‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 286 sur 326 · ET DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ET DES FRANÇAIS

donner quatre petites filles de Tâge de sept à huit ans, & deux petits garçons, qu'il adopterait pour ses enfants & qu'il ferait inflruire à Québec, leur promettant de garder les garçons chez lui & de placer les filles chez les Religieuses. Les députés des cinq nations, qui parlèrent les uns après les autres, s'engagèrent à observer fidèlement tout ce que le Gouverneur venait de leur recommander ; mais ils ajoutèrent que, quant à la demande qu'il leur faisait de quelques-uns de leurs enfants, ils ne pourraient résoudre cette affaire que quand ils seraient retournés dans leurs villages & en auraient conféré entre eux.

DÉPART DES SAUVAGES Lg 20 juillct, dès Ic matlu, les Iroquois prirent congé

de M. de Frontenac; les uns partirent pour le grand village, d'autres pour Villemarie, d'autres enfin pour Kenté ou ailleurs; & leur départ fut cause que, l'après-midi du même jour, le Gouverneur permit aux escadres de partir le lendemain, se proposant de ne retenir avec lui que ses gardes, sa maison & quelques volontaires, qui faisaient en tout vingt-cinq canots. Mais le soir du même jour il reçut des nouvelles qui lui firent douter si les escadres ne devaient pas différer leur départ. M. de Fénelon lui mandait que les députés de Ganatchés, Thiagon, Galnairaské, Kenté & Gancions, devaient se rendre le vendredi au soir ou au plus tard le samedi matin à Katarakoui, au nombre de plus de cent, pour le saluer et lui protefler de leur obéissance. Néanmoins M. de Frontenac jugea, par les procédés des sauvages qui venaient de partir, qu'il n'avait pas de grandes précautions à prendre contre les autres, ni besoin d'une plus nombreuse escorte que celle qu'il s^était proposé d'abord de retenir; les escadres partirent (i) Archives de la ^onc Ic lendemain; &, les députés annoncés par M. de

marine. Voyage de .p^ , , , • ^ -i « n \ a

M. le comte de Fron- reuclon ctaut amvcs, il Icur fit les mêmes recomtenac au lac Ontario, mandations qu'aux autrcs, & tous promirent d'y être '^""^'- fidèles (i).

KATARAKOUI A SERVI

d'exemple pour Telle fut l'origine de l'étabhssement du Fort de Kata-

ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. lÔyS. 47 1

rakoui, qui par la suite a donné naissance à Kingston^ aujourd'hui Tune des villes épiscopales du Canada. Le motif d'intérêt privé qui détermina M. de Frontenac à cette entreprise servit d'exemple 8«: de prétexte à un grand nombre d'autres officiers du Roi, pour établir, plus tard, de semblables polies dans des pays plus éloignés encore; 8: toutes ces triftes expériences faisaient dire au ministre de la marine, dans une lettre de Tannée lySS, adressée à M. Duquesne, gouverneur général, & à M. Bigot, intendant : « Ce sont les divers poffes établis dans la colonie « qui occasionnent les excédants énormes de dépenses. « Ces sortes d'établissements se sont multipliés peu à peu, « toujours sous le prétexte du bien du commerce, ou de « la nécessité de contenir quelque nation sauvage; car (t ceux qui les proposent ne manquent jamais de couvrir « du voile de l'intérêt public les motifs d'intérêt particulier « qui les font agir. Si dans les projets qu'on en présente, « il doit en coûter quelque chose au Roi, on le fait tou- « jours envisager comme une dépense modique ou « même passagère. Mais dans l'exécution cette dé- « pense eft tout d'un coup fort considérable; elle de- « vient permanente & augmente enfin tous les ans; & « ce qu'il y a encore de plus fâcheux, c'ell: que trèsif souvent ces portes ne servent qu'à occasionner des « désordres (i). »

