‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 326 sur 326 · SUR LES TRAVAILLEURS OU VOLONTAIRES ET SUR LES SERVITEURS-DONNES · texte numérisé non relu

SUR LES TRAVAILLEURS OU VOLONTAIRES ET SUR LES SERVITEURS-DONNES

Dans son ordonnance du 4 novembre 1662, M. de Maisonneuve n'accorda aucune faveur aux volontaires. C'eft que la plupart de ces individus étaient plus à charge qu'utiles à la colonie. Outre que plusieurs pouvaient être nuisibles par une vie indépendante & désœuvrée, & tiraient néanmoins leur subsiftance de la sueur des colons, ceux des volontaires qui travaillaient à la journée ou au mois exigeaient quelquefois un salaire exorbitant, que les particuliers se voyaient, malgré eux, dans la nécessité de leur donner, ne pouvant trouver d'autres serviteurs dans le pays. Cet abus se fit particulièrement sentir auxTrois-Rivières,OLi l'on s'efforça de le retrancher, par divers règlements, & même de diminuer le nombre de ces volontaires, en fixant le juile salaire qu'ils pouvaient exiger. M. Pierre Boucher avait déjà obligé, le 14 janvier i653, tous les volontaires de se faire habitants ou serviteurs des autres habitants, sous peine de punition corporelle, conformément aux ordonnances rendues l'année précédente par le Gouverneur général (i). Le 2 mars 1668 il fit une nouvelle ordonnance conçue en ces termes ; v Sur l'avis qui nous a a. été donné, qu'il y avait encore des travaillants qui ne sont ni ha- « bitants, ni serviteurs, & qui vivent sous le nofn de volontaires : <i nous leur défendons de prendre plus de vingt sous par jour, & de « quinze livres par mois avec leur nourriture, sous peine de la prison « & du fouet par la main du bourreau, & défense à eux de traiter « aucune pelleterie avec les sauvages (2). » A Villemarie, oU le choix des hommes pour la colonie était fait avec assez de précautions, on ne

(i) Greffe de Villemarié. Ordonnance de M. Boucher du 14 janvier i653.

(2) Ibid., iG6i.

voit pas que jusqu'alors on ait eu à se plaindre des volontaires. Nous apprenons^ au contraire, par les regiftres de la paroisse, que ces volontaires ou travaillants se dévouaient au bien de la colonie, avec autant de courage & d'intrépidité que le faisaient les habitants euxmêmes. Ainsi, des trois hommes qui, le 6 février de cette année idbr, furent tués par les Iroquois avec le brave major Closse, deux apparte- (i) Regiftre mor- naient à la classe des travaillants OU volontaires(i).

luaire de \ iilemarie. Nous devons encore ajouter, pour faire connaître ici les mœurs

" fév. 1662. , . , , ',^,.. , ..

du temps, qu outre les engages ordmaires, quelques-uns, par motit

de religion, se donnaient pour toute leur vie au service du prochain dans les communautés des Sœurs de Saint-Joseph & de la Congrégation de Notre-Dame. Le premier exemple de ce genre que nous trouvons eft celui de Mathurin Jouaneaux , dont on a déjà parlé ; & quoique d'ordinaire on ne mentionne dans les hifloires que les actions d'éclat, nous ne pensons pas manquer aux devoirs d'un hiftorien jufle & impartial en donnant à cet engagé les éloges dus à la générosité de sa reconnaissance & à la délicatesse de ses sentiments. En exécution du contrat par lequel M. de Maisonneuve lui avait donné quinze arpents de terre, & aussi pour mettre ses grains en sûreté, Jouaneaux conlfruisit près de son réduit une petite grange de bois qu'il couvrit de planches. Avant qu'elle fût fermée tout autour, & vraisemblablement lorsqu'il en achevait la toiture, il tomba du haut de sa grange & se blessa à la tête très-grièvement. On le porta aussitôt à l'Hôtel-Dieu, quoique sans espoir de guérison, car on tenait sa blessure pour mortelle : cependant, les Filles de Saint-Joseph, par l'intelligence & l'assiduité de leurs soins, & par l'efficacité de leurs remèdes, parvinrent à lui rendre la santé. Se vovant guéri contre son attente, Jouaneaux songea à ce qu'il pourrait faire pour leur témoigner la reconnaissance dont il se sentait pénétré. « Elles m'ont rendu « à la vie, se dit-il -à lui-même, ' ans elles je ne serais plus. Le don de « tout ce qui m'appartient eft trop peu de chose pour reconnaître un « bienfait de cette importance; il faut donc que je consacre le refte de « ma vie à les servir, & que je me donne moi-même à elles avec le « peu de biens que je possède. » En effet, le 12 mars 1660, par contrat passé en présence de M. de Maisonneuve, il fit don de sa personne, de ses quinze arpents de terre & de tous ses petits biens mobiliers aux Filles de Saint-Joseph, en promettant de travailler pour leur service, tant que Dieu lui donnerait des forces, & en tout ce qui lui serait commandé. Outre sa terre, il leur donna encore sa vache & son porc. « Et quoique tout ce bien fût peu de chose, dit la Sœur Morin, « c'était beaucoup pour nos Sœurs, dans la nécessité où elles étaient « de tout. La vache leur donna du lait, & le porc du lard après sa « mort, ce qui leur fut d'une grande douceur. » Mais surtout le bonhomme Jouaneaux leur rendit de très-grands services, par les soins

