‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 323 sur 326 · AU SEMINAIRE DE SAINT -SULPICE, NE DOIT POINT RETOUR- NER EN CANADA · texte numérisé non relu

AU SEMINAIRE DE SAINT -SULPICE, NE DOIT POINT RETOUR- NER EN CANADA

(i) Archives du Séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Lettre de M. de Bretonvilliecs, 7 mai 1675. I" volume des lettres de M. Tronson.

I.E EOI NE DONNE AU- CUNE SUITE A l'affaire DE M. DE FÉ- NELON, ET RECOM- MANDE A M. DE FRON- TENAC; LE SÉMINAIRE DE VILLEMARIE.

(*) Toutes ces pièces forment un énorme dossier, qu'on voit encore aujourd'hui à Paris, aux archives du miniftére de la marine. On en avait conservé des copies authentiques au Séminaire de Villemarie, jusqu'à ces derniers temps, lorsque M. Quiblier, Supérieur de cette maison, les communiqua, avec plusieurs autres documents impor-

532 m' PARTIE. LOUIS XIV.

de ce Gouverneur & rengager en même temps à adoucir sa conduite, en lui donnant à lui-même quelque satisfaction, il lui disait dans sa lettre : « J'ai blâmé Tadion de « M. de Fénelon & lui ai ordonné de ne plus retourner en « Canada. Mais je dois vous dire qu'il était difficile « d'inftruire une procédure criminelle contre cet Ecclé- (( siafHque, & aussi d'obliger les Prêtres du Séminaire de « Montréal à déposer contre lui, à moins de le remettre « entre les mains de TÉvêque ou du grand vicaire. Au « rette, le différend entre vous 8: les prêtres du Séminaire « de Montréal ti\ entièrement apaisé, & ne peut pas tirer « à conséquence. Comme d'ailleurs le Supérieur du Sé- « minaire de Saint-Sulpice m'a assuré que tous les Prêtres (( de sa communauté, qui sont à Montréal, vivent dans le « resped & Tobéissance qu'ils me doivent & qui sont dus « à votre caradère, je désire que vous oubliiez tout ce « qui a eu lieu. Travaillez donc avec soin à réunir à vous (( tous les esprits que ces difïérends peuvent avoir divisés ; « & faites en sorte que chacun travaille avec paix, amitié (0 Archives de la « & concordc au bien qu'il doit produire (i). » Enfin,

marine. Regiftrc des r^ 11 ^ j a^^ 1 • ^ • • • -^ a^

dépêches, 22 avril ^"^^bert Qc SOU cotc lui ccrivait ce mot, qui ne pouvait être 1675, fol. II, 12. que très-efficace sur l'esprit de ce Gouverneur: « Il eu du « bien & du service du Roi & de la colonie, que vous con- « sidériez particulièrement la communauté du Séminaire « de Saint-Sulpice, établie à Montréal, dont M. de Bre- « tonvilliers, qui en efl le Supérieur, ell fort de mes

(2) Archives de la (( amis(l) (*). » marine, i3 mai 1673, toi. 19, ~" ■ ■

tants, à M. Paquin, curé de Saint-Eultache, dans l'île de Montréal, qui se proposait d'écrire une hiftoire du pays. Durant les troubles politiques de 1837, tous ces papiers furent transportés de là à Saint- Benoît, et remis à M. Girouard qui, voyant que les troupes incendiaient les maisons, & craignant pour la sienne, les transporta dans une autre, où il jugeait qu'ils seraient plus en assurance. Mais, contre ses prévisions, cette dernière maison fut livrée aux Hammes, & tous ces papiers périrent dans l'incendie.

(') En disant que M. de Bretonvilliers était fort de ses amis, quoique celui-ci et toute sa Compagnie professassent, à l'égard du Samt-Siége, des principes bien diflérents de ceux de ce Miniftre, Col-

PERROT A LA nASïll.LE ET BLAME M. DK

ISSUE DE l'affaire DE M. PERROT. lÔyS. 533

Le Roi n'en usa pas de même à Fégard de M. Perrot : le roi i-mt enfermer il le fit enfermer durant trois semaines à la Baftille, ce qui n'empêcha pas pourtant ce prince de blâmer aussi frontenac M. de Frontenac de la conduite qu'il avait tenue à son égard : « J'ai vu 8: examiné avec soin, lui écrivait-il, tout « ce que vous m'avez envoyé concernant le sieur Perrot ; « & apr^ avoir même vu tous les mémoires qu'il a donnés (t pour sa défense, j'ai condamné l'adion qu'il a faite, « d'avoir emprisonné l'olïicier de vos gardes que vous « aviez envoyé à Montréal. Pour l'en punir, je l'ai fait « mettre quelque temps à la Baflille, en sorte que cette « punition ne le rendra pas seulement lui-même plus cir- « conspect sur ce qui concerne son devoir, elle servira « encore d'exemple pour contenir les autres. Mais après

