TOME I
(1) Arrèt du Con-
scil du 20 août 1664.
(2)Relationde 1641,
PRÉCAUTIONS POUR LE CHOIX DES JEUNES PERSONNES TIRÉES DE VILLES ET ENVOYÉES
EN CANADAe
{3) Archives de la marine, vol, Canada, t Il, de 1670 à 1670.
Lettre de Colbert à M. Talon, 14 février 1071,
| | tobre 1665, on en reçut à Québec quarante de cette dernière classe; & le Journal des Jésuites leur rend ce témoi-
| gnage, aussi honorable à ces jeunes personnes qu'à la JUL piété du Roi, qui les avait ainsi adoptées: « Il ett arrivé I fh | « quatre-vingt-deux femmes ou filles, dont quarante d'une || « maison de charité de Paris, où elles ont été très-bien | (1) Journal des Jé- € instruites (1). » La Mère André Duplessis de Sainte-Hésuites, # oét, 1605, Jône, venue en Canada en 1702, réfute la même calomnie, {1} et ajoute : « Un certain nombre de ces filles étaient des Î . * . « .
« demoiselles de qualité, sans bien ; d'autres appartenaient | « à de bonnes familles qui, étant chargées d'enfants, les 4 a « envoyaient en ce pays, dans l'espérance qu'elles y se- |! {2 Témoignage ec RE É è à a à
| la Mère Duplessis de © raient mieux pourvues: & enfin on en tira beaucoup de pe vu rap- « l'hôpital de la Pitié à Paris, où celles avaient été bien porté par M. Jacques Viger.
le
« élevées dès leur bas âge (2). »
VIL, | PRÉCAUTIONS POUR LE Mais comme ces dernières n'avaient pas été exercées es us tt à une vie laboricuse & étaient trop délicates, tant pour ré- PAGNE, sifter au climat très-rude du Canada, que pour se plier au ü travail des champs, nécessaire dans un pays nouveau, on | résolut de demander qu'à l'avenir elles fussent tirées prin- | cipalement de la campagne. « L'on ne veut plus demander | « que des filles de villages, propres au travail comme Îles | « hommes, écrivait en 1668 la Mère Marie de l'Incarna- È | | |
| ( « tion, l'expérience faisant voir que celles qui n'y ont pas (3) Lettres de Marie « été élevées, ne sont pas propres pour le Canada (3). » | NA nn Lis È e fut le parti qu'on prit en eflet pour un certain nombre; 1 & afin que le choix de ces filles fût hors de tout soupçon, fl Colbert désira qu'il fût fait par les curés mêmes des pa- | fi roisses d'où on les tirerait. Voici ce qu'il écrivait à M. de f Harlay, archevèque de Rouen, le 27 février 1670 : « Par « les dernières lettres que j'ai reçues du Canada, l'on m'a ‘ « donné avis que les files qui y ont été transportées l'an- « née passée, ayant été tirées de l hôpital général, ne se « sont pas trouvées assez robufles pour résifler ni au cli- « mat ni à la culture de la terre, & qu'il serait plus avantageux d'y envoyer de jeunes villagcoises, qui fussent
« en état de supporter la fatigue qu'il faut essuyer dans « ce pays. Comme il s'en pourrait rencontrer dans les « paroisses, aux environs de Rouen, le nombre de cin- « quante ou soixante qui seraient bien aises d'y passer « pour être mariées & s'y établir, & que d’ailleurs vous « avez toujours eu beaucoup de zèle pour l'augmentation « de cette colonie, j'ai cru que vous trouveriez bon que je « vous suppliasse, comme je le fais par cette lettre, d'em- « ployer l'autorité & le crédit que vous avez sur les curés « de trente ou quarante de ces paroisses, pour voir s'ils « pourraient trouver en chacune une ou deux filles, dis- « posées à passer volontairement en Canada, pour y être « établies (1). »
Bien plus, après le choix fait de la manière qu'on vient de dire, & les informations prises sur chacune d'elles en particulier , le Roï les mettait sous la conduite d'une femme de vertu, qui les accompagnait dans la traversée & veillait sur elles jusqu'après leur mariage. Nous avons raconté que, lorsque la Sœur Bourgeoys revint de France, elle fut chargée de conduire trente-deux filles à Villemarie; &, dans ses autres voyages, elle en amena d’autres en Canada pour former des ménages. Mais il eft à remarquer qu'avant de se charger de les conduire elle voulait les connaître toutes, & qu'elle n’acceptait que des personnes de vraie vertu, comme elle-même nous l'apprend (2). M. Dollier, parlant des trente-deux filles qu'elle amena l'année 1659, dit à ce sujet : « Cette bonne Sœur « leur a servi de mère dans ce voyage pendant toute la « route & même jusqu'à ce qu’elles aient été pourvues, « ce qui nous fait dire qu'elles ont été bien heureuses « d'être tombées dans d'aussi bonnes mains que les « siennes (3). » S'il parle ici de la sorte, ce n'eft pas que d'ordinaire elles fussent confiées à toute espèce de personnes indiftinétement, mais à cause de la vertu singulière de la Sœur Bourgeoys, du don qu'elle avait de s'insinuer dans les cœurs pour les porter à Dieu, & des soins
1) Archives de li marins, regitre des cxpédiions ConcLrnant les colonies des Indes, année 1070.
fol. 15, 10,
Vin.