LE INCERTITUDE SUR L’IS- SUE DE L'EXPÉDITION; PRIÈRES PUBLIQUES
(1) Lett, hittoriques, lett, 74°, p. O1.
(2) Ibid, p. 610.
lett, 73,
(3: Archives de la Propagande, vol. America, 3, Canada, 256, Lett. au Pape, du 15 ot 1666, fol. 80.
L'ARMÉE SE RÉUNIT AU FORT SAINTE-ANNE, ET PART DE LA DIVI- SÉE EN TROIS CORPS.
(4) Relationde 1666, p. 8. Lett. de Marie de l’ncarnation, lett. 73e, p. 610.
140 Hi® PARTIE, LOUIS XIV,
cette ville dans l'incertitude sur le succès de ses armes. « Nous ne savons rien encore de cette entreprise, écrivait la Mère Marie de l'Incarnation le 2 novembre suivant; Dieu, qui eft le Dieu des armées, le sait; s'il a combattu pour nous, nous avons la viéloire; mais que sa trèssainte volonté soit faite, parce que, dans l'ordre de cette volonté, il eft glorifié par nos pertes aussi bien que par nos prospérités (1). Cependant toute cette nouvelle Église eft en prière, & l'on fait l'oraison de quarante heures depuis le 1°" oétobre, qui continue dans les quatre églises tour à tour, parce que du bon ou du mauvais succès de cette guerre dépend le bien ou le mal de tout le pays. Voici la troisième fois que nos Français sont allés chez ces barbares depuis le mois de février, au grand étonnement des Anglais & des Iroquois eux-mêmes, qui ne peuvent comprendre comment ils ont seulement osé entreprendre un voyage si diffcile (2). » Cependant M. de Laval écrivait au Souverain Pontife, le 15 oétobre de cette année : « Les poftes des Français & divers Forts qu'on a conftruits s'étendent
jusqu'au pays des Iroquois, dont ils sont la terreur, en même temps qu'ils font la sûreté des nôtres; &, au moment où j'écris cette lettre, le Vice-Roi eft en campagne pour attaquer l'ennemi (3). »
Le Fort Sainte-Anne, dont on a parlé, avait été assigné pour le lieu du rendez-vous, fixé au 28 septembre ; quelques détachements de troupes n'y étant pas arrivés assez tôt, M. de Tracy ne put partir de là, avec le gros de l'armée, que le 3 octobre. Toutefois M. de Courcelles, par un effet de son impatience ordinaire de se trouver aux occasions, était parti quelques jours auparavant avec quatre cents hommes, tandis que M. de Chambly & M. Berthier, commandants des Forts Saint-Louis & de l’'Assomption, ne devaient partir que quatre jours après M. de Tracy pour former l’arrière-garde (4). M. de Répentigny commandait les habitants Français de Québec
& des environs /1), Ceux de Villemarie étaient commandés par M. Le Moyne, leur capitaine, & par M. de Béleftre, qui avait le titre de lieutenant. Trois autres gentilshommes de Villemarie se joignirent à l'armée : M. Charles d'Aillebouft des Musseaux, qui, en cette occasion, changea l'office de juge en celui de militaire; M. de Hautmesnil, qui avait été des deux expéditions précédentes, & avait pensé périr dans celle du mois de janvier; & enfin M. de Saint- André. Pourtant M. d'Aiïllebouft ne put aller jusqu'au pays des Iroquois, ayant été mordu en chemin par un ours, ce qui l'obligea de retourner à Villemarie (2).
De Québec jusqu'aux Forts conftruits sur la rivière des Iroquois le chemin avait été assez facile, quoique environ de cent cinquante lieues, parce que l'armée put le faire en canots ou en chaloupes, & qu'il y avait peu de portages (3). On appelle ainsi, en Canada, ces endroits des rivières qui, à cause des rochers qui les obftruent, ne sont plus navigables par manque d'eau, & où l'on eft contraint de porter les bateaux, ainsi que tout le bagage, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à des endroits plus profonds. Mais, au delà des Forts, il reftait plus de soixante lieues à faire avant d'arriver aux premières bourgades des Iroquois ; & comme on avait beaucoup de grands lacs & des rivières à passer, on s'était muni des commodités qu'on avait jugées nécessaires tant pour la terre que pour l'eau, entre autres de trois cents bateaux, tous très-légers, dont une partie ctait faite d'écorces d'arbres. Quand on avait passé un lac ou une rivière, il fallait porter les canots & les bateaux à force de bras(4), ainsi que les vivres, les armes & le refte des bagages. « M. le chevalier de Chau- « mont, rapporte la Mère Marie de l'Incarnation, m'a « assuré que, pour avoir porté son sac où il y avait un « peu de biscuit, il lui vint au dos une grosse tumeur; « car il faut que les chefs se chargent aussi bien que les «autres, aucune bête de somme ne pouvant aller par des « lieux si étroits & si dangereux. Ils se sont vus en des
(1) Zbid,,75, p.016,
2) Hittoire du Montréal, par M. Doilier, de 1665 à 1666,