bert n'alléguait pas un motif gratuitement imaginé, pour porter M. de Frontenac à prendre en considération le Séminaire de Villemarie, ni qui lui eût été récemment inspiré à cause du mariage du marquis de SeignelaVj son fils. Leur amitié était plus ancienne, & il paraît que, de la part de Colbert, elle était fondée en grande partie sur le désintéressement & la générosité qu'il avait reconnus en lui. Grandet en cite un trait assez remarquable. Il rapporte qu'en 1672, pendant la guerre de Hollande, les finances se trouvant extrêmement obérées, Colbert alla trouver M. de Bretonvilliers, & lui demanda s'il ne consentirait pas ù céder, cette année, au Roi, une rente de quarante mille livres qu'il avait sur l'hôtel de ville de Paris. « J'étais en peine de savoir, lui répondit M. de Bretonvilliers, à quoi (c je la deftmerais cette année; assurez-donc le Roi que je la lui donne a de tout mon cœur, je ne puis en faire un meilleur usage. » C'était un samedi, & pendant cette conversation, on avait ouvert, selon l'usage, la porte de la cour du Séminaire, où plus de trois cents femmes pauvres, portant de petits enfants sur leurs bras, étaient entrées, pour recevoir une aumône de cinq sols que M. de Bretonvilliers leur faisait à chacune tous les samedis. Colbert, ayant aperçu cette multitude, la prit pour une troupe de séditieux, qui l'auraient vu entrer au Séminaire & se seraient ameutés, dans le dessein d'attenter à sa vie. Mais, apprenant à l'inflant même, de la bouche de M. de Bretonvilliers, qu'il n'avait rien à craindre, & que ce n'était là qu'une ,,

. 1 r ■ • .. • 1' ' 4. I fn Archives du bc-

reunion de temmes pauvres, qui venaient recevo'r 1 aumône tous les . '. , c ■ . c i

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samedis à heure hxe, Colbert tira aussitôt de sa poche quatre louis -^ à Paris Vie de

d'or, & les lui remit avec joie, en le priant d'agréer qu'il contribuât ^j, jj. Bretonvilliers,

de sa part à une œuvre si charitable h). pnr Grandet.

« avoir donné cette satisfaction à mon autorité qui a été

« violée en votre personne^, je vous dirai, pour vous in-

« ftruire de mes sentiments, que, sans une nécessité abso-

« lue, vous ne devez point faire exécuter d'ordre dans Té-

« tendue d'un gouvernement particulier, sans en avoir fait

« part au Gouverneur; & aussi que la punition de dix

« mois de prison que vous lui avez fait souffrir tna paru

« assez grande pour la faute qu'il avait faite. C'efl pour-

« quoi je ne lui ai fait souffrir la prison de la Baftille que

« pour réparer publiquement le violement de mon auto-

« rite. Une autre fois, j'eflime qu'en faute pareille vous

« devez vous contenter des satisfactions qui vous seront

« offertes, ou de quelques mois de prison, ou me renvoyer

(i) Archives de la ^^ Taffaire Dour la décider, en faisant repasser en France

manne. Regiitre des n /-c • •

de'peches, 22 avril <' 1 ofucier qui aura manqué; la prison de dix mois étant '^75- « un peu trop rigoureuse (i). »

LE ROI RENVOIE M. PER- Mais, si M. dc Frontenac, en retenant si longtemps

ROT EN CANADA. ^ Pcrrot Cil prisou, s'était promis de lui faire ôter le gouvernement de Montréal, il se trompait étrangement. La dureté même de cette conduite envers lui, aussi bien que la considération de M. Talon, furent les motifs qui obligèrent le Roi de le renvoyer à Villemarie. En conséquence, il écrivait à M. de Frontenac : « Après avoir laissé quelques (( jours à la Baftille le sieur Perrot, je le renverrai dans « son gouvernement, & lui ordonnerai auparavant de vous « voir & de vous faire ses excuses de tout ce qui s'efl « passé. Après quoi je désire que vous ne conserviez au- « cun ressentiment contre lui, & que vous le traitiez selon (2) Archives de la ^^ \q pouvoir quc je lui ai donué (2). Enfin, vous ne devez toLTr!'^^ ^^'^' ' '' ' « punir dans les habitants que les fautes capitales, évitant « avec soin d'en tirer les punitions en longueur, parce que « les esprits se divisent, s'aigrissent & se détournent entiè- « rement de leur principal travail, qui consifte à pourvoir (3) Jbtd.., fol 12, « à la sûreté & à la subsiftance de la famille (3) (*). »

