‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 41 sur 326 · DIFFICULTÉS EXTRKMES POUR CULTIVER LES CHAMPS ET ÉVITER LA FAMINE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS EXTRKMES POUR CULTIVER LES CHAMPS ET ÉVITER LA FAMINE

beaucoup de frayeur, lorsqu'il était fort proche, & nous faisait redescendre au plus tôt, toutes tremblantes, croyant être arrivées à notre dernier moment. Quand on sonnait le tocsin, ma Sœur Maillet tombait aussitôt en faiblesse, & ma Sœur Massé demeurait sans parole, dans un état à faire pitié; Tune & Tautre allaient se mettre alors dans un coin du jubé, devant le Très-Saint Sacrement, pour se préparer à la mort, ou se retiraient ( dans leurs cellules. Dès que j'avais appris que les Iroquois s'étaient retirés & qu'ils ne paraissaient plus, j'allais le leur dire, ce qui les consolait & semblait leur redonner la vie. Ma Sœur de Brésoles était plus forte & plus courageuse, & la juffe frayeur dont elle ne pouvait se défendre ne Tempêchait pas de servir ses malades, ni de recevoir ceux qu'on apportait, blessés ou morts, dans ces occasions. Quand les ennemis étaient plus éloignés & nos gens plus forts, c'était une grande satis- ( faction pour nous de monter alors au clocher, & de voir tous les hommes courir au secours de leurs frères, & ( exposer généreusement leur vie pour les sauver. Les ( Prêtres du séminaire ne manquaient pas de courir un ou deux au champ de bataille, pour confesser les mori- ( bonds, et ceux-ci ne conservaient le plus souvent de vie ( qu'autant qu'il leur en fallait pour être en état de rece- ;( voir les sacrements, & expiraient sur la place aussitôt après. Ces messieurs exposaient ainsi leur vie, toutes les fois que le service du prochain le demandait, sans prendre aucune arme pour se défendre, ce qu'on doit regarder comme un zèle excellent 8: une charité trèssublime (i). »

On comprend qu'au milieu de ces hoflilités toujours renaissantes, les colons de 'Villemarie n'auraient pu vaquer aux travaux de la campagne sans s'exposer, chaque jour, à être pris ou tués par les Iroquois. L'année 1661, la prudence ne leur permettant plus de cultiver leurs champs comme à l'ordinaire, ils se trouvèrent, vers le milieu de

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