FEND AUX MISSION- NAIRES DE SORTIR DE LEURS MISSIONS
(i) Archives du Se- « commercc dans la route, sous peine d'être pillés (i). » rdrnan'c'etM^dc Malgré la grande liberté donnée ainsi aux colons, il eft Frontenac, 4 août certain qu'uu assez bon nombre retendait encore au delà ' ~''^' de cette ordonnance. Car, Tannée suivante, le Conseil sou-
verain condamna une troupe de traiteurs à des amendes, pour avoir vendu de Teau-de-vie aux sauvages, contrairement à ce qui avait été prescrit. Il ajouta que, s'ils étaient insolvables, on les tiendrait un mois en prison, & que, pendant la dernière quinzaine, ils seraient exposés sur un
(2) jbid. Arrêts di- chcval de bois, une heure chaque jour, à la vue du public, vers sur les boissons, avcc uu écritcau attaché sur eux, portant ces mots : Pour
Arrêt du Conseil de • , •, ^ t i^ j • / \
j(3 5 avoir traite de l eau-de-vie aux sauvages (2).
M. DE FRONTENAC DÉ- Nous uc dcvous pas oubHcr de signaler ici une me-
sure des plus étranges, prise par M. de Frontenac, qu'on ne peut guère expliquer qu'en supposant qu'il voulut SANS PASSE-PORTS, dérober aux Missionnaires, par le moyen que nous allons dire, la connaissance d'une partie des excès auxquels pouvaient se porter les marchands, qui jouissaient de la liberté d'aller trafiquer chez les nations sauvages. En 1672, le Roi lui ayant écrit de détourner prudemment les colons de repasser en France, & s'en étant rapporté à sa sagesse
(3) Archives de la pour Icur accordcr cette permission (3), il prit de là occamarine, vol. Canada, sion d'cxigcr quc les Jésuitcs & Ics autrcs Missionnaires i^ettVc'^iu.s'iuin \g-- rcçusscnt de lui des passe-ports, non-seulement pour aller
en France, mais simplement pour aller de Québec ou de Villemarie dans leurs propres missions. « Les Jésuites, « écrivait-il à Colbert le 2 novembre de la même année, (( avaient coutume de passer & de repasser dans ces dif- « férents pays sans prendre aucuns passe-ports ni congés. « .l'ai fait connaître adroitement & civilement au Père <( supérieur que cela n'était pas dans l'ordre, & qu'ils de- « valent être les premiers à donner l'exemple de la souci mission & de l'obéissance. Je crois que vous approu-
(4) Archives de la « vcrcz quc j'en aic usé de la sorte, & qu'il eft bon que marine, lettre de M. „ ç^ç.^^ Religieux uc s'attribucHt pas des privilèges particu-
de Frontenac, 2 no- ' .. ' '^ . . ^
vembre 1672. <' hcrs (4). )) Mais il n'osa pas faire connaître à ce miniilre
COMMERCE DES LIQUEURS CHEZ LES SAUVAGES. 1674. 4c)3
une autre mesure bien plus criante encore, à laquelle il
obliiîeait les Missionnaires avec la plus inflexible rii^ucur.
C'était d'exiger qu'ils prissent de lui des passe-ports toutes
les fois qu'ils avaient à sortir du lieu particulier de leur
résidence pour aller dans un autre village voisin, afin d'y
exercer quelque fonction que ce fût de leur ministère.
u En sorte, écrivait M. d'Urfé, que de Kenté, où ell notre
« résidence, nous n'oserions pas aller au village le plus
« proche de nous, non pas même pour y secourir un
« Français, ou pour v assirter un pauvre sauvage agoni-
■ sant, y baptiser un enfant qui se meurt, sans en avoir
« reçu auparavant la permission de Québec, c eft-à-dire,
« sans avoir fait trois cents lieues au milieu de beaucoup (i) Mémoire de m.
a de rérils 8c avec de grands frais, que nous ne sommes ^'^""^f ^ Coibert, 1. 1
f . "^ . ^ des Lettres de M.
nullement en état de soutenir ,'i\
Tronson.