tel-Dieu. Contrat du 2 I mai iGGi.

NOTKS. D4I

qu'il donna à leurs travaux domertiqucs. il s'employait avec grande atîetlion à défricher leurs terres, & bâtit à Saint-Joseph une cabane pour y loger plusieurs hommes qui travaillaient avec lui, ménageant toutes choses avec plus de soin & de sollicitude que si c'eiit été pour son intérêt particulier (i). Touchées de son dévouement & de son (1) Annales do l'Hôzcle infatigable, les Hospitalières, pour le lier plus étroitement encore tt:l-t)ieu Samt-Joscph, à leur maison, lui donnèrent, le 21 mai 1661, une déclaration par ^^^ a bœur orin. écrit, en présence de M. Souart & de M. de Maisonneuve, par laquelle elles s'obligèrent à le regarder comme un membre de leur communauté, &, en cette qualité, à le rendre participant de toutes leurs prières & bonnes œuvres, comme aussi à faire pour son entretien pendant sa vie, & pour le repos de son àme après sa mort, ce qu'elles feraient pour une de leurs propres sœurs (2). (,) Archives des

L'exemple de Jouaneaux toucha un autre pieux colon, Thomas Hospitalières de l'Hô Mosnier, qui, le 10 décembre de cette année 1662, s'engagea au service de la Sœur Bourgeoys & de la Congrégation jusqu'à sa mort, donnant aussi avec sa personne & ses services tout ce qu'il possédait. Les Sœurs s'obligèrent, de leur part, à l'entretenir, en lui laissant la liberté de rompre son engagement, dans le courant de la première année, s'il l'avait pour agréable (3). (3) Greffe de Ville-

Si l'on passait avec ces Frères-donnés des contrats d'engagement, marie. Contrat du 10 c'était pour qu'ils eussent toute assurance d'être traités en santé & en '^'^'^'^'^tire 1662. maladie jusqu'à la fin-de leurs jours, & non pour les retenir, malgré eux, dans cette condition, s'ils changeaient d'avis par la suite. Ainsi, Thomas Mosnier, deux ans après son engagement envers la Congrégation, se voyant sollicité par divers particuliers, demanda lui-même qu'il lui fût permis de le rompre; & les Sœurs consentirent, par un second contrat, à supprimer la clause stipulée dans le premier (4). (4) Greffe de Ville-

A partir de ce temps, il y eut toujours à l'Hôtel-Dieu & à la """arie. Contrat du Congrégation de ces sortes de serviteurs-donnés, &, parmi eux, d'an- '''"'■'^ ^ '^' ciens militaires qui, voulant consacrer à Dieu le relie de leurs jours & se mettre à l'abri des dissipations du monde, contradèrent de semblables engagements. Ils servirent ces maisons avec un zèle & un dévouement qu'ils ne pouvaient puiser que dans leur foi, se contentant du vêtement &.de la nourriture, & exposant généreusement leur vie aux dangers fréquents qu'ils avaient à courir, tant à la ville qu'à la campagne, dans l'exécution des ordres qui leur étaient donnés.

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