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EMPRISONNER LE

SIEUR DE BRucY ET tlcc, auqucl M. dc Frontenac donna aussi quelque atteinte NOMME UN JUGE POUR f^^^is cettc occaslou. Après avoir mis M. Perrot en prison,

LILE DE MONTRÉAL. ... „ 11i<1-J

il ordonna au nouveau Commandant d arrêter le sieur de Brucy & deux de ses serviteurs, habitants de File Perrot, où ils faisaient le commerce avec les sauvages, & de les mettre dans les prisons de Villemarie; ce qui fut exécuté. Mais, craignant apparemment que M. d'Ailleboufl: ne manquât de liberté ou de vigueur pour leur faire le procès; ou peut-être ne le jugeant pas assez disposé à se conformer à tous ses désirs, M. de Frontenac envoya une commission à M. Gilles de Boisvinet, avocat au parlement de Paris, établi par M. Talon juge aux Trois-Rivières, & lui donna ordre d'informer dans Tîle de Montréal contre tous les coureurs de bois, comme aussi d'inftruire le procès du sieur de Brucy & de ses compagnons, & de le juger en première inftance. Enfin, le sieur de Boisvinet, outrepassant les bornes de sa commission, se mit à informer aussi contre un habitant de File de Montréal, le sieur de Grandmaison, au sujet d'une querelle arrivée dans la maison de ce dernier huit ou neuf mois auparavant, sur laquelle la juffice des seigneurs n'avait reçu aucune plainte, ni pris encore connaissance.

LE SÉMINAIRE PROTESTE , • i i-> • • i -1 ■ ■ I J '^ J

CONTRE LA NOMiNA- ^c sieur de Boisvinet s attribuant ainsi le droit de

TioN OECE JUGE. counaître des différends des habitants de File de Montréal

BOISVINET JUGE A VILLEMARIE. 1674. 48?

entre eux, M. Dollier adressa sur ce sujet des remontrances à M. de Frontenac. Il y déclarait que, s'il s'était abllenu de faire aucune plainte au Gouverneur général & au Conseil souverain, 8c s'il n'avait point empoché le sieur de Boisvinet d'exécuter sa commission, c'était uniquement à cause du resped 8: de la déférence qu'il avait pour les ordres du Gouverneur général, » d'autant plus, ajoutait-il, que dans la conjoncture présente où M. Perrot elt prison-

< nier au château de Québec, M. le comte de Frontenac,

< qui se tient sur la méfiance, aurait pu penser que les ( seigneurs de Montréal, en s'opposant à cette commis- ;< sion, eussent voulu lui ôter la facilité qu'il cherche pour ( faire exécuter les ordres du Roi. C'eft ce qui a empêché ( les officiers des seigneurs de s'opposer à tout ce que le ;< sieur de Boisvinet a déjà fait dans leur île, & à ce qu'il ( pourra y faire, durant le temps de sa commission. Ils :< ont usé de cette modération pour ne donner aucun

soupçon sur leur fidélité 8c leur exactitude confiantes à ( observer les ordres du Roi, comme aussi pour rendre

< leur cause plus favorable à eux-mêmes, & plus agréable à Sa Majellé 8c au comte de Frontenac, auprès desquels

:< ils se pourvoient par les présentes, pour le maintien de :( leur juftice (i). » Cette sage modération était la seule (i) Greffe de viiieligne de conduite à tenir, pour éviter les conflits auxquels "^^"^' ^^ "^'^'"^ '^74aurait donné lieu l'autorité absolue que s'attribuait le Gouverneur général, accoutumé à dire qu'étant à douze cents lieues de la Cour, il pouvait faire tout ce qui lui plaisait, sauf à en répondre au Roi sur sa tête.

XIH.

Cependant M. Perrot, étroitement renfermé à Que- m. perrot en appelle

, , .,, , , 1 1 !• AU nOI. M. DE FRON-

bec, sous la surveillance de quatre gardes et de leur lieu- ^^.^^^^ ,£ baisse en tenant, dissimula d'abord le déplaisir amer que lui faisait prison près dYna\. éprouver sa prison; 8c, pour ne pas irriter davantage encore contre lui l'esprit de M. de Frontenac, répondit d'abord à plusieurs quefi:ions que lui firent les commissaires de Tilly & Dupont, sur les deux griefs dont l'accusait le Gouverneur: ses contraventions aux ordonnances tou-

486 III^ PARTIE. LOUIS XiV.

chant les coureurs de bois, et Temprisonnement du sieur

(i)Regiftredes ju- Bizard(i). Mais après la nomination de M. de La Nau-

gements & délibéra- g^^re au Commandement de Tîle de Montréal, étant per-

tions du Conseil de .. .,,.

Québec, fol. 189, suadé alors que M. de Frontenac avait dessem de lui ôter verso, i3 juin 1074, le gouvemcment de cette île, il cessa de répondre aux

& 8 février, fol. 186. • • o , , a .

commissaires & ne voulut plus reconnaître pour ses juges, ni le Gouverneur, ni le Conseil souverain. En outre, il allégua contre eux plusieurs causes de récusation, savoir, que le sieur de Tilly, étant grand oncle de madame de La Nauguère, ferait contre lui tout ce qui serait en son pouvoir, pour maintenir le mari de cette dame dans le gouvernement de Montréal; que le sieur Dupont, autre commissai,re, & le refle des conseillers en feraient autant : attendu que M. de Frontenac s'attribuait le droit de mettre dans le Conseil ceux qu'il avait pour agréables; qu'enfin ce Gou- (2) Archives de la vcmeur était lui-même son ennemi déclaré (2), & que,

M.^Perrot^dri'y^oùt P^^^^ ^°^^ ^^^ motifs, il voulait être jugé par le Roi. En 1674. conséquence, il demanda acte de ces causes de récusa-

tion, & réitéra plusieurs fois cette demande, mais sans pouvoir jamais rien obtenir : le Conseil, pour plaire à M. de Frontenac, ayant rejeté ces moyens de récusation

(3j Jbid. Regiftre r- , o • j • -, i /on t r- -i n

du Conseil souverain, comme involcs & inadmissibles (.->). Le Conseil ne nt

iSjuin 1674. même aucune réponse à ses requêtes multipliées (4), & le

(a) bi ., 22 oco- i^j^g^ ainsi dévorer indéfiniment dans cet oubli le chagrin

bre 1074. Kemon- ...

trance de M. Perrot. de SOU étroite pHson & Ics cnuuis de sa trifte solitude, depuis le 2g janvier jusque vers la fin de cette année 1674.

M. DE FRONTENAC CHER- Quclquc dure que fût cette conduite de M. de Fron-

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