SAGESSE DE LOUIS XIY DANS LE CHOIX DES NOUVEAUX COLONS
(4 Lettres de Marie
de l'Incarnation, lettre
78, 18 août 1604,
« cause des familles qu'on y transporte annuellement de « France, que parce que les femmes venues d'Europe « mettent au monde un plus grand nombre d'enfants, « desquels les morts prématurées sont plus rares, & « qu'enfin les maladies ne sont pas si fréquentes ici ni si « variées qu'elles le sont ailleurs (1). » L'année suivante 1661, il faisait remarquer qu'à Montréal, où le Séminaire envoyait alors chaque année de nouveaux colons, la population augmentait de jour en jour d'une manière surprenante (2). Aussi l’auteur de la Relation de 1668 écrivait-il : « L'envoi de tous ces nouveaux colons cause «un changement notable dans ce pays, par les acctois- «sements qui s'y sont faits plus grands, depuis qu'il a plu « au Roiï d'y envoyer des troupes, qu'il n’en avait recu « dans tout le temps passé (3). »
Nous avons vu qu'en 1664 il y fit passer à la fois trois cents hommes, conformément à la résolution qu'il avait prise, d'en envoyer autant chaque année, pendant dix ans (4), et comme son dessein était de former, en Canada, une colonie catholique, il paraît que ces hommes furent assez bien choisis. Colbert en parlait ainsi dans sa lettre à M. de Laval, du 18 mars de la même année : « Pendant le « Séjour que vous fites ici, vous me témoignâtes que les « gens des environs de la Rochelle & des îles circonvoisines, « qui passaient à la Nouvelle-France, étaient peu laborieux, « & que même, n'étant pas fort zélés pour la Religion, ils « donnaient de mauvais exemples aux anciens habitants « du pays. Le Roi a pris résolution, suivant notre avis, « de faire lever trois cents hommes, cette année, en Nor- « mandie & dans les provinces circonvoisines, qui seront « conduits sur des vaisseaux marchands, dont les capi- « taines sont obligés, par leurs traités, de rapporter des « certificats du Conseil de Québec, touchant le nombre « d'hommes qu'ils auront dévarqués. J'espère que ce « secours tournera à l'avantage du pays, ainsi que les « autres que Sa Majefté a résolu d'y envoyer tous les ans
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« en cas que celui-ci réussisse, ainsi qu'on se le pro- « met (1). » L'année suivante, M. Talon, arrivant en Canada, assura que le Roi avait de grands desseins pour le pays (2), & le nombre des colons qu'il amenait était une preuve irrécusable de cette assurance; car, sans compter l'armée, ni les filles & les femmes venues pour peupler le pays, il conduisait avec lui cinq cents hommes, dont cent trente deftinés à l'agriculture (3). Enfin, le 28 juillet de cette année 1665, la Mère Marie de l'Incarnation écrivait : « Il doit arriver deux mille personnes, tant en ce qui eft « venu que ce qui refte à venir (4). » Et, au mois d'oétobre suivant, elle ajoutait : « C'eft une chose prodigieuse de « voir combien le pays se peuple & se multiplie; aussi dit- « on que le Roi ne veut rien épargner (5) (*). »
En envoyant en Canada des hommes de guerre, le Roi ne s'était pas proposé seulement de donner la paix à ce pays : son intention était dès lors de les y tixer, & de faire de chacun des officiers & des soldats autant de colons. Dans cette vue, après la paix conclue avec les Iroquois, il fit des largesses à tous ceux des soldats qui consentirent à refter & à s'établir dans la colonie, offrant à chacun, avec des concessions de terres, cent livres de gratification, ou cinquante livres & des vivres pour un an. Aux sergents il donna, outre des concessions de terres, une année de vivres, & cent ou même cent cinquante livres de gratification. De cette sorte, plus de quatre cents soldats du régiment de Carignan s'établirent dans le pays,
(*) L'année 1667, cette Religieuse ajoutait : « Il eft venu, cette « année, un grand nombre d’hommes aux dépens du Roi, qui veut « que le pays se peuple 6); &, parmi ceux-ci, étaient plus de cent hommes de travail (7). L'année suivante, les navires amenèrent des Portugais, des Allemands qui avaient été au service du Roi, & qu’il licencia pour les envoyer dans la Nouvelle-France (8); & l’année 1669 on vit arriver encore à Québec un vaisseau Rochellois chargé d'hommes & de familles formées.
(1) Archives de l'archevêché de Québec, lettre de Colbert à M. de Laval, 18 mars
(2) Relation de 1005 p. 25.
(3) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 7, 29 0€, 1665, p. 006, 607. — Journal des Jésuites, 2 oét.
(4) Lettres de Marie de l’Incarnation, lettre 7ce,p. 600.
(5) Ibid., lettre S6r, p. 021, 18 oét. :607, LL, LARGESSES DE LOUIS XIV