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BRASSER LE CHRIS- TL\NISME

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discours ou ses paroles de présents, suivant la coutume des sauvages. La première de ses paroles eut pour lin de les engager à ambrasser le Chriftianisme, & ici M. de Frontenac s'exprima comme eût pu le faire le missionnaire le plus zélé & le plus fervent. « Il eft du devoir d'un (( bori^ère, dit-il, de donner à ses enfants les inftrudions « qui leur sont le plus utiles & le plus nécessaires, & je (( ne saurais vous en donner une plus importante que de « vous exhorter à reconnaître le même Dieu que j'adore '< & à être chrétiens. Ce Dieu, c'eft le Seigneur souverain « du Ciel & de la terre, le maître de vos vies & de vos (( biens, celui qui vous a créés & qui vous conserve, qui (' vous donne à boire & à manger; qui peut en un moment « vous envoyer la mort, puisqu'il eft tout-puissant & qu'il (( fait ce qu'il veut. Enfin, c'efi lui qui peut vous rendre u heureux ou malheureux, quand il lui plaira. Ce Dieu « s'appelle Jésus, & les robes- noires que vous voyez ici « sont ses miniftres & ses interprètes, qui vous appren- « dront à le connaître quand vous le voudrez. Je ne les « laisse parmi vous & dans vos villages que pour vous « inftruire. Aussi, je prétends que vous empêchiez qu'au- <( cun de vos jeunes gens ne soit si téméraire que de les of- « fenser, puisque je prendrais ces offenses comme si elles « étaient faites à ma propre personne, & que je les puni- « rais avec la même sévérité. Écoutez donc bien le con- « seil que je vous donne, & ne l'oubliez pas, puisqu'il eft « d'une si grande importance pour vous, & qu'en vous le « proposant je ne songe qu'à vous rendre heureux. An- « ciens, donnez en cela l'exemple à vos enfants; & si vous « n'êtes pas encore disposés à vous faire chrétiens, n'em- « péchez pas du moins qu'ils ne le deviennent & qu'ils « n'apprennent la prière & le commandement de ce grand « Dieu que les robes noires vous enseigneront. Il ne conf silfe qu'en deux points : le premier, de l'aimer de tout (( notre cœur, de toute notre âme & de toutes nos forces. « Anciens, y a-t-il donc rien de plus aisé à faire que d'ai- « mer ce qui elf parfaitement beau, ce qui elf souveraine-

ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. l6j3. 469

« ment aimable & ce qui peut faire tout notre bonheur? « Le second point, c'eft que nous amiions nos frères « comme nous nous aimons nous-mêmes; c'eft-à-dire que « nous les assiftions dans leurs nécessités, & que nous leur « donnions de quoi boire, de quoi manger & de quoi se « vêtir quand ils en ont besoin, comme nous voudrions « qu'on nous en donnât à nous-mêmes. Encore une fois, « anciens, car je vous adresse ma parole, croyant que « vous avez Tesprit assez bien fait pour la comprendre, « dites-moi franchement, y a-t-il rien de plus jufte que ce « commandement, rien de plus raisonnable? Comme je « suis obligé de Tobserver moi-même par la profession « que je fais d'être chrétien, vous devez être persuadés « que je ne viens ici qu'avec un cœur rempli de douceur « & de paix. Mes prédécesseurs Font faite avec vous, cette « paix; je vous la confirme présentement & avec la même « condition qu'ils vous ont imposée, savoir ; que tous les « sauvages, qui sont sous la protedion du Roi mon maître « & ses alliés, jouissent de cette paix, & que le premier « qui la rompra soit pendu. » A la suite de ce discours, M. de Frontenac leur fit présenter quinze arquebuses avec une quantité de poudre, du plomb de toute sorte, ainsi que des pierres à fusil.

Sa seconde parole eut pour objet la conftrudion de " son Fort. Il dit aux Iroquois que, pour maintenir la paix, il faisait cet établissement àKatarakoui, où ils trouveraient des marchandises que les Français y apporteraient, & que par là eux-mêmes ne seraient plus obligés, comme ils l'avaient été auparavant, d'aller les chercher, par des chemins rudes & fâcheux, à plus de cent lieues de leurs villages. Sa troisième parole eut pour objet Tunion qui devait exifter entre les Iroquois, les Algonquins, les Hurons & les autres nations alliées à la France, comme aussi leur union commune avec les PYançais. Pour cela il les conjura de faire apprendre à leurs enfants la langue Française, par le moyen des missionnaires, & les invita à lui

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