien habiter les endroits
« les plus fertiles, les plus proches de la mer &de la com-
« munication avec la France; & non pas de pousser au
(i) Archives de la " loin dcs découvcrtes au dedans des terres, dans des
marine. Regiftre des „ pays si éloignés , quHls ne peuveut pas être habités ni
dépêches, 17 mai ^ ,, , • / s
1674. fol. 26. « possèdes par des brançais (i). »
M. DE FRONTENAC OR- M. dc Froutenac ayant donc résolu de conftruire ce
DONNE AUX COLONS p^^.^ ^^^^^^ j^ ^^ ^^^ vaisseaux , & dès que la fonte
DES CORVEES INJUSTES '1
ET LEUR DÉGUISE dcs glaccs auralt rendu navigable le fleuve Saint-Laurent, s'occupa sans délai des moyens qu'il aurait à prendre pour exécuter son dessein. Il se voyait sans troupes, sans argent, sans munitions, sans canots, dans un pays dont il ne connaissait presque pas encore la situation, ni le caractère de ceux qui Thabitaient. Pour se procurer les hommes & les bras nécessaires, il dissimula d'abord son dessein aux Canadiens, & leur donna seulement à entendre qu'au printemps il irait parcourir toute Tétendue de son gouvernement, pour connaître le pays, se faire voir aux sauvages, & les assurer de la protedion du Roi, pourvu qu'ils gardassent la paix avec nous. M. de Courcelles, pour ne pas s'exposer aux insultes des Iroquois, n'avait entrepris le même voyage qu'avec une escorte de cinquante-six personnes : M. de Frontenac allégua cet exemple & ordonna aux habitants de Québec, des Trois-Rivières, de Villemarie & d'autres lieux, de lui fournir, à leurs propres frais, un certain nombre d'hommes qui l'accompagnassent & des canots, tant pour conduire son escorte que pour transporter tous les objets qui lui étaient nécessaires, & invita aussi à l'accompagner dans ce voyage les officiers établis dans le pays. Pour légitimer ces corvées extraordinaires, qui auraient pu exciter de juftes murmures, il fit entendre qu'il voulait aller avec cette suite nombreuse, afin de faire paraître aux yeux des sauvages quelques marques de la puissance du Gouverneur, & de les contenir plus aisément par la crainte; & sous ce même prétexte, sachant que M. de Courcelles était allé dans leur pays en bateau plat.
ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. l6j3. 46 1
malgré les rapides 8: les courants, il fit conûruire deux bateaux semblables, qui pouvaient porter chacun seize hommes & beaucoup de vivres, & les arma môme de quelques pièces de canon, après les avoir fait peindre l'un & Tautre, ce qui était encore nouveau dans le pays.
Mais comme il était à craindre que les Iroquois , instruits de ces préparatifs, n'en prissent quelque alarme, il écrivit de Québec à M. La Salle, qui demeurait à Villemarie, de partir de là aussitôt que la navigation serait ouverte, 8c d'aller à Onnontagué, rendez-vous ordinaire de toutes les nations Iroquoises, pour les avertir que son dessein était simplement de visiter la Mission & rétablissement des Prêtres de Saint-Sulpice à Kenté. Il ajoutait qu'il les invitât à envoyer dans ce lieu des députés de chaque nation, afin que le Gouverneur général leur confirmât, de la part du Roi de France, tout ce qui leur avait été promis par les Gouverneurs précédents; & qu'il pût recevoir d'eux, par leurs députés, de nouvelles marques de soumission & d'obéissance. Il lui marquait encore qu'il pourrait aller chez les quatre autres nations Iroquoises pour leur donner les mêmes assurances, s'il le jugeait à propos; 8: en exécution de ces ordres, La Salle, dès le commencement du mois de mai, partit de 'Villemarie.
Le fleuve Saint-Laurent étant donc devenu navigable, M. de Frontenac envoya d'abord de Québec à Villemarie les munitions de guerre, avec les autres choses nécessaires à son dessein. Il partit lui-même le 3 du mois de juin, accompagné d'une partie de la garnison du château Saint- Louis, de ses gardes & de quelques volontaires, après avoir donné ordre à M. Prévoft, major de la place, de le suivre avec toutes les brigades des habitants des côtes & des lieux circonvoisins, de manière à être rendus à 'Villemarié le 24 du même mois. Chemin faisant, il visita les
. DE FRONTENAC EN- VOIE LA SALLE AUX IROQ.UOIS, ET LEUR FAIT DIRE du'lL VA VISITER LA MISSION DE KENTÉ.