TOME III. A
ni.EMENT DE TERRE A VII.LEMARIE.
5o II'' PARTIK. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
assurance devant le Très-Saint Sacrement. Enfin plusieurs sauvages infidèles firent paraître à cette occasion tant d'ardeur pour être instruits, qu'on ne crut pas devoir leur
EFFETS DE CE TREM- A Villemaric, le tremblement de terre se fit sentir le
5 février avec la même violence qu à Québec. Au moment où il commença, on faisait, selon Tusage, la prière du soir dans Téglise de THctel-Dieu^ qui servait alors de paroisse, où quantité de personnes se trouvaient réimies. Après que le bruit confus dont on a parlé eut duré cinq ou six minutes, la terre trem.bla tout à coup avec tant de violence, qu'au rapport de la Sœur Morin les plus grandes maisons étaient auissi agitées que le serait une petite maison de cartes exposée au gré du vent. M. Souart, qui présidait à la prière, & les colons qui se trouvaient là sortirent aussitôt de Téglise pour n'être pas écrasés sous ses ruines; & parmi les malades de THôtel-Dieu, ceux qui eurent assez de force pour se souftraire au danger évacuèrent promptement la salle & allèrent dans la cour, pendant que les autres plus faibles conjuraient à grands cris la miséricorde de Dieu, pensant que leur dernière heure fût arrivée. Ceux qui étaient sortis se couchaient sur la neige; car les mouvements de la terre étaient si violents, qu'il était impossible de se tenir sur ses pieds, & qu'on se voyait contraint de s'étendre aplat pour ne pas tomber de sa hauteur. Au moment où le tremblement de terre commença, madame d'Ailleboufi, retirée à l'Hôtel-Dieu depuis la mort de son mari, 8c alors retenue au lit par quelque légère indisposition, se leva précipitamment, sans prendre le temps de s'habiller, sortit aussitôt sans souliers, n'ayant qu'un mantelet sur ses épaules, tandis que sa femme de chambre courait après elle avec une jupe en main pour l'en revêtir, ce qu'elle ne put faire à cause de l'agitation de la terre qui creusait des précipices sous ses pieds. Cette dame entra ainsi dans la grande salle, criant de toute sa force à M. Souart: « Confession, mon Père, confession. «
TRÉ^tBLEMENT DE TERRE. l663. 5l
Au milieu de cette épouvante générale, la Mère de Brésoles, la Sœur Macé 8c la Sœur Maillet demeurèrent en prière devant le Tabernacle sans songer à chercher leur salut par la fuite.
WANT LE TREMnLE- ME.\r DE TERRE.
xxvr « A Québec, dit la Sœur Morin, les églises furent dispositions des <o
« pleines de monde toute la nuit du lundi au mardi gras, lons de villemarik 0 8c du mardi au mercredi, & les prêtres occupés à con (t fesser. La dévotion ne fut pas aussi grande à Villema « rie; chacun demeura chez soi, & la porte de notre « église fut fermée ; il n'y en avait point d'autre pour « lors dans toute Tîle de Montréal. Peut-être n'avait-on '< pas tant de besoin d'aller à confesse; car en ce temps « on y vivait bien 8: dans une grande innocence (i). » (o Annales de i'Hô Cette réflexion de la Sœur Morin ei\ le commentaire natii- ^"^'"^'^" st-Joscph. rel de ce que rapporte, de son côté, la Sœur Bourgeoys, au sujet du père Chaumonot, qui résidait alors à Villemarie : « Il encourageait tout le monde, en disant que c'était « le diable qui enrageait de ce que Dieu était bien servi (2).» ^2) Écrits autogra En effet, tandis qu'ailleurs on se livrait alors aux dissipa- pi^es JciaSœurP.<)ur tions du carnaval, les colons de Villemarie, plus exposés * ' que jamais à la cruauté des barbares, n'étaient occupés que de pensées sérieuses & chrétiennes, à cause du danger continuel de voir leur place enlevée par les Iroquois. Car c'était quelques jours seulement avant le tremblement de terre que M. de Maisonneuve avait fait à leur piété généreuse & à leur bravoure l'appel dont nous avons parlé, en les invitant à s'enrôlefdans la milice de la Sainte- Famille, 8: à exposer courageusement leur vie pour les intérêts de Notre Dame & le salut public. Le 28 janvier de cette année i663, il leur avait fait cet appel auquel ils répondirent avec tant d'empressement, & le 5 février au soir commença le tremblement de terre. Tous ces pieux colons étant donc prêts à répandre leur sang, & par conséquent tout disposés à paraître avec confiance devant Dieu, on comprend, comme le rapporte la Sœur Morin, que chacun demeura chez soi & que la porte de l'église relta fermée.
DURÉE Dt: CE tremblement; IL NE NUIT NI AUX RÉCOLTES, NI A LA SANTÉ DES CO- LONS.
(i) Ecrits autographes de la Sœur Bour gcoys.
(2) Annales de l'Hôtel-Dieu Saint-Joseph, par la Sœur Morin.
