‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 117 sur 392 · UN SOLDAT DANS LES · texte numérisé non relu

UN SOLDAT DANS LES

une bien faible escorte; aussi trois braves & intrépides colons, animés par l'ardeur du courageux missionnaire, voulurent partager les périls qu'il allait courir & s'offrirent spontanément pour l'accompagner : ce furent MM. Charles Le Moyne, Migeon de Branssat & Jacques Le Ber. Il partit en leur compagnie, avec des raquettes aux pieds & un lourd fardeau sur ses épaules, malgré son extrême faiblesse, l'état de son genou & la fatigue d'une telle marche sur les neiges. Il arriva ainsi au Fort Chambly pour se rendre de là au Fort Sainte-Anne; mais la crainte des Jroquois avait inspiré une si grande frayeur aux officiers que, pendant vingt-quatre heures, ils refusèrent absolument de lui donner une escorte. Ce délai lui fut utile, en ce qu'il lui procura la facilité de se reposer ; car il n'aurait pu, à cause de l'état de son genou, continuer le jour même sa route en raquettes. Cependant, comme on le vit tout résolu à partir, & qu'il y avait quelque honte pour des officiers de faire paraître moins de courage que n'en montrait un missionnaire, on se décida le lendemain à lui donner dix soldats pour l'escorter.

Dans le trajet même & avant qu'il füt arrivé au Fort Sainte-Anne, il eut encore occasion de faire admirer, outre l'ardeur de son courage, la générosité & la sainte audace de sa charité. Lui & tous ces soldats, obligés de marcher sur le lac Champlain, alors gelé, se voyaient exposés fréquemment à des chutes ou à d’autres accidents plus fâcheux encore, & il arriva qu'un des soldats venant à marcher sur un endroit où la glace était trop mince, elle se rompit soudain sous ses pieds. Toute la troupe jugea aussitôt qu'il était perdu. Heureusement ce soldat, qui avait son fusil en mains, l'ayant appuyé des deux côtés sur la glace, évita d'abord, par ce moyen, de couler tout à fait au fond; mais la difficulté pour lui était de remonter sur la glace, les raquettes qu'il avait aux pieds rendant inutiles tous les mouvements qu'il faisait pour échapper ainsi à la mort. Parmi ses camarades, personne

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