‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 59 sur 326 · NEUVE DE PASSER EN FRANCE · texte numérisé non relu

NEUVE DE PASSER EN FRANCE

comte lettre

ciiE M DE MAISON- bcc, où 11 aFriva le i6 septembre avec M. Souart & mademoiselle Mance; mais M. d'Avaugour, qui peut-être prit ombrage de son voyage en France, Tempêcha de passer outre. Il lui commanda de retourner à Villemarie, sous

(i) Journal des Je- prétexte d'informer contre les auteurs d'une sédition (i), suites, iGse^t. 1002. ^^. ^^^^-^ ^^ jjg^ ^^^ j^qJ^ jg juillet précédent, au sujet

{1) ibid., ib sept. jYm magasin public quon voulait y établir (2), comme le désiraient les agents de la grande Compagnie, afin

^3; Emplois du vi- d'augmenter par ce moyen le prix du caftor (3) (*). Nous d'Argenson, j^^^^.^j^g p^ trouvcr aucune trace de cette mutinerie, ni

du bsept, iO;<S, r •'

à M. de Morangis, dans Ics acles de M. de Maisonneuve, ni au greffe de f«'- •'^^- Villemarie, ni ailleurs, si ce n'eft dans le Journal des Jé-

suites, où elle efl mentionnée en passant. Quoi qu'il en soit, si elle eut lieu réellement, 8: qu'on dût informer contre les auteurs, il n'était pas nécessaire que M. de Maisonneuve renonçât pour cela à son voyage de France, puisque M. Du Puis, son lieutenant, qu'il avait établi commandant en sa place, aurait pu procéder lui-même à cette information. M. d'Avaugour fit plus encore : M. Jacques le Ber avait conduit M. de Maisonneuve dans sa barque, & arrivait ainsi à Québec avec lui; craignant apparemment qu'il ne partît aussi pour la France, il le fit arrêter prisonnier, comme s'il eût été l'un des auteurs de la sédition, & ordonna même de saisir ses biens. Un traitement si étrange à l'égard de M. le Ber, l'un des hommes les plus honorables de la Nouvelle-France, élu en 1660, par le suffrage de ses concitoyens, conseiller de Québec, & enfin l'ordre abusif de saisir ses biens, peuvent

(*) « Notre pauvreté procède, en partie, de l'avilissement de la « traite, écrivait M. d'Argenson. Il faut absolument y remédier, (4' Lett.de.M.d'Ar- « ajoutait-il, en obligeant de faire la traite en commun (4). » Ces gcnson, fol. 38. dernières paroles pourraient peut-être donnera penser que M, d'A-

vaugour, chargé des intérêts mercantiles de la grande Compagnie, avait voulu de son chef en venir absolument à l'exécution de ce dessein, en obligeant les colons à adopter ce nouveau moJc de traite; & qu'ayant éprouvé de leur part une jufte résidance. il les accusait pour cela de rébellion.

nation. Lettre 6; 57 1, 10 août 1662.

DÉSORDRES ruRLics. 1662. 3g

jeter quelque doute sur la jultice du procédé de M. d'Avaugour en celte rencontre, 8c donner à penser que le motif allégué par lui, pour les arrêter l'un & l'autre, n'était qu'un prétexte dont il voulut se servir pour colorer cet acle arbitraire 8c violent. Néanmoins, M. de Maisonneuve renonça sur-le-champ à son voyage; il repartit même de Québec le lendemain de son arrivée (i), & se sépara de (0 Joumai des jjmademoiselle Mance, qui fit voile, le 20 du même mois, ''"' ^^' ' ^ ^'^'^^'

kl • • j ^^ ' / \ ^2) Ibid., 20 sert.

dernier vaisseau de cette année (2}. jg:^^ *

Après le départ de M. de Laval, les désordres occa- désordres dans i a sionnés par la traite des boissons persévérèrent, 8: peut- colonie.

