‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 112 sur 392 · L'ATIGUES EXCESSIVES DI LA MARCHE DE L'AR- MÉE · texte numérisé non relu

L'ATIGUES EXCESSIVES DI LA MARCHE DE L'AR- MÉE

(3) Lettres de la Mère de l'Incarnation, lett, 75e, p. 013,

(4) Relation de 1066, p. 8.

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de J'Incarnation,

tre 75e, p. 613.

(2) bit, lett.

pe 6004 Relation

« périls extrêmes, dans des rivières & des rapides, où, à « cause de la profondeur de l'eau & de l'incertitude du « fond, ils ont été obligés de se faire porter par des sau- « vages. Un Suisse ayant voulu se charger, dans un mau- « vais pas, de M. de Tracy, qui eft un des plus grands « hommes que j'aie vus, quand il fut au milieu, il était « sur le point de tomber en défaillance, lorsque, trouvant « heureusement une roche, il se jeta dessus. Alors un « Huron fort & courageux, se jetant à l'eau, le retira du « danger & le porta à l'autre bord. Dieu les favorisa « beaucoup dans le passage d’une autre rivière où il y « avait de l'eau jusqu'à la ceinture; toute l'armée la tra- « versa en deux heures de temps, & dès qu'on l’eut passée, « la rivière haussa incontinent de neuf pieds. Si cette crue « füt arrivée deux heures plus tôt, tous les desseins « eussent été renversés, & toute l'armée eût été contrainte « de retourner sans rien faire. Cet accident étant évité, il fallut faire beaucoup de chemin par des vallées & des « montagnes, & ensuite passer un grand lac à la faveur de plusieurs radeaux que lon fit {1}. » Ils ont marché « par des chemins des plus difficiles qu'on puisse ima:giner à par des sentiers qui n’ont pas plus d'une planche de large, pleins de racines, de souches & de cavités très-Gangereuses. » Enfin, comme on savait que les lroquois avaient conftruit dans leur pays des Forts munis de canons, on jugea à propos de transporter pour cette expédition deux petites pièces de campagne; & dans tous les portages il fallait que les soldats les chargeassent sur leur dos & les transportassent ainsi avec des fatigues accaklantes & excessives (2.

Cependant, malgré la trifle expérience qu'avait déjà faite M. de Courcelles, les vivres vinrent à manquer à l'armée, lorsqu'elle fut arrivée en terre ferme, dans le voisinage des Iroquois ; &, pour prévenir la famine à laquelle on était réduit, on fut alors dans la cruelle nécessité de diminuer de beaucoup la ration de chaque homme.

Les officiers chargés de veiller à cette réduction y tenaient la main avec une sévérité qui montre bien la crainte où l'on était de mourir de faim dans ces déserts. Du moins M. Dollier, l'un des aumôniers des troupes , parlant d'un capitaine chargé de lui fournir à lui-même les vivres, l'appelle, dans sa manière enjouée, le grand maître du jeüne, digne de servir de père-maître chez les Pères du désert. Il ajoute que M. l'abbé du Bois pensa mourir de faim, & que lui-même aurait succombé, s'il n'eût eu une complexion plus robufte. Outre le tourment de la faim, il avait encore à souffrir la fatigue accablante de la niarche, d'autant plus sensible pour lui qu'ayant aux pieds des souliers presque sans semelles, il était obligé de marcher sur les pierres aiguës dont les rivières & les rivages de ces pays étaient couverts. Enfin la dévotion des soldats fut pour lui un nouveau surcroît de fatigue, se voyant dans la nécessité de passer les nuits à entendre leurs confessions, après avoir marché tout le jour. L'insomnie, la fatigue du voyage, la privation de nourriture, l'aflaiblirent si fort que, malgré son courage & sa force naturelle, il ne put secourir assez tôt un homme qui se noya. Celui-ci appartenait en quelque manière aux Jésuites, ce qui fut cause que l'un de ces Religieux, touché de reconnaissance envers M. Dollier, ne crut pouvoir mieux le récompenser de la bonne volonté qu'il avait fait paraitre, qu'en lui donnant un morceau de pain (1); circonftance que nous rapportons ici pour montrer l'imprévoyance des chefs. Enfin, lorsque l'armée était réduite à cette extrémité désolante, elle vint à rencontrer fort heureusement un grand nombre de châtaigniers sauvages, tous chargés de fruits, & trouva par ce moyen de quoi se nourrir momentanément (2.

Cependant les Iroquois ignoraient qu'une armée Francaise allait les attaquer dans leur pays: & on les y eût sans doute surpris, si quelques-uns des leurs, qui dans la marche avaient été rencontrés & battus par les Algonquins, ne fussent allés donner avis, dans leurs bourgades, de

a: Hittoire du Mont.

réal, par M, Dollier,

dé 1005 à 1060,

12 Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 75° p. 615.

