ETABLISSEMENT DE L/V SAINTE-FAMILLE ELLE SE RÉPAND DANSTOITE
Tous ayant applaudi à cette proposition, le P. Chaumonot dressa un acte par lequel ils promirent de faire ,.a colonie chacun neuf communions, & de procurer que toutes les personnes qui seraient admises dans l'association de la Sainte-Famille récitassent, immédiatement après leur réception, neuf fois G/or/*^ Patri, etc. M. Souart, le P. Chaumonot, la Supérieure de THôtel-Dieu (qui était alors la Sœur Macé), la Sœur Bourgeoys, ainsi que laSœurCrolo, madame dAillebouft & mademoiselle Mance signèrent cet acie le 3i juillet i663 (2). La délivrance déjà rapportée (2) Ecrits autogradu soldat milicien pris à Villemarie par les Iroquois, le ^^''y\^|VieSxh^^^^^^ 12 mai précédent, accrédita aussitôt cette dévotion; &; monot, p. 81, S2. Dieu, pour la faire naître dans les cœurs, se plut à Tautoriser par des événements providentiels tout à fait merveilleux, comme il avait déjà fait pour répandre la dévotion envers Sainte Anne après la conflruchon de la chapelle de ce nom, à la cote de Beaupré. Le P. Henri Nouvel, de la
Compagnie de Jésus, fut un des premiers qui éprouvèrent les effets salutaires de cette dévotion, u Ayant commencé « ma première campagne sous les favorables auspices de « la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, écrivait-il^ « j'ai expérimenté en diverses rencontres combien Dieu « agrée qu on lui demande des grâces par la médiation « de Jésus-Chrill:, qui nous les a toutes méritées, & qu'on « s'adresse à la Sainte Vierge & à Saint Joseph comme « aux plus puissants avocats que nous puissions avoir <( auprès de cet adorable Sauveur. » Ce Religieux fait ensuite le récit de plusieurs événements où il crut être délivré de la mort d une manière miraculeuse par l'invocation de la Sainte Famille; enfin d'autres délivrances semblables, regardées comme miraculeuses, accréditèrent en peu de temps cette dévotion dans tout le Canada; ce qui fait dire à la Mère Marie de Tlncarnation, dans une lettre du mois d'août de Tannée suivante : « Tout le pays a une « dépotion très-grande à la Sainte Famille pour beau-
(i) Lettre 68% août » • / s
lôH, p.5q4. " coup de raisons (i). »
SAINTE-FAMILLE A Q.I.É- Alors commcncèrcnt diverses associations pieuses (2)
BEC, POUR LES COLONS forniécs sur Ic modèle de celle de Villemarie, qui toutes
ET LES HURONS DE CE . ^ n.
LIEU. contribuèrent efficacement à la réformation des mœurs
C2) Journal des Je- & au salut dcs timcs (3). A Québcc, on loua, pour y tenir
suites, i(>64. , , , . . , " ^
(;3) Annales de l'Hô- ^^^ asscmblecs, uuc maisou qui appartenait aux Ursutei-Dieu Saint-Joseph, lincs (4); & la Coufréric fut d'abord commune aux hommes, par la Sœur Morin. aux femmes 8c aux enfants. « L'on a inlfitué en ce pays,
(4; Journal des Je- a* • 1 1^T • ^^ . • j
suites, 16Ô4. « rapporte Marie de 1 Incarnation, une Congrégation de
« la Sainte-Famille, pour la réformation des ménages, « dans laquelle les hommes sont conduits par les RR. « PP. Jésuites, les femmes par des Dames de pitié, & « les filles par les UrsuUnes. Les filles se réunissent le « dimanche chez nous, où Tune des Religieuses a soin « de leur faire l'inflruclion, dont le but efi de conser- « ver en elles les sentiments 8c les pratiques qu'on leur « avait déjà enseignés dans la maison; car il n'y en a « pas une qui ne passe par nos mains, & cela réforme
confri:rie dk la sainte-famille. i663. 57
« toute la Colonie en faisant régner dans toutes les
tt familles la religion 8c la piété (i). » (O Leurc du
août i8C.).
L"inliitution de cette Confrérie chez les sauvages chrétiens ne produisit pas de moindres fruits, k Depuis u qu'on a introduit chez les Hurons de Québec, dit le « P. Lalemant dans la relation de cette même année, une « dévotion qui fait de grands fruits parmi les Français de « ce pays, 8c qu'on leur a inspiré le dessein de régler « leurs familles sur celle de Jésus, Marie & Joseph, on ^' ne peut croire jusqu'où va la ferveur de ces barbares. « Ceux qui sont admis dans la Sainte-Famille ne souffrent « point chez eux de discours messéants, & Ton voit à pré- « sent de pauvres femmes, qui n'eussent pas auparavant « osé ouvrir la bouche, s'élever comme des lionnes contre « ceux qui veulent mal parler en leur présence, ce qui eÛ « bien rare & bien à admirer parmi des nations barbares " où la licence de tout dire 8c de tout faire règne avec « impunité (2). »
Telle fut l'origine des Confréries de la Sainte-Famille, dessein de la provi qui persévèrent depuis deux siècles dans toutes les paroisses du Canada, 8c sont encore aujourd'hui en grand honneur chez les sauvages chrétiens. Madame d'Aillebouft, pour céder aux inftances qui lui furent faites, alla se fixer à Québec dans Tunique dessein de diriger l'association des Dames de cette ville 8c de leur en communiquer le véritable esprit ; 8c rien assurément ne pouvait mieux répondre que cette inflitution pieuse aux désirs de la Compagnie de Montréal. Elle s'était crue appelée de Dieu à répandre dans la Nouvelle- France la dévotion envers la Sainte Famille, & dans cette vue avait consacré cette île à Jésus, Marie & Joseph, le 2 février 1642, pour faire honorer & imiter ces trois augultes personnes par tous les sauvages (3) & par (3) Relation de 1642, tous les colons; & parce que tel était, en effet, le dessein p* 5^" ^^' ^'4-, de la divine Providence sur le Canada, personne ne contribua plus efficacement à répandre cette même dévotion
(2) Relation de 1604, p. 20, 21.
DENCE DANS INSTIUITION.
58 II*" PARTIE. LOUIS XIV^ CHEF DE LA COLONIE. l663.
que ne le fit M. de Laval depuis son retour de France jusqu'à la fin de son épiscopat^ comme on le verra dans la note sur ces Confréries placée à la fin de ce volume (*).