(*) Colbcrt, de son côtc^ écrivit à M. de Frontenac, pour l'cxhor-

ACTES IRRÉGULIERS DE M. DE FRONTENAC. lÔyS. 535

Les étranges abus de pouvoir auxquels M. de Frontenac s'était porté depuis son arrivée en Canada , & toutes les procédures contre M. Perrot & M. de Fénelon, firent sentir à Colbcrt la nécessité de reftreindre à des limites fixes l'autorité du Gouverneur général. Dès son arrivée à Québec, celui-ci, ayant convoqué de son chef, & sans aucun ordre de la Cour, tous les habitants du pays, les avait divisés en trois ordres ou états, pour leur faire prêter serment de fidélité & les tenir ainsi liés & assujettis à son autorité & à celle du monarque. Sur quoi Colbert lui avait répondu : >' Il ell: bon de vous faire savoir que vous (( devez toujours suivre, dans le gouvernement du Canada, a les formes qui se pratiquent en France, où les Rois ont « effimé du bien de leur service de ne point assembler « depuis longtemps les États généraux. Ainsi vous ne « devez que très-rarement, ou pour mieux dire jamais, « donner cette forme au corps des habitants du pays. « Cependant, quoique Sa iMajeflé eftimc que tout ce que « vous avez fait en cela excède votre pouvoir, elle ne veut (t pas que vous les révoquiez; mais elle exige qu'à favenir « vous vous conformiez ponctuellement à ses ordres (i). » Outre divers règlements de police que M. de Frontenac s'était donné la liberté de faire de son chef, il avait établi des échevins à Québec, 8c, contre les droits de la Compagnie des Indes occidentales qui subsiÛait encore, leur avait attribué le pouvoir de juger de la police. « Sa Ma- (( jefté m'ordonne de vous dire, lui écrivait Colbert, que

COLBERT BLAME M. DE FRONTENAC DE s'Ê- TRE ATTRIBUÉ DES

POUVOIRS qu'il n'avait PAS.

(i) Archives de la marine, i3 juin iG'j3.

terà vivre en bonne harmonie avec M. Perrot: « Comme les dix mois (f de la prison qu'il à soufferte & celle de trois semaines dans la Bas- « tille doivent suffire pour expier la faute qu'il a faite, &qued'ail- « leurs il eft parent & allié de personnes que je considère beaucoup, « je vous prie de recevoir avec agrément les excuses qu'il vous fera; « &, n'y ayant aucune apparence qu'il retombe jamais en aucune « faute semblable, vous me ferez aussi un singulier plaisir, en lui « accordant l'honneur de vos bonnes grâces & de votre amitié, & en u lui donnant par là les moyens de servir le Roi avec satisfaction dans a ce pays {2). »

fol. iQ. ■

Ilf PARTIE. LOUIS XIV.

(i) Archives de la marine. Regiftre des dépêches, 17 mai

POUR RENDRE LE CON- SEIL INDÉPENDANT, LE ROI NOMME LUI- MÊME LES CONSEIL- LERS.

( 2 ) Mémoire de M. d'Urfc à Colbert, t. I" des Lettres de M. Tronson au Canatia.

(3) Arciiives de la marine. Canada, t. H, 1670, & 23 avril 1G75.

« VOUS avez en cela passé les bornes du pouvoir qu'elle

« vous a donné. D'ailleurs^ les règlements de police au-

« raient dû être faits par le Conseil souverain & non par

(( vous seul. Le pouvoir que vous avez du Roi vous donne

« Tautorité entière sur tout ce qui concerne le commande-

« ment des armes ; mais à Tégard de ce qui tient à la jus-

« tice, votre autorité consifle à présider le Conseil souve-

« rain. L'intention de SaMajefté eft donc que vous preniez

« les avis des conseillers, & que ce soit le Conseil qui

u prononce sur toutes les matières qui sont de sa dépen-

« dance (i). »

Les ordres qu'on voit ici avaient été donnés par Colbert dans le courant de l'année 1674; mais, l'année suivante, ce miniftre ayant su que les procédures contre M. Perrot & celles contre M. de Fénelon avaient été faites par le Conseil sous Tinfluence entière de M. de Frontenac, il jugea nécessaire de reflreindre dans des bornes plus étroites encore l'autorité du Gouverneur général. M. d'Urfé, dans son mémoire, après avoir signalé rinsulte que lui avait faite M. de Frontenac en le chassant de sa chambre avec clameur & la canne levée sur lui, ajoutait cette réflexion : » M. le Gouverneur s'eft rendu ( absolu dans le Conseil; il en efl tellement le maître, qu'il ( y met des conseillers comme il lui plaît, & même contre toutes les formes. Il faut donc s'adresser à lui pour avoir ( juflice. Mais si, dans cette nécessité où l'on se trouve, il prend les plaintes les plus juftes & les plus raisonnables pour des insultes qu'on va lui faire chez lui, quelle voie pourra-t-on trouver à l'avenir dans toute la ( Nouvelle-France pour se défendre de l'oppression (2) ? » Touché de cette observation, Colbert, pour affranchir le Conseil de toute dépendance, voulut que le Roi nommât lui-même les conseillers, & fixât à chacun le rang qu'il tiendrait dans les séances. En conséquence, le 25 avril de cette année, Louis XIV nomma pour son Procureur général M. Denis-Joseph Ructte d'Auteuil (3); 8c le 10 mai

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