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RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE PUBLIC

& M. Talon intendant du Canada, les avait-il chargés, ainsi que M. de Tracy, d'examiner à fond la conduite de M. de Mézy, avec pouvoir d'informer contre lui, &, s'il était coupable, de l'arrêter & de l'envoyer en France. Après tous les éclats fâcheux que nous avons racontés au sujet de ce Gouverneur, Louis XIV jugea qu'il devait cette satisfaction à la juitice & au repos de ses peuples (1); & pour donner à M. de Courcelles & à M. Talon, qu'il était résolu de laisser dans le pays, une pleine liberté d'agir, il inveftit l'un & l'autre des pouvoirs les plus étendus & même sans aucune limitation de temps. Par ses lettres de commission à M. de Courcelles du 23 mars 1665, il lui donnait autorité sur tous les Gouverneurs établis dans la Nouvelle-France & sur tous les officiers du Conseil souverain, avec pouvoir de terminer les différends qui pourraient être nés ou qui naîtraient entre les seigneurs ou les habitants de ce pays, comme aussi de commander à tous ses sujets ecclésiaftiques, nobles, gens de guerre & autres, de quelque qualité & condition qu'ils fussent, le tout néanmoins sous l'autorité de M. de ‘Tracy tant qu'il serait présent en Canada (2). Quant à M. Talon, le premier intendant de juflice envoyé dans ce pays (3), il lui attribua l'autorité la plus illimitée en matière civile & judiciaire, autorité qu'il pouvait mème exercer sans aucune dépendance de M. de Tracy. Le Roi disait expressément dans ses lettres qu'il l'établissait Intendant, avec pouvoir de juger souverainement, seul, en matière civile, & d'ordonner de tout « Validant dès à présent, ajoutait-il, les jugements qui « seront ainsi par vous rendus comme s'ils étaient émanés « de nos Cours souveraines, nonobiftant toutes récusa- « tions, édits, ordonnances et autres contraires {4). »

Nous avons vu qu'avant que le Roi eût pris en main les rênes du Gouvernement, on avait jugé utile au bien de la colonie de donner une grande part de l'autorité temporelle à l'Évèque de Pétrée, ainsi qu'aux Ecclésias-

tiques de Québec, qui, sous le nom de cet Évèque (5),

marine. Instruélions pour M. Talon. Regiftre des ordres du

Roi, fol, 78.

2) Ibid. Reg. des ordres du Roïpour la Compagnie des Indes, fol, 68, Complément des ordonnances & jugements, Québec, 1550, p. 31, 32.

+) Regiftre des 1ugements & délibirations du Conseil supérieur, LE août 1007, tol. 7.

(4 Marine. Regiitre des ordres du Roi, fol, 1, Complément des ordonnances, etc, p. 33, 34.

IL

MM. DE COURCELLES EI TALON CHARGÉS DE REPRENDRE L'AUTO- RITÉ TEMPORELLE.

(5) Regiftre des ordres du Roi, fol, 143.

(1) Archives de la marine, Mémoire de M. l'alon sur l'état du Canada, 1667,

(2) Mémoire du Roi pour M. Talon, fol. 75.

(5) Mémoire de M.

Talon, 1667.

(4) Regifthie des ordres du Roi, Lettre à M. de Courcelles, 13 mai 1060, fol, 143.

(>) Archives du séminaire de Québec, lettres de M. Tremblay, commencées en mars 1100,