être avec plus d'excès qu'auparavant (3). Les Jésuites de (3) Marie de rincar- Québec, voyant que le mépris de Texcommunication lancée par ce Prélat continuait toujours, jugèrent à propos de la renouveler, mais il s'ensuivit peu d'amendement; ou plutôt, d'autres désordres, non moins déteflables, déshonorèrent alors la Colonie. La nuit du 23 au 24 janvier i663, la maison d'un particulier de Québec fut volée, &, pour couvrir son crime, le voleur osa bien y mettre le feu. Il fut saisi, convaincu & condamné à la potence. Dans le même temps on découvrit d'autres vols, dont les auteurs, quoique convaincus, furent cependant peu châtiés. Enfin, les moyens ordinaires ne suffisant pas pour faire rentrer les coupables en eux-mêmes, on regarda généralement dans le pays comme un avertissement salutaire du Ciel un épouvantable tremblement de terre (4), qui fut plus (4) Journal des Jépuissant sur les consciences que ne l'avaient été toutes les ^"'^"' '^"''" '^'^"'' foudres de l'Eglise 8c toutes les menaces des prédicateurs.

Ce qu il faut considérer avant tout dans ce phéno- tremblement de turmène, quoique naturel, ce sont trois circonstances fort extraordinaires, bien propres à établir dans tous les esprits la conviction qu'elles y laissèrent, que Dieu ne l'avait ordonné que pour opérer la conversion des cœurs, savoir : le temps que dura ce tremblement de terre; l'étendue de pays où il se fit sentir; enfin, la proteclion visible de Dieu

I E, AVERTISSEMENT Di; CIEL : SA DURÉE, SSN ÉTENDUE.

sur les sauvages & les Français, au milieu de ce désaflre. Il dura depuis le 5 février jusque dans les mois d'août & de septembre, quoique les secousses ne fussent pas toujours également rudes. En certains endroits, le mouvement de la terre fut continuel pendant un temps considérable; dans d'autres, il se renouvelait d ordinaire deux ou trois fois le jour, avec grande violence, surtout dans les pays plats. Quant à Tétendue de terres qu'il agita, il se fit sentir depuis Tîle Percée & Gaspé, qui sont à Tembouchure du fleuve Saint-Laurent, jusqu'au delà de Tîle de Montréal, comme aussi dans la Nouvelle-Angleterre, dans TAcadie & en d'autres lieux fort éloignés. De sorte que la terre fut agitée, au même jour & au même moment, sur deux cents lieues de longueur & sur cent de largeur, ce qui fait une étendue de vingt mille lieues en superficie. Enfin, la protedion visible de Dieu sur les habitants, au milieu de ce bouleversement, efi un fait aussi inconteffablement démontré que la vérité du tremblement de terre lui-même.

XVH.

PROTECTION UE DIEU « Pas uu tt'y 3 pcrdu la vie, écrivait cette même an-

« née le P. Lalemant (i); nous voyons proche de nous de « grandes ouvertures qui se sont faites, & une prodi- (î)Reiationdeir,63. „ gieuse étcuduc de pays toute dévaftée, sans que nous y « ayons perdu un enfant, non pas même un cheveu de « nos têtes. Nous nous voyons environnés de bouleverse- (( ments & de ruines, & toutefois nous n'avons eu que « quelques cheminées démolies, pendant que les mon- (2) Relation de lor.x, <, tagncs d'alcutour out été abîmées (2). » Ce que ce reli-

''■ ■ gieux attcfk ici, la Mère de l'Incarnation le confirme

dans sa lettre du 20 août i663 : « Un honnête homme de « nos amis, dit-elle, avait fait bâtir une maison, avec un (( fort beau moulin, sur la pointe d'une roche de marbre : « la roche, dans une secouse, s'eft ouverte, & la maison « & le moulin ont été enfoncés dans l'abîme qui s'est « creusé; mais, ce qui eft admirable, parmi des débris si « étranges & si universels, nul n'a péri, ni même n'a

Page 1