AFFLIGE LESMISSION- N.\1RES.
Rien n'affligeait plus vivement ce Missionnaire que combien cette dê-
j • , , . . , ^ . , . , . , FENStf TYRANNICH'E
de voir son zèle amsi enchaîne par le caprice d un homme infatué de la prétendue souveraineté qu'il s'attribuait dans le pays; &: l'on comprendra quelle vive douleur il devait éprouver de cette défense, si l'on considère la pureté des motifs qui l'avaient attiré auprès des Iroquois, 8c les rudes privations auxquelles il se condamnait pour procurer le salut de ces infidèles. « Je tâchai , dit-il, en partant de
0 France, il y a six ans, pour suivre le mouvement de Dieu, « qui m'appelait aux Missions sauvages, de n'avoir point « d'autre vue que celle de la gloire de Dieu 8: du service « du Roi. Je me suis exposé à des fatigues incrovables, à « une privation si grande de toutes choses, que j'ai passé « quatre années entières dans nos Missions sans y avoir
1 mangé que du pain, ni bu d'autre boisson que de l'eau ; « en un mot, je n'ai point épargné mes travaiLX, mes « sueurs, 8: même ma vie, que je puis dire avoir exposée « cent fois dans nos Missions. J'ai donc bien droit de me 0 plaindre, 8c en toute jufiice. de la rigueur avec laquelle « M. de Frontenac exige que nous prenions des passe- « ports pour aller adminiilrer les sacrements hors de
494 "ï° PARTIE. LOUIS XIV.
« notre propre résidence. Les malades meurent ainsi « abandonnés, & les peuples perdent toute confiance, « s'imaginant qu'on n'a pas de charité pour eux. Quel « moyen, dans cet état de choses, d'encourager les Fran- « çais, de convertir les sauvages & d'affedionner les Mis- « sionnaires, à qui on ne laisse plus la liberté de s'appli- (i) Mémoire de « qucr à Icurs cmplois (i)? » On ne comprend donc pas r* i^'det^ Leurès^dé ^^^^ motif avait pu inspirer à M. de Frontenac une dé- M.Tronson. fcnse si étrange, si dure & même si impie, à moins de
Fattribuer à quelque désir secret de retenir ainsi les Missionnaires dans leurs résidences, afin de leur ôter par ce moyen la connaissance du trafic que ses protégés allaient faire dans les autres villages des sauvages , au mépris des ordonnances du Roi.
DURETÉ DE M. DE FRON^ Ce fut apparcmmeut pour ce même motif que, par
TENAc ENVERS M. abus dc Douvolr non moins révoltant, il refusa. 6c de
D URFE. LETTRES DES i^ ^ '
MISSIONNAIRES OU- vive voix & par écrit, à M. d'Urfé la permission de couvertes, duire à sa Mission de Kenté un domelhque qu'il avait amené de France, dont les services lui étaient nécessaires; & comme sans doute il représentait à M. de Frontenac la dureté d'un tel refus, ce dernier en vint jusqu'à le mena- ^ cer plusieurs fois de le faire mettre en prison. Cette menace peut donner une idée des emportements & des violences étranges auxquels les Missionnaires étaient exposés 6»: des variations du caradère de M. de Frontenac, qui d~ abord avait témoigné pour M. d'Urfé beaucoup de considération & même une amitié spéciale. Mais, ce qu'on a de la honte à écrire, ce Gouverneur, par une politique aussi injufte que basse 8c déloyale, s'arrogeait le droit, au mépris de la liberté publique, d'arrêter 8: d'ouvrir toutes les lettres que les Missionnaires écrivaient en France, & (2) Mémoire de cellcs qu'ou Icur adressait à eux-mêmes (2), dans la crainte M.d'Urfc aCoibcrt. j^^j-jj^ doutc d'y voir sa conduite blâmée ou signalée à la Cour.
SERMON DE M. DE FÉNELON. 1674. 4g5