ier i6G
cas d attaque; & de telle sorte que, sans contranidre les colons, ni être à charge à aucun d'eux, il eût toujours sous la main un corps de valeureux soldats, une sorte de camp volant prêt à se porter partout où l'ennemi se montrerait & à protéger les travailleurs.il réussit si bien dans
(2) Marie de l'Incarnation, 10 août 1662, p. 56g.
l'exécution de ce dessein^, que depuis le mois de juin 1662 jusqu'à l'été de 1665^ où arrivèrent enfin les troupes du Roi, c'elt-à-dire dans l'espace de plus de trois ans, il ne perdit en tout que dix hommes, dont huit furent tués & (T Regiftrc de la ^^^ deux autrcs emmeués captifs (i), quoique pendant cet
paroisse de viiiema- intervalle de temps les hothlités eussent été continuelles.
5 mai, Q août, 12 sept! On voit par-là que, dans le courant de ces trois ans, le
1664. 24, 26 avril, nombre moyen des hommes tués par les Iroquois, com- 28 août 1605. >,.-'. . . ^ . 1, 1
pare a celui de ceux qui avaient peri annuellement dans
les dix-neuf années précédentes, depuis les premiers massacres, en 1 643, fût moindre de plus d'un tiers, ou plutôt, pour parler avec plus de vérité, la moyenne relative fut bien moindre encore, puisque dans ces trois dernières années Villemarie, ayant reçu de France diverses recrues de colons, en exposait un plus grand nombre qu'auparavant au feu des barbares.
POUR CONSERVER VILLE- Ou se dcmaude comment M. de Maisonneuve, sans
MARIE, M. DE MAI- j.g(;>gyQii- aucuu sccours ni du Roi, ni de la grande Com-
SONNEUVE EFABLIT ' °
LA MILICE DE LA SAIN- paguic, a pu , par ses propres ressources, conserver ce TE FAMILLE. poUc avaucé & protéger ainsi la vie des travailleurs, malgré
les attaques ouvertes des Iroquois, leurs tentatives secrètes, leurs continuelles embuscades. C'eft ici une preuve nouvelle de ce que nous avons dit déjà tant de fois : que le zèle pour établir l'Église catholique en Canada, ayant donné naissance à Villemarie, était aussi le motif qui inspirait à M. de Maisonneuve 8c à ses braves compagnons d'armes tant de résolution & de courage pour défendre ce pofle & le conserver, au prix môme de leur sang. Et qu'on ne s'imagine pas que nous parlions ici par conjeclure & que nous attribuions à cet habile gouverneur des sentiments qu'il n'ait pas eus ; on va l'entendre les exprimer lui-même dans l'ordonnance qu'il publia à cette occasion le 27 janvier i663, 8: qu'on voit encore en original au gretfe de Villemarie. Les associés de Montréal s'étaient proposé, comme on l'a vu, de consacrer cette île à la Sainte P\imille, & l'avaient mise sous la spéciale proteclion de Marie,
4'' GUERRE. MILICE DE LA SAINTE-FAMILLE. l663. l5
lui en donnant pour toujours la propriété. M. de Maisonneuve, chargé de la garde &. de la défense de cette même île, avait d'abord établi une Confrérie militaire composée de soixante-douze colons; mais cette année i663, où les Iroquois voulaient y mettre tout à feu & à sang, il proposa aux habitants d'en former une nouvelle, sous le nom de Milice de la Sainte-Famille de Jésus, Marie & Joseph; 8:, ce qui efl plus étonnant, il trouva à Tinflant près de cent quarante braves qui s'offrirent spontanément, résolus de sacrifier généreusement leur vie pour ce noble dessein. Aussi voulut-il que leurs noms fussent écrits à la suite de son ordonnance & déposés aux archives publiques, pour servir de mémorial à la poflérité de leur immortel dévouement. Nous accomplirons son jufle & religieux désir en rapportant dans son entier ce monument national, si honorable au pays, & en particulier à plusieurs des anciennes familles, à qui nous sommes heureux de révéler ici ce titre de leur gloire.
« Paul de Chomedey, gouverneur de Tîle de Mont- invitation de u. de réal & des terres qui en dépendent : sur les avis qui nous ont été donnés de divers endroits, que les Iroquois avaient formé le dessein d'enlever de surprise ou de force cette habitation, & le secours que Sa Majefté nous a promis n'étant point arrivé encore : nous, attendu que cette île appartient à la Sainte Vierge, avons cru devoir inviter & exhorter ceux qui sont zélés pour son service de s'unir ensemble par escouades, chacune de sept personnes; & après avoir :< élu un caporal à la pluralité des voix, de venir nous ( trouver pour être enrôlés dans notre garnison, & en cette qualité suivre nos ordres pour la conservation de ce pays. Nous promettons de notre part que, dans les dangers qui pourront se rencontrer aux occasions militaires, les intérêts des particuliers nous seront toujours chers, & que nous serons prêts à ôter du rôle ceux qui se feront inscrire pour les fins susdites^, toutes les fois
iMAISONNEUVE AUX CO- LONS.
l6 II*' PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
(( qu'ils nous en requerront. Ordonnons au sieur Du Puis,
« major;, de faire insinuer le présent ordre au greffe de ce
« lieu, & ensemble les noms de ceux qui se feront enrôler,
« pour leur servir de marque d'honneur comme ayant
(( exposé leur vie pour les intérêts de Notre-Dame & le
« salut public.
« Fait à Villemarie, le 27 janvier i663.
(( Paul de Chomedey. »
Le lendemain, 28 janvier, cette ordonnance fut lue,
publiée & affichée à Tissue de la grand'messe paroissiale,
(;j) GrciTc de Ville- & le major de Tîle la fit insinuer au greffe (i). Rien ne
marie, rôle du i" te- n^Q^tre micux Tautorité de M. de Maisonneuve sur les
vrier ihG^. . ^ i i • i,
esprits & les cœurs des siens, que 1 empressement avec lequel ils répondirent à ses désirs & à son attente. L'ordonnance avait été publiée le 28 janvier, & quatre jours après, le i" de février suivant, il se trouva vingt escouades formant ainsi un camp volant de près de cent quarante hommes (*).