l'exercèrent jusqu'à l'arrivée des troupes en Canada, Les officiers du Roi qui vinrent avec celles, peu accoutumés qu'ils étaient à une telle forme de gouvernement, prétendirent que ces Ecclésiaftiques empiétaient sur les choses temporelles (1); & la Cour elle-même, quoique précédemment elle leur eût donné les pouvoirs dont nous parlons, sembla entrer de son côté dans ces sentiments (2). Les vifs démélés de l'Évèque avec les Gouverneurs précédents, démèélés qui, disait-on, avaient contribué à dégoûter les colons en gènant les consciences (3) ; la double expulsion de M. de Queylus du Canada sans motif canonique ; l'opposition toujours persévérante contre son retour ; la création d'une juflice prétendue royale pour l'île de Montréal, & d'autres faits de même genre, pouvaient bien donner quelque apparence de vérité à ces appréciations de la Cour défavorables au clergé, & porter le Roi, au nom de qui avaient été faits tous ces actes, à prendre des mesures cflicaces pour les faire cesser en rappelant l'autorité temporelle à sa source primitive. C'était ce qu'il recommandait à M. de Courcelles & à M. Talon dans ses inftruétions secrètes, en leur enjoignant néanmoins d'agir avec beaucoup de prudence & de circonspection; ajoutant que, lorsque la colonie se serait accrue, l'autorité royale reprendrait d'elle-même sa place {4). Il paraît que Colbert, à qui le Roi donnait toute sa confiance, le détermina par ses conseils à tenir cette ligne de conduite nouvelle, dans laquelle ce prince persévéra depuis conftamment. L'un des amis dévoués de l'Évèque de Pétrée fait, sur ce sujet, la remarque suivante : « Les impressions fâcheuses que le « Roi prit contre M. de Laval sur les représentations de « son Ministre, esprit difficile, raide & inflexible, il les

conserva toujours (5). » On doit ajouter que, s'il put y avoir quelque excès dans la conduite de ce Prince, il eut pour motif non quelque opposition à l'Église, qu'il protégea toujours, comme la suite le montrera, mais son grand amour pour la Nouvelle-France, & le désir qu'il avait d'y procurer le bonheur de ses sujets.

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à RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE PUBLIC, 1667. 161 hi A " Dans ses inftructions particulières, il recommandait uoxre AU bi HR S avant tout à ses officiers de traiter les colons avec dou- He. de qe 1- ceur, de les favoriser en tout autant qu'ils le pourraient ; | 1 il »s de se conduire à leur égard avec une bonté paternelle, afin | 4 1- de leur faire aimer le pays & chérir son gouvernement. II 10 fl. SA eft même à remarquer que l'année 1667, M. Talon s'étant ; (EE s rendu à Villemarie pour y voir les sauvages venus en A A $, traite & se faire connaître d'eux, lorsqu'il eut vaqué à Fr )- toutes les fonctions que la charge d'intendant demandait 1441 le | de lui pour le service du Roi & celui de la colonie, il vou- | )- lut, conformément à ses inftruclions, s'assurer si quelqu'un | 1 des particuliers n'avait pas des sujets de plainte sur la | & manière dont on en avait usé à son égard. On le vit, à la | I- | satisfaétion & à la grande édification de tous, faire en | | \r personne la visite de chaque famille; aller même de ui ferme en ferme dans toutes les côtes de l'ile de Montréal, | | es & jusque chez les plus pauvres; s'informant si tous étaient | à- traités selon la juitice, & même si la nécessité où pou- ( ! à- vaient se trouver quelques-uns ne demandait point qu'il \ | 1 les assiftt, de la part du Roi, par quelques secours pécu- l us | 1- niaires, ce dont il s'acquitta dignement (1). Cette sollici- à; Hittoiredu Mere LEqU È tude, vraiment paternelle & prévenante, & cette vigilance éal par M Dollier de ip : empressée étaient plus nécessaires encore dans l'île de Fr LS EU ii Montréal, reftée sans Gouverneur en titre depuis le ren- | Un s voi de M. de Maisonneuve, & surtout depuis l'arrivée des | 11 LS troupes, comme nous le raconterons ailleurs. a No à Pour se conformer de: Aux intentions du Roi, M. de ; sinon v'unnoururr (ait e Courcelles & M. Talon, peu de jours après leur arrivée, cos rares | | fl e c'eft-à-dire le 23 septembre 1663, cassèrent, de concert ES Le LA | Al $ avec M. de Tracy, le Conseil souverain créé par M. de | \ Mézy (2), &, après avoir rétabli l’ancien, en formèrent un Journal des K- LRU t nouveau, le 6 de janvier 1667, dont les membres furent : suites, 24 sept. 106? : (| Ê MM. Rouer de Villeray, Gorribon, Legardeur de Tilly, si | al de la Tesserie & d’Amours: M. Bourdon fut maintenu A | | dans la charge de Procureur du Roi, & M. de Mesme dé- A En | claré greffier du Conseil & secrétaire (3). Dans les affaires et * ET

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