‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 118 sur 392 · CONTAGION DANS LES FORTS · texte numérisé non relu

CONTAGION DANS LES FORTS

n'osait cependant s'exposer au péril d'aller l'aider à sortir de l'eau. M. Dollier, le voyant dans ce danger, crut qu'il était de son devoir de risquer sa vie pour le sauver, &, après s'être armé du signe de la croix, il s'avance vers lui en assurance, & se met à le prendre par les bras & à s'efforcer de le retirer de l'eau; mais, cet homme étant d'une grande taille & fort pesant, M. Dollier ne pouvait l'en retirer qu'à demi, les raquettes de celui-là s'engageant toujours sous les glaces & l'y retenant, malgré tous les efforts de l'un & de l'autre. M. Dollier demande alors du secours à son escorte, & personne n'a le courage d'aller partager avec lui un siimminent péril, quoiqu'il les assure que la glace eft très-solide sur le bord du trou. M. Darienne, qui commandait le détachement en qualité d'enseigne, n'ose pas ordonner à quelqu'un des soldats de s'avancer; mais, sur l'invitation de M. Dollier, il va luimême hardiment le joindre, &, réunissant alors leurs efforts, ils parviennent à tirer cet homme hors de l'eau (1).

Au Fort Sainte-Anne, où s'acheminait cette troupe, on attendait avec anxiété l'arrivée du missionnaire, dont on sentait plus que jamais le besoin, dans l'extrémité cruclle où l'on se voyait réduit. Sur soixante soldats qui composaient cette garnison, quarante se trouvaient atteints du scorbut ou du mal de terre; deux étaient déjà morts sans sacrements, & plusieurs autres semblaient toucher au terme de leur vie; aussi M. de Lamotte, commandant du Fort, M. de la Durantaye & les autres officiers n'eurent pas plus tôt aperçu de loin M. Dollier, qu'ils allèrent avec empressement à sa rencontre & l'embrassèrent avec les plus vives démonfitrations de joie. Ce qui avait occasionné cette épidémie au Fort Sainte-Anne, c'eft que, jusque vers la fin de l'automne, M. de Tracy, d'abord résolu d'abandonner ce Fort, ne pensa à y tenir garnison que lorsque l'approche de l'hiver‘eût rendu impossible à M. Talon, nonobftant tous ses soins & son aélivité, de ravitailler cette place; en sorte qu'on n'y avait d'autre nourriture que des

(a) ViedeM. Dollier de Casson, Manuscrit, par Grandet. Hiftoire du Montréal, de 1666 à 1667.

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