Les dépenses que M. de P^rontenac avait faites pour le compte du Roi dans rétablissement de son Fort s'élevèrent à la somme de dix mille livres, & elles auraient été incomparablement plus considérables, s'il eût dédommagé les habitants de leurs frais & de leurs travaux. Car ils avaient été obligés de faire, à leurs propres dépens, deux cents. Si d'autres trois cents lieues d'une navigation aussi pénible que périlleuse, d'exécuter les travaux nécessaires à la confiruction du Fort, de transporter dans leurs canots tous les objets que demandait cette entreprise; & toutes ces corvées très-onéreuses & jusqu'alors sans exemple

l-AIRE DE SEMBLABLES ÉTABLISSEMENTS, BLÂMÉS PAR LA COUR.

(1) Archives de la marine. Lettre du miniftre, du 7 juin 1753, fol. 3o.

PLUSIEURS COLONS MUR- MURENT DES CORVÉES ET DES DÉPENSES (iUE M. DE FRONTENAC LEUR A FAIT FAIRE POUR SON FORT.

47^ ni*^ PARTIE. LOUIS XIV.

(0 Archives de la dans la colonic firent murmurer en secret plusieurs de

marine, 7 mai 1674. habitant- ^^^ ^t^

Déclaration de M. SCS HaDltailto (^ j ( I J.

Migeon. i.'» mai, dé-

Bracour^ ^ Claude Pour ne pas interrompre ce qui concerne Tétablisse-

XVIII. ment de ce Fort^ nous dirons ici que, Tannée suivante 1 674,

M. DE FRONTENAC FAIT M. La Salle passa en France afin d'en demander la

téTu Fo^RT^Au°stEUR propHété au Roi, & lui présenta des lettres de M. de Fron-

LA SALLE. tenac qui, de son côté, sollicitait cette faveur pour son

(2) Mémoire pré- protégé, aiusi quc des lettres de noblesse (2). Quoique le

famme^La^sàiir' il^ ^^^ ^^^ ^^ ^^^'^ quclque peine la formation de cet établisfoi., 7 pages d'im- scmeiit & eût même mis en délibération s'il était convepression, p. 2. nable de le laisser subsifter : toutefois, pour ne pas rendre

inutiles les dépenses déjà faites, il consentit à ce que de-

(3) Archives de la mandait M. de Frontenac (3). Il paraît que dans la sup-

marine. Regiftre des r t n ii ' ^ ^ i r>

dépêcnes iG-4-16-5 P'^^^ ^^^ La Salle présenta en son propre nom a la Cour, i3 mai 1675. il avait donné au nouveau Fort le nom de Frontenac, par

reconnaissance pour son bienfaiteur, ce qui fut cause que dans les lettres de concession données à Compiègne, le i3 mai 1675, le Fort fut en effet appelé de la sorte, d'où il arriva même que le lac Ontario prit aussi le nom de lac Frontenac. Le Roi accorda au sieur La Salle la propriété & le gouvernement du nouveau Fort, ainsi que quatre lieues de terres adjacentes avec des îles &: des islets. Les conditions proposées par celui-ci & agréées par la Cour furent qu'il porterait en Canada au moins pour dix mille livres en argent ou en effets, qu'il rembourserait pareille somme employée à la conlfruction du Fort, le mettrait en état de défense & y tiendrait à ses frais une garnison, au moins égale à celle du Fort deVillemarie. La Salle s'obligea de plus à y entretenir & à y faire subsifler

(*) Un prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, M. Séguenot, arrivé

de France à Villemarie, peu après le voyage de Katarakoui, entendit

les habitants se plaindre de l'injufticc de ces corvées; & quelques-uns

(4) Ibid., i5 mai ^jo'-it'ii^nt même que, s'il n'y avait pas eu alors un Gouverneur par-

1G74, déclaration de ticulicr à Villemarie, M. de Frontenac aurait imposé bien d'autres

