COLBERT DONNE LUI- MÊME DES AVIS A M. DE FRONTENAC
(1) Rcgiftre des depêches, I 3 mai 1675, fol. 18.
u nada;, sans les obliger de prendre aucun passe-port ; & en
« même temps leur donner une entière liberté pour leurs
« lettres; les laissant dans leur séjour ordinaire sans les
« obliger d'aller à Québec, que pour des raisons indis-
« pensables, qui doivent être fort rares ( i ) . »
Quoique par cette lettre le Roi eût marqué assez clairement à M. de Frontenac la ligne de conduite qu'il aurait à tenir, il voulut cependant que son minière insiflât plus fortement encore ; & le 1 3 mai suivant, Colbert lui écrivit la lettre suivante : « Sa Majefté m'ordonne de vous dire. Il en particulier, qu'il eft absolument nécessaire pour le « bien de son service d'adoucir votre conduite, & de ne « pas relever par trop de sévérité toutes les fautes qui « pourraient être commises, soit contre son service, soit « contre le resped qui vous eft dû. Les raisons qui obligent (i Sa Majefté à vous donner cet ordre sont si fortes & si (( clairement expliquées par sa dépêche, que je ne doute « pas que vous ne vous y conformiez entièrement. Mais « après avoir parlé au nom de Sa Majefté, je vous prie de (( trouver bon que j'ajoute quelque chose de moi. Par le <( mariage qu il a plu au Roi de faire de mon fils avec « l'héritière de la maison d'Allègre, M. l'abbé d'Urfé eft « devenu mon allié fort proche, étant cousin germain de « ma belle-fiUe; ce qui m'oblige de vous prier de lui « donner quelque marque d'une considération particu- « lière, quoique dans les exercices de sa profession il ait « peu d'occasions d'avoir recours à vous (i). » Ce furent tous les reproches de Colbert à M. de Frontenac .sur ses procédés durs & injuftes envers M. d'Urfé. Et cette correction si délicate & si modérée décèle dans ce miniftre une adresse & un taêt exquis pour manier les esprits les plus difficiles & les plus intraitables, & tout à la fois une rare sagesse pour les amener à ses fins avec force 8: douceur, sans les irriter, ni même sans les aigrir.
M. DE l'ÉNEl.ON BLAMIÎ
Quant à M. de Fénclon, il était difficile que ses con-
ISSUE DE l'affaire DE M. DE FÉNELON. \6j5. 53 1
frères de Paris, à l'exemple de ceux de Montréal, ne le taxassent pas d'imprudence pour son sermon du jour de Pâques, quelques bonnes qu'eussent été ses intentions & quelque zèle qu'il eût voulu témoigner en cela en faveur de la colonie. On le blâma aussi de s'être déclaré pour M. Perrot dans le démêlé de celui-ci avec M. de Frontenac, & d'être allé solliciter des habitants leurs signatures. M. de Bretonvilliers en écrivit ainsi, le 7 du mois de mai de cette année 1675, aux Ecclésiaftiques de 'Villemarie : « Je vous exhorte tous à profiter de l'exemple « de M. de Fénelon. Pour s'être trop intrigué dans le « monde & mêlé de ce qui ne le regardait pas, il a gâté « ses affaires, & à fait tort à celles de ses amis, en voulant « les servir. Dans ces sortes de matières, qui ne regardent « que des démêlés particuliers, la neutralité sera toujours « approuvée. Mais, de quelque nature qu'elles soient, « quand on continuera à ne point manquer au resped & « à la soumission qui sont dus aux puissances, les « plaintes seront toujours ici assurément écoutées, & elles M n'auront jamais qu'une bonne issue (i). » La conclusion fut que M. de Fénelon ne retournerait plus en Canada, où son zèle trop ardent pouvait compromettre le Séminaire; & M. de Bretonvilliers fit part de cette résolution au Roi, qui l'approuva, comme convenable & très-propre à faciliter le rétablissement de la paix.
Ce prince ne donna cependant aucune suite au procès criminel intenté contre cet Ecclésiaftique, quoique M. de Frontenac lui en eût envoyé toutes les pièces ; ces documents étant inutiles & de nul effet à cause de l'irrégularité de la procédure (*). Pour maintenir cependant lautorité