VII

\ L'APPROCHE DE L'AR- MÉE, LES AGNIERS DES DEUX PREMIERS BOURGS PRENNENT LA

‘1 Lettres de Marie

de l'Incarnation. Let tres littor., lettre 75", pe 014.

Pe

Pe

{23 Relation de 1066, S.

(3, Relationde 1666, O1.

y Jbid., p. ss.

l'arrivée de Français & de sauvages qui allaient apparemment leur faire la guerre (1). Les Iroquois dépêchèrent aussitôt quelques-uns d'entre eux jusqu’à trente ou quarante lieues pour découvrir nos troupes; & du haut des montagnes ces espions, ayant aperçu la petite armée, coururent pour en donner avis à la première bourgade Iroquoise (2). Le jéur de Sainte-Thérèse, l'armée arriva dans le voisinage de ce bourg; mais le temps était si incommode par les pluies, les orages & les tempêtes, qu'on désespérait presque de pouvoir rien faire contre les Iroquois. M. de Tracy néanmoins ne perdit pas courage & fit marcher ses troupes toute la nuit. Elles avançaient tambour battant pour tomber sur l'ennemi de vive force, sans chercher d'autres ruses ni d'autre moyen d'attaque que leur courage & la protection du Ciel. L'âlarme se mit aussitôt parmi les Iroquois, qui, pour être mieux en état de se défendre, firent fuir de la bourgade les femmes & les enfants ; mais quelque résolution qu'ils eussent, voyant ensuite approcher l'armée en bon ordre, ils furent tellement saisis de frayeur que, sans attendre l'attaque, ils abandonnèrent leur village & se retirèrent dans un autre plus éloigné. Les Français entrèrent donc sans résiftance dans le premier, le pillèrent, &, après y avoir mis le feu, poursuivirent l'ennemi dans le second (3). Les fuyards, que l’on ne put voir que de loin, faisaient sur les montagnes de grandes huces, tiraient des coups perdus sur nos soldats (4); &, voyant l'armée qui les poursuivait, crièrent à un de nos sauvages, comme pour faire les braves : « Voilà huit cents de nos gens au prochain vil- « lage, tous résolus de se bien battre & très-munis ; ils « tailleront en pièces tous ces Français que tu vois.

Mais le chef Iroquois de ce village, entendant nos tambours, au nombre de vingt, qui faisaient un bruit inconnu à ces barbares, & voyant les Français s'avancer tête baissée, ne les attendit pas & fut le premier à prendre la fuite ; tous les autres le suivirent à l'inftant, en sorte que le bourg demeura vide. L'où croyait n'y trouver que des

chaumières & des huttes de bergers, & l'on fut fort surpris de voir des cabanes de menuiserie, longues de cent vingt pieds & larges à proportion, dans chacune desquelles avaient été logées huit ou neuf familles. Enfin ce village était si beau & si agréable, rempli de tant de vivres, de meubles & de toutes sortes de commodités, que M. de Tracy & ceux de sa suite ne revenaient pas de leur étonnement.

Ces deux bourgs des Agniers n'étaient diitants l'un de l'autre que de trois ou quatre lieues. L'on avait fait entendre à M. de Tracy qu'il n'y en avait que deux, lorsque heureusement il se trouva dans la troupe de nos Algonquins une femme de cette nation qui, dans sa jeunesse, avait été captive chezles Iroquois, & qui dit à M. de Courcelles qu'il y avait quatre bourgades d'Agniers, ce qui le fit passer outre, avec M. le chevalier de Chaumont, pour aller attaquer la troisième. Il était presque nuit lorsqu'on $s en empara, & il semblait impossible d'aller Ie mème jour à la quatrième, surtout à des hommes qui n'avaient aucune connaissance des chemins. Cette femme néanmoins prenant un piftolet d'une main, & saisissant M. de C: celles de l'autre, lui dit avec résolution : « Viens, je vais « ty conduire tout droit. » Elle les conduisit en effet, & afin de ne point s'engager témérairement, l'on envoya aussitôt des gens pour reconnaître ce village. Il se trouva que tous les habitants venaient de l'évacuer, en apprenant que

l'armée allait fondre sur eux. L'on n'y trouva que deux vicilles femmes, un vieillard & un jeune garçon, auxquels M. de ‘Tracy voulait donner la vie. Mais les deux femmes, voyant qu'on avait mis le feu aux cabanes, aimèrent mieux se jeter dans les flammes & périr que de voir brûler le bourg & de perdre tous leurs meubles. On trouva aussi les refles des corps de deux ou trois sauvages étrangers, que les Iroquois avaient à demi brûlés à petit feu (1). Le vieillard dont nous parlons, dès qu'il avait entendu le bruit des tambours, qu'il prenait pour autant de démons, s'était TOME Il, 19

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