( laudc liracour. corvées aux habitants (4). ,

( I ) Archives de

î;tablissi:ment du fort katarakoui. 1673. 473

à ses frais vingt hommes, pendant deux ans, pour le défrichement des terres, à y bâtir une église dans les six premières années; 8c, en attendant, à y entretenir un prêtre ou un Religieux, pour y adminiftrer les sacrements, jusqu'à ce que quelque autre particulier fût établi au-dessus du Long-Saut, avec une concession semblable à la sienne. Qu'enfin il y formerait des villages pour rassembler & rEmpire. Regifircdes faire vivre ensemble des Français & des sauvages, à qui arrêts du Conseil, ar-

., , . j . j* ^ , ,. rêt du i3 mai 1675.

il donnerait des concessions de terres pour s y etabhr (i). Regiftre des insinua- Il fut aussi stipulé qu'au bout de vingt ans, à compter de t'o"s du Conseil sou- Tannée 1676, le Roi pourrait disposer de toutes les terres mérri.foi.'sy/ de ce fief, qui n'auraient pas été alors défrichées. Enfin, (2) Documents sur le même jour, i3 mai, le Roi donna en outre les lettres ^' ^:^ Saiie com-

11 ■»» o 11 muniques par M. de

de noblesse a M. La Salle, sur le rapport avantageux Monruffet, archives qui lui avait été fait de ses bonnes adions dans le pays de Je '^marine. Dépêche

i j . . ^ -^ de Colbert, iT.y.S.

Canada (2). foi.29&3o.

Au moyen de ce Fort, M. La Salle se promettait au lieu dune colode faire, par le commerce avec les sauvages, une immense "l!"^ '^"'^ ^^^"^'^ ^'

' ^ , ... t-> ' ETABLIR, LA SALLE

fortune; & sa famille, qui désirait beaucoup son avance- nVut jamais qu'un ment, lui procura les fonds nécessaires pour qu'il pût remplir les conditions auxquelles il s'était engagé. Avec ces avances, il remboursa d'abord les dix mille livres, le 10 octobre suivant (3); & ayant été reçu le 12 par M. de ^^^ Mémoire pre Frontenac au gouvernement du nouveau Fort (4), il y con- 74)'Docutîentscom duisit des ouvriers, démolit la circonvallation de bois & muniques par m. d, en fit conftruire une autre plus considérable, avec cinq '^'°"''"'^^^baftions de pierres de taille. On voit par le compte de ses dépenses que, dans un temps, il avait avec lui quarantequatre hommes, dont l'un, le sieur de la Forets, venu de Villemarie, était sergent ou major du Fort de Frontenac, en outre i^i lieutenant, un chirurgien, onze soldats & trois maçons qui, en 1677, travaillèrent pendant trois mois à la confiruction du Fort (5). Mais il paraît que la plupart de (5) Mémoire préces hommes n'étaient là qu'en passant & plutôt employés ^'^"^*'' ^" ^°^- ^°*^"' aux affaires du propriétaire qu'établis à Katarakoui. Du "'^"^'' ^^" moins, dans la revue du Fort que M. de Frontenac fit le

COMPTOIR A KATARA- KOUI.

7 septembre 1677, il n'y trouva^ outre le Gouverneur, le Major, deux Récollets, les Pères Louis & Luc & quelques autres, que quatre habitants : Curaillon, Jean Michaud, Jacques de la Métairie & Mathurin Grégoire, dont deux seulement avaient femme & enfants. Et ce qui montre que ce Fort fut moins une colonie que La Salle avait promis d'établir qu un simple comptoir de commerce, c'eft que, pour le conftruire & pour gager les hommes qui y résidaient, les entretenir & les nourrir, il dépensa moins de trente-cinq mille livres, ainsi qu'il paraît par un mémoire que sa famille présenta au Roi après la mort de La Salle, pour demander quelque dédommagement : toutes ces dé- (i) Mémoire pré- peuscs étant dcvenucs inutiles (i), comme nous le dirons

sente au Roi. Docu- j i

ments, état de la dé- ^aUS la SUltC.

pense, etc.

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