(3)Lettrer,8<-,p. bc)2, iSaoût 1GG4.
XXVIH,
OUIGINE DES CONFRÉ- RIES Pr. LA SAINTE-
« Le tremblement de terre, qui commença le lundi « au soir, ajoute de son côté la Sœur Bourgeoys, re- « doubla neuf fois en neuf heures, non pas également, ni (( pour la force, ni pour la durée. Le premier coup fut si (( fort, que notre cloche de la porte (nous n'avions alors <( que celle-là) sonnait avec la plus grande vitesse que Ton u puisse sonner (i). » — « Le lendemain 6 février, à « quatre heures du matin, eut lieu un autre tremblement « de terre très-violent, dit la Sœur Morin. Il nous balança « dans nos lits bien plus rudement que ne Tavaient fait « nos mères nourrices dans notre enfance ; &, malgré (( cela, aucune de nous ne se leva du lit, se confiant « en la protedion de Notre Seigneur, de la Très-Sainte (( Vierge & du grand Saint Joseph (2). » Ces secousses se renouvelèrent pendant sept ou huit mois, & Ton voit, par des lettres écrites le i" septembre i663, qu'elles se faisaient sentir encore alors de temps en temps, bien qu'elles ne fussent pas violentes. Nous devons ajouter, comme une nouvelle marque de la protection divine, qu'on fut délivré de la pefte & de la famine, qu'on craignait avec raison après un tel bouleversement. A la suite de ces grandes secousses & des feux qui étaient sortis par les ouvertures de la terre, une extrême sécheresse avait comme brûlé la surface des champs, & consumé toutes les semences; &, en outre, les pluies tombèrent en si grande abondance, que les torrents semblaient avoir emporté tout ce qui reftait dherbes & ôté Tespérance de faire aucune moisson, u Le contraire eff arrivé, dit la Mère Marie de « rincarnation, car la moisson a été si abondante, que « jamais Ton a recueilli tant de blé ni d'autres grains dans « ce pays. Pour les maladies, il n'y en a eu aucune; vous « voyez par là que Dieu ne blesse que pour guérir, & que « ces fléaux, que nous avons expérimentés, ne sont que les « châtiments d'un bon père (3). »
L'effet le plus salutaire & le plus durable que produisit ce tremblement de terre fut de disposer les colons à en-
[confrérie de la sainte-famille. i663. 53
trer dans la pieuse confrérie de la Sainte-Famille^ qui fut famille, le p. chauétablie à la suite de cet événement, & dont il ert nécessaire "°'^°'^' de raconter ici l'origine. Comme le P. Chaumonot & madame d'Ailleboull en furent les inllruments principaux, nous dirons d'abord un mot de Tun & de Tautre. On a vu que les Prêtres de Saint-Sulpice, envoyés par M. Olier à \'illemarie, y prenaient le titre d'EcclésiaJiiqiics associés ! pour la conversion des sauvages, motif principal qui les y avait amenés; & que M. le Maitre, dès son arrivée, s'était appliqué à Tétude des langues de ces barbares pour être plus tôt en état de les inftruire. Madame d'Aillebouft, qui possédait celle des Algonquins, avait môme procuré L^ officieusement à ces Prêtres des manuscrits que les PP. Jésuites avaient composés (i), pour faciliter Tétude de ces (0 Second Mémoire
1 ' j 1 -Tk- ■ ■ • 4. 11 4. de M. d'Allet, p. 72g,
langues a ceux de leurs Pères qui arrivaient nouvellement ^3^ dans le pays. Mais, comme ces Religieux étaient déjà en possession de diriger toutes les missions sauvages, M. de Laval jugea, dès le commencement, qu on y conserverait plus d'unité s'ils en avaient seuls la dire61:ion. Il voulut donc que les Prêtres de Saint-Sulpice bornassent leurs travaux à la conduite spirituelle des Français de Villemarie, et qu'ils eussent avec eux un Missionnaire Jésuite, pour rinftrudion des sauvages qui fréquentaient ce lieu. M. Souart descendit à Québec, au mois de septembre 1662, 8: traita alors de cette affaire, quoique déjà les PP. Jésuites eussent envoyé le P. Chaumonot à Villema-
, , , ... ; , 1 / N Ti • • (-) Journal des Jt-
ne des le mois de juin précèdent (2). 11 y vn^ait en com- suites, oa. 1662. munauté avec ces Ecclésiaftiques, & les jours de dimanche C^) vie du p. chau-
&t^ r*4. ^ ^ -1 1 • ^ /v2 •• ^ < monot, écrite par Uii-
de têtes, rapporte-t-il lui-même, « nous ofïiciions tour a rnême, New- York
« tour (3). » I^58, p. 74.
Madame d'Aillebouft, retirée depuis la mort de son ^'auvmf. daili k^oos mari à l'Hôtel-Dieu de Villemarie (*), était, dit la Sœur
PROPOSr: LA DEVO- TION A LA SAi.Nra